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20/01/2016 23:47 EST | Actualisé 20/01/2017 00:12 EST

Vladimir Poutine pointé du doigt pour l'assassinat de l'ex-agent du KGB Alexandre Litvinenko

L'enquête publique menée par la Grande-Bretagne sur la mort d'Alexandre Litvinenko indique que le président russe Vladimir Poutine a « probablement approuvé » une opération des services secrets visant à tuer l'ex-agent du KGB. Selon l'enquête, Andrei Lougovoï et Dmitri Kovtoun sont responsables de son empoisonnement au polonium survenu en 2006. Le Kremlin dément toute implication et Andreï Lougovoï qualifie d'« absurdes » les conclusions du rapport du juge Robert Owen.

Un texte de Raymond Saint-Pierre

On se croirait dans un roman de John le Carré. Un espion russe qui a fait défection en Angleterre et qui est devenu un ennemi juré de Vladimir Poutine enquête sur des liens entre le crime organisé et le Kremlin.

Il meurt, empoisonné au polonium-210, une substance radioactive extrêmement toxique, très rare, et quasiment indétectable, trois semaines après avoir bu du thé, en compagnie d'Andrei Lougovoï, un ex-agent des services secrets russes, ainsi que d'un homme d'affaires russe, et ancien soldat de l'Armée Rouge, Dmitri Kovtoun.

Litvinenko a connu une mort lente et atroce, une agonie de 22 jours, aux soins intensifs, dans un hôpital de Londres. Il aura le temps de raconter, pendant huit heures, à deux détectives de Scotland Yard, sa version des faits. En fait, c'est lui qui a mené l'enquête sur son propre assassinat.

Avec les renseignements qu'il a fournis, les policiers ont pu reconstituer la rencontre lors de laquelle il a bu la tasse de thé empoisonnée, au bar du Millenium Hotel, dans le centre de Londres. Les caméras de surveillance de l'hôtel montrent Litvinenko qui vient à la rencontre des deux présumés assassins.

Les policiers ont pu retracer les lieux fréquentés par Lougovoï et Kovtoun. Ils ont retrouvé de fortes concentrations de polonium-210 dans le bar de l'hôtel et sur la théière utilisée par Litvinenko. On en a aussi détecté dans le lavabo de la chambre 382, occupée par Kovtoun.

Moscou a toujours nié toute implication dans l'assassinat de Litvinenko. On a refusé d'extrader les deux suspects, pour témoigner à l'enquête criminelle sur la mort de Litvinenko. C'est pour cela que Londres a dû se contenter d'une « enquête publique » qui sert seulement à établir les faits, sans prononcer de condamnation.

Cette affaire a « empoisonné » les relations entre Londres et Moscou, relations qui se sont ensuite encore plus dégradées avec le rôle joué par la Russie dans le conflit en Ukraine et l'annexion de la Crimée. Cette enquête publique n'arrangera pas les choses. Selon le journal The Guardian, des diplomates britanniques ont demandé au premier ministre David Cameron de ne pas décréter d'autres sanctions ou représailles contre la Russie, pour ne pas compromettre les pourparlers sur le conflit en Syrie.

Le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, a affirmé que Moscou n'est pas intéressé par les conclusions de l'enquête britannique.

L'épouse et le fils de Litvinenko se réjouissent du fait que les circonstances de sa mort soient maintenant connues du grand public.

Litvinenko est enterré dans un cimetière de Londres, dans un cercueil en plomb, pour contenir les radiations.

John le Carré n'aurait peut-être pas pu imaginer une telle histoire...