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21/01/2016 12:47 EST | Actualisé 21/01/2017 00:12 EST

La gauche anti-austérité du Portugal confrontée aux exigences de Bruxelles

Le Portugal, longtemps considéré comme l'élève modèle de la zone euro prompt à appliquer la rigueur budgétaire réclamée par Bruxelles, a amorcé un virage à gauche qui a jeté le trouble parmi ses créanciers internationaux.

De l'aveu même du Premier ministre socialiste Antonio Costa, les négociations avec la Commission européenne sur le budget 2016 sont "difficiles et exigeantes". Mais il refuse de renoncer aux promesses électorales ou contrarier ses alliés de la gauche radicale.

"Nous allons réussir à baisser le déficit sans sacrifier nos engagements auprès des Portugais et de nos partenaires politiques", a-t-il assuré mercredi en faisant état d'"un effort supplémentaire" réclamé par Bruxelles.

Le secrétaire général du Parti communiste Jeronimo de Sousa avait menacé la veille de faire éclater l'union de la gauche si le gouvernement "cédait aux exigences" de la troïka des créanciers (UE-FMI-BCE).

Un an et demi après la sortie du Portugal de son plan de sauvetage international de 78 milliards d'euros, l'arrivée au pouvoir en novembre d'un gouvernement socialiste soutenu par le Parti communiste et le Bloc de gauche, proche de Syriza en Grèce, avait suscité des inquiétudes.

Deux mois plus tard, les craintes persistent. Le Portugal est à nouveau "l'enfant à problème" de l'Europe, car le changement de cap politique "risque de faire augmenter encore la dette et baisser la compétitivité" du pays, ont prévenu mercredi les analystes de Commerzbank.

- Investisseurs échaudés -

Signe de la méfiance des investisseurs, le taux des emprunts à dix ans du Portugal est passé jeudi au-dessus de la barre des 3%, contre 2,3% avant les élections législatives du 4 octobre.

Hausses des salaires et retour aux 35 heures pour la fonction publique, revalorisation des retraites, coup d'arrêt à la privatisation des transports: la liste des mesures visant à détricoter la politique d'austérité menée pendant quatre ans par la droite sous l'égide de la troïka est longue.

"Ce changement permanent de la politique jette le discrédit sur le Portugal et complique les décisions des investisseurs", estime Pedro Lino, analyste de la maison de courtage Dif Broker.

Reconduit après les législatives, le précédent gouvernement de centre droit de Pedro Passos Coelho avait été évincé au Parlement par une alliance inédite de la gauche.

Le gouvernement socialiste qui a pris sa place a promis la quadrature du cercle: assouplir l'austérité tout en ramenant le déficit public en-dessous de 2,6% du PIB en 2016.

Ce nouvel objectif, inscrit jeudi dans les grandes lignes du budget adoptées en Conseil des ministres, tient compte des exigences de Bruxelles, qui avait jugé insuffisante une précédente proposition (2,8%).

Le déséquilibre des finances publiques s'était brutalement aggravé en décembre, en raison du sauvetage en urgence de la banque Banif, pour un coût de 2,3 milliards d'euros, qui devrait porter le déficit 2015 à 4,2%.

-'A l'instar de l'Argentine'-

Autre mésaventure dans le secteur financier, la Banque du Portugal a transféré environ 2 milliards d'euros de titres de dette de la banque Novo Banco, détenus par de gros investisseurs, vers son prédécesseur en faillite, Banco Espirito Santo.

Fortement pénalisé, le fonds d'investissement Pimco n'a pas hésité à comparer le Portugal au "Venezuela et à l'Argentine", en raison de "mesures populistes" qui ont conduit à la "confiscation de biens".

Peu après, le Portugal a suscité à nouveau l'ire des investisseurs étrangers en annulant la privatisation de la gestion des transports en commun de Lisbonne et Porto, pourtant déjà attribuée aux groupes espagnols Avanza et Alsa ainsi qu'au français Transdev.

Le gouvernement portugais compte en outre récupérer la majorité du capital de la compagnie aérienne TAP, dont 61% ont été cédés par la droite à l'homme d'affaires américano-brésilien David Neeleman.

Pour le professeur d'économie Joao Cesar das Neves, "ces décisions entament une fois de plus la crédibilité du Portugal aux yeux des investisseurs nationaux et internationaux".

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