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21/01/2016 08:16 EST | Actualisé 21/01/2017 00:12 EST

Pourquoi les marchés boursiers n'en finissent plus de broyer du noir ?

Pourquoi les marchés n'en finissent-ils pas de broyer du noir? Chute du pétrole, transition économique chinoise ou impuissance des banques centrales, les peurs sont multiples, avec des conséquences potentielles sur l'économie réelle loin d'être anodines.

Question: quels sont les facteurs expliquant la chute des indices depuis début janvier?

Réponse: Il y a trois facteurs majeurs: l'érosion des prix du pétrole, le ralentissement économique de la Chine et des banques centrales qui ne parviennent plus à rassurer les marchés.

La baisse continue des cours du brut s'explique par le refus des pays de l'OPEP de limiter leur production et la faiblesse de la demande chinoise d'or noir, qui ne joue plus son rôle de locomotive.

Une essence pas chère à la pompe est bonne pour le consommateur, mais aux niveaux actuels cet avantage est largement dépassé par les conséquences néfastes d'un pétrole bon marché pour l'économie mondiale, comme les difficultés budgétaires des Etats exportateurs.

En Chine, la transformation de l'usine du monde en une économie plus équilibrée dépendant moins des exportations fait redouter un ralentissement brutal de l'activité, ainsi qu'une dévaluation trop prononcée de la monnaie. S'y ajoute la crainte d'une mauvaise maîtrise de la situation par les autorités, à l'image du début d'année chaotique sur les marchés boursiers chinois.

Enfin, dans les périodes agitées, les marchés ont pris l'habitude de se tourner vers les banques centrales en particulier américaine et européenne, qui ont inondé pendant des années d'argent pas cher la finance mondiale.

Mais la Réserve fédérale américaine affiche désormais sa détermination à refermer le porte-monnaie.

La Banque centrale européenne (BCE), elle, est toujours ultra-généreuse, et son président Mario Draghi a promis si nécessaire jeudi de nouvelles mesures pour soutenir encore davantage l'activité, peut-être dès le mois de mars. Face aux sceptiques, M. Draghi s'est dit convaincu que sa politique monétaire était "efficace".

Q: Ces craintes sont-elles fondées du point de vue de l'économie réelle ?

R: Oui. "Le décrochage des marchés boursiers recèle de vraies inquiétudes et pas seulement des fantasmes d'investisseurs", estime Jean-Louis Mourier, un économiste du courtier Aurel BGC.

"La chute trop prolongée des prix du pétrole met en situation périlleuse" non seulement les entreprises du secteur avec un impact potentiellement dévastateur pour l'emploi, "mais également les Etats exportateurs, qui cessent du même coup d'être des relais de croissance", explique Christopher Dembik, un économiste de Saxo Banque.

Selon lui, "pour certains Etats, un risque de défaut de paiement se profile".

Côté chinois, une baisse importante du yuan rendrait les entreprises chinoises encore plus compétitives, et constituerait pour leurs concurrentes "un choc dont n'ont absolument pas besoin les économies occidentales", qui inquiète les marchés, selon Didier Saint-Georges, membre du comité d'investissement de la société de gestion Carmignac.

Et, ajoute-t-il, "ce phénomène chinois a la mauvaise idée d'être concomitant avec un cycle économique américain qui dure depuis plus de six ans et présente déjà les premiers signes de fatigue".

"En cas de croissance plus faible qu'attendu voire de récession aux Etats-Unis, l'accélération en zone euro serait compromise", estime également M. Mourier.

Q: La réaction des places boursières qui a vu par exemple la Bourse de Paris perdre plus de 9% en moins de trois semaines, n'est-elle pas néanmoins un peu excessive?

Réponse: "Oui, parce que les éléments qui font chuter les marchés aujourd'hui étaient déjà largement connus fin 2015", répond M. Dembik.

Q: Le décrochage des marchés peut-il à son tour être dommageable pour la croissance mondiale?

Réponse: Oui, car "une baisse des indices boursiers peut avoir un impact important aux Etats-Unis où l'épargne des ménages est largement investie en actions, ce qui peut freiner potentiellement la consommation", détaille M. Mourier.

"Globalement ce recul prononcé durcit les conditions de financement pour les entreprises et pèse sur la confiance de l'ensemble des acteurs de l'économie", complète-t-il.

Q: L'horizon est-il complètement bouché?

R: Non. Sur le pétrole, beaucoup d'analystes s'accordent à dire que le gros de la baisse est sans doute passé et concernant la Chine, tout le monde est convaincu que la transition à l'oeuvre est plus saine pour l'économie mondiale.

Les données macroéconomiques ne sont pas forcément mauvaises, surtout pour la zone euro.

Selon M. Mourier, "les indicateurs et les résultats d'enquête montrent que la zone euro est assez résistante à cette dégradation pour le moment", et de fait l'inquiétude n'est pas celle d'un "impact direct, mais plus d'un impact sur ses partenaires commerciaux".

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