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22/01/2016 04:58 EST | Actualisé 22/01/2017 00:12 EST

La Russie malade de sa richesse énergétique

Depuis 15 ans, les experts sonnent l'alarme et les autorités promettent d'y remédier. Rien à faire: la Russie reste très dépendante de la manne pétrolière, qui lui a garanti des années de prospérité mais l'enfonce dans la crise maintenant que les cours dégringolent.

Ces dernières années, pétrole et gaz représentaient environ les deux tiers des exportations du pays et la moitié de ses revenus budgétaires. Cette part n'a diminué ces derniers mois que parce que leurs prix ont chuté, entraînant avec eux le cours du rouble.

La tempête sur les marchés apaisée vendredi, la présidente de la banque centrale Elvira Nabioullina a appelé à "des efforts structurels pour diversifier l'économie": "Il ne faut pas s'attendre à voir les prix du pétrole revenir à des niveaux élevés".

L'arrivée de Vladimir Poutine au Kremlin en 2000 a été suivie par une ascension impressionnante des cours des hydrocarbures. Pour la Russie, qui dispose de gigantesques réserves de pétrole et gaz, cette manne inattendue a permis de tourner la page des humiliantes années 1990 en remboursant ses dettes et en améliorant le niveau de vie de la population, ce qui a nourri la popularité exceptionnelle du pouvoir.

Depuis plus de dix ans pourtant, chaque rapport du Fonds monétaire international ou de la Banque mondiale comporte les mêmes recommandations. Moscou doit mettre cette rente à profit pour encourager le développement d'autres secteurs.

"Le pétrole est à la fois une bénédiction et une malédiction", prévenait encore en 2012 le responsable du FMI pour la Russie, Antonio Spilimbergo, demandant à la Russie d'améliorer le climat des affaires et de réduire la corruption pour attirer les investissements.

Dès 2006, Vladimir Poutine appelait lui-même à modifier la structure de l'économie au profit des nouvelles technologies. Les années suivantes, la Russie a créé Rosnano, holding publique spécialisée dans les nanotechnologies, ou Skolkovo, une zone d'activité consacrée à la high tech sur le modèle de la Silicon Valley. Mais ces secteurs sont bien loin de concurrencer les mastodontes publics du secteur énergétique.

"Il est facile de parler du besoin de diversifier l'économie, mais mener à terme les réformes est plus difficile, surtout quand les prix du pétrole et du gaz sont élevés", constate Neil Shearing, du cabinet Capital Economics. Ces prix élevés poussent d'une part les autorités à l'attentisme et soutiennent d'autre part le rouble, rendant les entreprises russes moins compétitives au niveau international.

- "Aucun rebond à prévoir" -

En 2008-2009, la crise financière, accompagnée d'un plongeon des cours du pétrole, avait pourtant constitué un avertissement. Alors président, Dmitri Medvedev, avait jugé qu'il serait "fatal" de se contenter d'attendre un rebond sans rénover l'économie.

Ce coup de semonce avait persuadé Vladimir Poutine, sceptique, de concrétiser l'entrée de la Russie dans l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) malgré les risques sociaux.

Mais les prix de l'énergie sont remontés et la production de pétrole de la Russie a suivi la même pente ascendante pour atteindre un record en 2015. L'Etat a renforcé sa présence dans le secteur en faisant du groupe public Rosneft un géant mondial et en affichant ses ambitions dans l'exploitation de l'Arctique.

Cette fois, "aucun rebond n'est à prévoir", a averti vendredi le ministre des Finances Anton Silouanov, indiquant préparer des mesures d'urgence mais aussi à long terme pour adapter la politique budgétaire aux "nouvelles réalités".

Mais pour Lilit Gevorgyan, économiste au cabinet IHS Global Insight, sevrer une économie de sa dépendance au pétrole "nécessite un sérieux effort politique à long terme pour résoudre des problèmes qui minent le climat des affaires depuis des décennies" comme la bureaucratie, la corruption et le manque d'indépendance de la justice. Et l'environnement actuel n'est pas très propice avec les sanctions occidentales dues à la crise ukrainienne.

"La Russie actuelle est très loin de se réformer: elle est dirigée par une branche exécutive très puissante qui voit toute décentralisation du pouvoir économique et politique comme une menace pour son existence", conclut Mme Gevorgyan.

gmo/ib

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