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20/01/2016 23:08 EST | Actualisé 20/01/2017 00:12 EST

Muse : toujours spectaculaire, quoique moins fédérateur

Dès 1949, George Orwell nous incitait avec son roman 1984 à nous méfier des régimes policiers et de la société de surveillance. Sept décennies plus tard, les Britanniques de Muse estiment avec leur disque Drones que la déshumanisation de nos dirigeants actuels est à l'image de ces amorales machines à tuer. Nouvelle époque, nouveaux problèmes.

Un texte de Philippe Rezzonico

Avec leur tournée Drones, le chanteur et guitariste Matt Bellamy, le bassiste Chris Wolstenholme et le batteur Dominic Howard transposent leur œuvre du studio à la scène afin d'y apporter un second niveau de lecture au sein duquel les éléments visuels concoctés par la firme montréalaise Moment Factory ont une importance capitale.

La réputation de Muse quant à l'enveloppe visuelle de leurs spectacles n'est plus à faire. Le trio anglais nous en a mis plein la vue lors de ses plus récentes tournées au Centre Bell et cette nouvelle mouture ne fait pas exception.

Scène centrale avec deux passerelles qui mènent à des plateaux en forme de losanges aux extrémités, écran circulaire qui surplombe la batterie de Howard, huit écrans rectangulaires transparents pour voir les projections de chaque côté et plateau rotatif qui permet aux musiciens de varier constamment le point de vue des spectateurs sans bouger.

On ajoute à tout cela une demi-douzaine de micros placés à des endroits stratégiques qui permettent à Bellamy et Wolsentholme (armé de ses basses serties de lumières) de chanter où ils le veulent, au gré de leurs déplacements. Rayon production, Muse joue dans la même ligue que U2, Coldplay, Madonna et Justin Timberlake.

Les drones imaginés par l'équipe de production étaient ici des sphères lumineuses suspendues qui flottaient au-dessus du parterre durant la pièce Drones. The Handler a eu droit à l'un des effets spéciaux les plus réussis de la soirée : deux mains géantes projetées sur écrans, auxquelles des ficelles étaient rattachées aux doigts, semblaient dicter la conduite de Bellamy et Wolstenholme qui ressemblaient alors à de minuscules marionnettes.

L'effet était du tonnerre et rappelait un trucage aussi bien synchronisé au Forum de Montréal en 1990, entre une Louise Lecavalier « géante » sur écran et un David Bowie à taille humaine sur scène. Bowie que Muse a salué avec une courte projection durant Dead Inside.

Isolated System a eu droit à une kyrielle de graphiques mathématiques et de clones humains, Reapers a été précédée d'un discours de John Fitzgerald Kennedy avec un clin d'œil à Edward Snowden (subversif comme idée), mais c'est The Globalist qui a eu droit au clou de la soirée : un bombardier d'une taille considérable qui a survolé le parterre. Ce remarquable enrobage qui en a mis plein la vue durant 1 h 55 a masqué quelques évidences, notamment celle qu'il s'agissait d'un spectacle moins intense que les plus récents que Muse a offert à Montréal.

La difficulté tient en partie à la spécificité des chansons de Drones, qui forment un tout soudé sur disque, mais qui s'intègrent moins bien dans un spectacle où Muse survole deux décennies de compositions. Bellamy aime faire des clins d'œil aux grands du rock en intégrant des lignes de guitares tirées de chansons de légende. Or, quand il a fait quelques mesures de Heartbreaker (Led Zeppelin) en finale de Hysteria (très solide), la clameur des 15 970 spectateurs était la plus vibrante entendue depuis le début du spectacle commencé depuis près d'une demi-heure. Problème.

Certes, Muse a offert un bon nombre de ses chansons fédératrices. Le doublé coup-de-poing central formé de Supermassive Black Hole - avec des constellations de planètes sur les écrans - et Starlight - chantée à l'unisson par la foule - a provoqué l'effet désiré. Apocalypse Please, avec Bellamy au piano, s'est avéré un enchaînement idéal. Sauf que Madness et Undisclosed Desires ont radicalement modifié l'ambiance.

Et loger The Globalist - chanson d'apesanteur de près de dix minutes - après avoir ramené la foule en mode festif avec Uprising et son cri de ralliement « we will be victorious (nous vaincrons) », ce n'était pas une bonne idée. Le groupe a joué beaucoup trop souvent à saute-mouton entre le chaud et le tiède durant ce spectacle, Bellamy n'était pas aussi énergique que naguère et Muse n'a pu bâtir des crescendos aussi remarquables que lors des prestations de 2010 et 2013.

Rien de majeur au point de gâcher le plaisir à quiconque assistera au spectacle jeudi soir au Centre Bell, ainsi qu'au Centre Vidéotron à Québec, samedi soir. Mais peut-être que la froideur clinique des drones qui sont au cœur des préoccupations des membres de Muse cadre moins bien avec leur répertoire rassembleur d'antan. Nouveau disque. Nouveaux défis.