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21/01/2016 08:07 EST | Actualisé 21/01/2017 00:12 EST

Lougovoï et Kovtoun, issus de la même école militaire et manipulateurs de polonium

Ils ont été à la même école militaire, sont passés par le KGB ou l'armée rouge avant d'être partenaires d'affaires. Andreï Lougovoï et Dmitri Kovtoun sont les deux Russes accusés d'avoir empoisonné l'ex-agent du FSB Alexandre Litvinenko à Londres en 2006.

Pour la justice britannique, cela ne fait aucun doute: les deux hommes ont transporté le polonium-210 qui a tué Litvinenko. Ils ont agi "sans motif personnel" mais en sachant qu'ils manipulaient "un poison mortel" et avec "l'intention de tuer".

Leurs commanditaires ? Selon une "forte probabilité", la direction du FSB, nouveau nom des services secrets russes, précise encore le juge britannique Robert Owen.

Des accusations que les deux hommes, mis en cause dès mai 2007 par la justice britannique, démentent depuis le début.

Tous deux sont fils de militaire et se connaissent depuis l'enfance, dans les années 1970.

"Nous vivions dans le même bâtiment, où ma famille et la sienne s'étaient vu attribuer des appartements. Nos pères étaient amis", a indiqué Dmitri Kovtoun depuis Moscou à la justice britannique.

Tous deux vont fréquenter à Moscou l'Ecole supérieure de commandement militaire du Soviet suprême. Né en 1965, Kovtoun en sortira en 1986. Lougovoï, né en 1966, est diplômé en 1987.

Leurs chemins se séparent alors : Dmitri Kovtoun part servir en Tchécoslovaquie et en Allemagne de l'Est.

- Député nationaliste -

Andreï Lougovoï, lui, intègre le prestigieux régiment du Kremlin, qui dépend de la 9e direction du KGB, et est chargé de la sécurité des hauts dignitaires du parti.

Avec l'effondrement de l'URSS, il conserve ses fonctions dans une structure qui ne fait que changer de nom pour s'appeler FSB et devient le numéro 2 de la sécurité du Premier ministre de l'époque, Egor Gaïdar.

En 1995, son chemin croise celui de Boris Berezovski, un des barons de l'économie russe qui s'est enrichi à la faveur des privatisations sauvages des années 90 et qui a pris le contrôle de la chaîne de télévision semi-publique ORT.

Andreï Lougovoï dirige alors le "service de sécurité" de la chaîne ORT. En ces temps de luttes acharnées entre oligarques, chacun utilise son service de sécurité, où travaillent nombrent d'anciens des services secrets, pour espionner, compromettre, couler l'adversaire.

Condamné à 15 mois de prison en 2001 après avoir tenté de faire évader un proche de Boris Berezovski, il se lance dans les affaires dès la fin de sa peine. En 2007, il affirmait posséder en partie une usine de production de boissons traditionnelles.

Mais si Dmitri Kovtoun est resté discret lorsque le scandale éclate après la mort d'Alexandre Litvinenko, Andreï Lougovoï multiplie les interviews, un exercice dans lequel il excelle.

En décembre 2007, il se fait élire député de la Douma (chambre basse) sur la liste du parti d'extrême-droite LDPR de Vladimir Jirinovski. Il se consacre depuis lors à son mandat de député tout en ayant convolé avec Ksenia, une étudiante de 23 ans.

Il est désigné par Londres comme le principal suspect dans l'assassinat d'Alexandre Litvinenko, mais le président Vladimir Poutine le décore en mars 2015 pour "son importante contribution au développement du système parlementaire russe et son rôle actif pour la législation".

- Resté en Allemagne -

Le parcours de Dmitri Kovtoun après la chute de l'URSS est plus sinueux. Selon son ex-femme, qui a témoigné devant la justice allemande, le jeune soldat déserte en 1992 pour rester en Allemagne. Il occupe jusqu'à 2003 plusieurs emplois précaires à Hambourg.

"Entre 1986 et 2003, je n'ai rencontré M. Lougovoï que trois fois", a indiqué Dmitri Kovtoun à la justice britannique.

S'étant retrouvés à Moscou en 2003, les deux hommes s'associent dans diverses affaires qui les mènent à Londres en octobre 2006.

Ils rencontrent à plusieurs reprises Alexandre Litvinenko, notamment le 1er novembre 2006 au bar d'un hôtel de Londres. Ce jour-là, l'ancien agent du KGB est contaminé en buvant du thé en leur compagnie. Des traces de polonium seront retrouvés dans les avions et les chambres d'hôtels empruntés par MM. Lougovoï et Kovtoun, à l'aller comme au retour de Londres.

Après l'affaire, les deux hommes eux-mêmes contaminés au polonium sont hospitalisés dans le même hôpital, puis leur chemin se sépare à nouveau. "Je n'ai plus aucune relation avec Andreï Lougovoï depuis 2009", a assuré Dmitri Kovtoun aux enquêteurs.

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