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21/01/2016 11:23 EST | Actualisé 21/01/2017 00:12 EST

Les campagnols des prairies, de petits rongeurs capables d'empathie

Les campagnols des prairies, de petits rongeurs, sont capables d'empathie ont déterminé des chercheurs, révélant le rôle clé joué dans ce comportement par l'ocytocine, l'hormone de l'amour, comme chez les humains.

Jusqu'alors cette faculté à se mettre à la place de l'autre, à percevoir ses émotions et à le consoler avait été observée en dehors de l'espèce humaine chez peu d'animaux: seules quelques races très sociables et cognitivement avancées, comme les grands singes (chimpanzés, bonobos...), les éléphants, les dauphins ou les chiens peuvent être douées d'empathie, expliquent les chercheurs dans leur étude publiée jeudi dans la revue américaine Science.

Les campagnols des prairies sont particulièrement sociables pour des rongeurs, où le couple reste uni pour la vie et prend soin de ses progénitures. Ils font de ce fait l'objet de nombreuses recherches.

Pour cette dernière étude, les scientifiques ont mené une série d'expériences dans lesquelles des campagnols de la même famille ou qui se connaissaient, ont été temporairement séparés. En outre, l'un d'eux a été exposé à des situations stressantes, comme un isolement, ou à de petits chocs électriques sous les pattes.

Après avoir été réunis, le rongeur qui n'a pas été soumis à ces expériences désagréables a commencé à lécher celui qui en a été la victime plus rapidement et plus longuement pour apparemment le consoler, par rapport à des groupes témoins où aucun des campagnols des prairie séparés n'avait été soumis au stress.

Des mesures des niveaux d'ocytocine, un neurotransmetteur, ont montré que les membres d'une même famille et des "compagnons" étaient "bouleversés" quand ils ne pouvaient pas consoler les leurs.

En fait, ces comportements visant à réconforter n'ont été observés qu'entre les rongeurs qui se connaissaient, y compris chez des animaux ne faisant pas partie d'une même famille, mais pas envers des campagnols étrangers.

Les chercheurs, dont Larry Young et James Burkett, du Centre national Yerkes de recherche sur les primates à l'Université Emory en Georgie (sud-est), ont également empêché la production de cette hormone chez des campagnols dans une série d'expériences similaires sur le réconfort de l'autre.

Le fait de bloquer l'ocytocine chez ces rongeurs n'a pas altéré parmi les membres d'une même famille et des "amis" leur habitude de faire leur propre toilette en se léchant, mais ils ont cessé de se consoler les uns les autres.

- L'empathie, un trait plus féminin -

Ces résultats sont "importants" car ils offrent un nouvel éclairage sur les mécanismes biologiques de l'empathie, estiment ces chercheurs.

"Les scientifiques ont longtemps été réticents à reconnaître l'existence de l'empathie chez des animaux, assumant des motivations purement égoïstes, des explications qui ne collent pas avec ces observations" et d'autres précédemment, explique le primatologue Frans de Waal, de l'université Emory, un autre co-auteur de cette étude.

Il avait été le premier en 1979 à découvrir la capacité des chimpanzés à réconforter les victimes d'une agression.

L'empathie a commencé à faire l'objet de recherches sérieuses en biologie et psychologie depuis seulement une vingtaine d'années.

L'idée selon laquelle la compétition serait le seul régulateur des relations entre les êtres vivants, y compris les humains, a longtemps prédominé parmi les scientifiques.

Selon cette conception inspirée de la théorie de l'évolution et de la sélection naturelle de Charles Darwin, chacun agit pour son seul intérêt et seuls les plus forts et plus rusés peuvent se reproduire et transmettre leurs gènes.

Depuis quelques années, il y a de nombreux exemples troublants d'empathie chez certains animaux comme des dauphins, qui soutiennent un compagnon blessé pour le faire respirer à la surface de l'eau, ou des éléphants prenant soin d'une vieille femelle aveugle par exemple.

Selon Frans de Waal, l'empathie est apparue dans l'évolution avant l'arrivée des primates. Elle est caractéristique de tous les mammifères et découle de l'instinct maternel.

Lorsque des petits expriment une émotion, qu'ils ont faim ou sont en danger, la femelle doit réagir immédiatement pour ne pas que sa progéniture meure.

C'est ainsi que l'empathie a commencé expliquant aussi pourquoi c'est un trait plus féminin que masculin.

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