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22/01/2016 10:40 EST | Actualisé 22/01/2017 00:12 EST

Bergevin vient de signifier la fin de la « culture des portes tournantes »

BILLET - Dans plusieurs années, on parlera probablement encore du point de presse livré par Marc Bergevin jeudi midi. Dans une impressionnante démonstration de leadership, le DG du Canadien a lancé aux ordures plus d'un quart de siècle d'une culture fortement ancrée dans les mœurs de l'organisation et qui morpionnait constamment ses chances de succès : la culture des portes tournantes.

Un texte de Martin Leclerc

Dans le sport professionnel, la stabilité constitue le premier facteur de succès.

Chez le Canadien, cet aspect essentiel avait été oublié depuis longtemps. Depuis le départ de Scotty Bowman à la fin des années 1970, un seul entraîneur (Pat Burns) est parvenu à passer quatre saisons complètes derrière le banc. Et depuis le début des années 2000, pas moins de neuf entraîneurs différents se sont succédé à la barre de l'équipe.

Sans continuité au poste d'entraîneur, il est extrêmement ardu d'instaurer le leadership et l'imputabilité nécessaires à l'éclosion d'une culture gagnante. Dans la NFL, la MLB ou la LNH, toutes les organisations gagnantes ont un dénominateur commun : elles misent sur la stabilité et leur directeur général ne lance pas son entraîneur sous l'autobus à la première occasion.

Le CH adhère maintenant à cette philosophie. C'est toute une révolution.

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Marc Bergevin s'est entretenu avec les journalistes pendant 45 minutes et son propos se résume à ceci :

« Nous avons perdu Carey Price pour une longue période et nous ne pouvons remplacer le meilleur joueur au monde. Nous nous en sortirons sans Price, sinon, tant pis, nous encaisserons le choc et nous reviendrons en force la saison prochaine. Je ne conclurai pas de transaction sous le coup de l'émotion. Je n'affaiblirai pas mon équipe à long terme pour soulager une crise temporaire. Et je ne congédierai pas Michel Therrien, parce que je suis le leader de l'organisation, parce qu'il est un excellent entraîneur et parce que je suis responsable de l'alignement dont il dispose. »

Depuis de nombreuses années, les joueurs de cette organisation avaient l'habitude de s'asseoir sur leurs mains dès que ça commençait à sentir le roussi. La direction coupait alors la tête de l'entraîneur, puis la galère repartait de plus belle jusqu'au prochain coup de guillotine.

La position adoptée jeudi par Bergevin campe un décor totalement différent. Il sera intéressant de voir comment les vétérans de l'équipe réagiront, eux qui ne sont pas habitués à se faire renvoyer la balle.

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En agissant de la sorte, le DG du Canadien gagne aussi beaucoup de respect dans le monde du hockey. Au cours des dernières semaines, plusieurs hommes de hockey se disaient consternés qu'on puisse même envisager le renvoi de Michel Therrien.

« Therrien a perdu son gardien numéro un. Il a perdu le meilleur gardien de la ligue et c'est à cette position que tout se joue dans la LNH. Toutes les équipes qui piquent du nez ont un problème devant le filet », me confiait récemment l'un d'eux.

Quand Marc Bergevin observe son équipe et qu'il analyse le portrait d'ensemble, toutes les preuves factuelles et circonstancielles pointent en direction de la blessure de Price pour expliquer la descente aux enfers du CH.

- La séquence noire de l'équipe a commencé tout de suite après la blessure du gardien.

- La blessure de Price a mis fin à plus de trois saisons consécutives où l'équipe a maintenu un taux de réussite de plus de ,600 et un rythme de 100 points et plus par saison.

- Les remplaçants de Price ont maintenu une moyenne d'efficacité inférieure à ,900 dans 12 des 22 matchs disputés depuis la seconde blessure de Price. La fiche de l'équipe dans ces 12 matchs : 0-12. Mais quand les gardiens ont maintenu une moyenne supérieure à ,900, l'équipe a présenté une fiche de 5-5.

- Après 47 matchs, l'attaque moribonde que tout le monde décrie a inscrit 127 buts, soit 5 de plus qu'après le même nombre de matchs la saison dernière, et 12 filets de plus qu'à pareille date en 2013-2014.

- Après 47 matchs, la défense a toutefois concédé 14 buts de plus (121) qu'à pareille date l'an passé, et 13 buts de plus qu'après 47 matchs en 2013-2014. On parle ici d'une hausse de buts accordés de près de 12 %. Ce n'est pas rien.

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Alors que le Canadien traverse l'une des plus difficiles séquences de son histoire, Marc Bergevin a clairement expliqué qu'il comprend ce qui se passe, qu'il assume ses décisions et qu'il fait confiance à ses hommes pour renverser la situation. 

Un jour, on parlera sans doute de ce changement de culture comme d'un tournant dans la progression de l'organisation du Canadien.

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