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21/01/2016 11:10 EST | Actualisé 21/01/2017 00:12 EST

Pour le secteur du tourisme 2016 sera une "année espagnole"

"2016 sera une année espagnole": échaudés par les attentats, de plus en plus de touristes se tournent vers l'Espagne, pour l'instant épargnée, et qui devrait connaître en 2015 un nouveau record de fréquentation.

C'est le message du numéro un mondial du tourisme, l'allemand TUI, partagé par d'autres professionnels du secteur. Ils notent un appétit grandissant des voyageurs pour le pays, déjà troisième destination la plus prisée au monde derrière la France et les Etats-Unis et devant la Chine.

Le chiffre exact ne sera connu que fin janvier, mais l'Espagne estime avoir accueilli en 2015 environ 68 millions de visiteurs étrangers (en hausse de trois millions par rapport à 2014), qui ont dépensé plus de 65 milliards d'euros.

Pour la fédération patronale espagnole du tourisme Exceltur, un tiers de cette hausse est à mettre sur le compte de la menace terroriste pesant sur d'autres pays du pourtour méditerranéen aussi très recherchés pour leurs plages et le soleil, comme la Tunisie, la Turquie et l'Egypte.

"Chaque fois que se produit un fait divers, comme les attentats en Tunisie (contre le musée du Bardo à Tunis en mars et dans un hôtel à Sousse en juin contre des touristes), ou l'avion russe qui s'est écrasé en Egypte (fin octobre), nous avons observé une hausse de l'arrivée de touristes en Espagne", constate Oscar Perelli, directeur des études d'Exceltur.

Les Européens, Britanniques en tête, devant les Français et les Allemands, représentent près de 80% du contingent des touristes en Espagne.

Ce sont les mêmes qui se rendaient traditionnellement en Turquie, en Tunisie et en Egypte, et Madrid profite à plein de l'effet de report.

Cette tendance "est notable depuis le début du Printemps arabe" lancé par la révolution tunisienne début 2011, mais elle s'est accélérée en 2015, année où se sont multipliées les attaques terroristes, explique Rafael Gallego, président de la confédération espagnole des agences de voyages CEAV.

- des séjours plus chers -

Les îles Canaries, au large des côtes africaines, appréciées pour la douceur de leur climat, ont accueilli 20% de Français en plus en 2015 sur un an, quand la Tunisie perdait 25% de touristes étrangers.

Pour l'été 2016, le voyagiste TUI fait déjà état d'un bond à deux chiffres des réservations depuis l'Allemagne, l'Autriche et la Suisse et a renforcé son offre en conséquence.

"On propose des alternatives aux pays qui ferment" et "en Espagne, les capacités sont là" avec 16.000 hôtels, a expliqué le patron du voyagiste, Fritz Joussen, à l'AFP.

Pour Rafael Gallego, l'arrivée de touristes supplémentaires est "une opportunité" pour le secteur, qui représenterait 14% du PIB selon Exceltur.

C'est l'occasion pour le pays, très axé sur un tourisme de "sol y playa" (le soleil et la plage), de montrer ce qu'il a d'autre à offrir, à l'intérieur des terres, autour du tourisme gastronomique, sportif ou culturel, et d'attirer les visiteurs pendant la basse saison, explique-t-il.

Mais cela peut aussi être "une menace", avertit-il. Une des premières conséquence pourrait être une hausse du coût d'un séjour en Espagne cet été.

Des tours-opérateurs étrangers, notamment scandinaves, britanniques ou allemands, "payent 5 à 10% de plus que les prix du marché pour s'assurer des chambres" pendant la haute saison, constate Emilio Rivas, directeur général d'une division du groupe touristique espagnol Globalia, dont l'activité va du tour-opérateur à l'agence de voyage en passant par une compagnie aérienne.

Résultat, les Espagnols, aussi très friands de leur pays mais peu habitués à réserver leurs vacances des mois à l'avance comme le font les Allemands ou les Britanniques, pourraient avoir de mauvaises surprises.

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