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21/01/2016 02:37 EST | Actualisé 21/01/2017 00:12 EST

Open d'Australie - Hewitt avait fait son temps depuis longtemps

L'Australien Lleyton Hewitt, éliminé jeudi au deuxième tour de l'Open d'Australie, a mis un point final à une carrière de près de vingt ans, dont les grandes heures remontent à une autre époque du tennis.

Ni Roger Federer, ni Rafael Nadal, ni Novak Djokovic n'avaient encore vraiment fait parler d'eux lorsqu'en quinze mois, de septembre 2001 à novembre 2002, le garçon d'Adélaïde s'assura un palmarès enviable: deux victoires en Grand Chelem à l'US Open (2001) et à Wimbledon (2002), deux titres au Masters et une place de N.1 mondial.

Le vétéran de 34 ans aurait sans doute rêvé de terminer son parcours plus près du sacre à Melbourne, mais il y a belle lurette que l'arrivée des trois géants, celle de Federer surtout, avait rendu cette ambition irréaliste.

Son dernier classement, 308e mondial, ne signifie pas grand-chose, car Hewitt avait mis en sourdine son activité depuis plus d'un an, mais on note qu'il n'était plus apparu dans le dernier carré d'un tournoi du Grand Chelem depuis 2005, ni en quarts depuis 2009.

Son dernier coup d'éclat fut sa finale à l'Open d'Australie, perdue contre Marat Safin en 2005. Dès l'année suivante, il était éjecté définitivement du top 10, à cause de nombreuses blessures, mais surtout faute d'avoir le talent nécessaire pour s'opposer à l'irruption des nouveaux tyrans du circuit.

- Ni gentleman ni esthète -

"Je devrais peut-être arrêter et jouer au football australien (comme son père)", avait-il dit pour plaisanter après sa victoire à Wimbledon, au micro du speaker sur le mythique Central, sans se douter que ses plus grandes heures étaient déjà derrière lui: sur ses 30 titres, la moitié, dont les quatre plus importants, ont été remportés avant 2003.

Roger Federer est le rival qui l'a le plus martyrisé. Tout avait pourtant bien commencé pour l'Australien, vainqueur de sept de leurs neuf premiers duels. Mais le Suisse était encore en apprentissage. Une fois aguerri, il lui infligea une terrible série de quinze revers. On se souvient de la finale de l'US Open 2004, un tie-break encadré par deux roues de bicyclette: 6-0, 7-6, 6-0.

Curieusement, leur dernier affrontement, l'an passé à Brisbane, a tourné en faveur de Hewitt, comme si le Bâlois avait voulu inconsciemment se faire pardonner d'avoir brisé la trajectoire de son camarade de la promotion 1981.

Contrairement à Federer, Hewitt n'a jamais vraiment fait rêver les foules, même au temps de sa gloire fugace. L'air toujours hargneux, vociférant des "Come on!" rageurs le poing serré, une casquette sempiternellement vissée à l'envers sur le crâne, il avait tout du sale gosse.

Toujours franc du collier, il a suscité de multiples polémiques pour avoir, entre autres, qualifié un court en gazon de "champ de patates" à l'occasion d'un match de Coupe Davis à Brisbane, avoir jugé "stupide" le public australien ou encore réclamé le remplacement d'un juge de ligne de l'US Open parce qu'il avait la même couleur de peau que son adversaire, James Blake.

Plus tard, le mariage avec une actrice de télévision très connue en Australie, Bec Cartwright, leurs trois enfants, les souffrances occasionnées par ses multiples opérations, les défaites et tout simplement l'âge ont un peu modifié son caractère. C'est un homme respecté qui va prendre les rênes dès cette saison de l'équipe australienne de Coupe Davis, sa compétition fétiche, qu'il a remportée en tant que joueur en 1999 et en 2003. Il s'est quand même permis de traiter l'arbitre d'"imbécile" lors de son tout dernier match contre David Ferrer. On ne se refait pas.

Sur le court, Hewitt n'était donc pas un gentleman. Il n'était pas un esthète non plus. C'est à une volonté de fer plus qu'à un talent inné qu'il a dû ses victoires.

Ni très grand (1,78 m), ni très costaud, il ne possédait aucun coup vraiment décisif. Mais il avait la faculté de contrer en s'appuyant sur la balle adverse grâce à ses jambes et à son sens de l'anticipation. Surtout, il ne cédait jamais. "Never say die", résumait-il récemment.

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