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21/01/2016 08:00 EST | Actualisé 21/01/2017 00:12 EST

Haïti: le gouvernement maintient les élections dimanche malgré les inquiétudes

Le gouvernement haïtien a confirmé jeudi le maintien des élections dimanche pour éviter le risque de plonger le pays "dans le chaos", malgré le refus de l'opposition d'y participer, les craintes de violences et les inquiétudes de la communauté internationale.

"On est fin prêts pour les élections de ce dimanche", a affirmé le président Michel Martelly à la radio. "Du côté de l'Etat, nous avons la responsabilité d'organiser des élections".

Depuis deux mois, l'opposition dénonce "un coup d'Etat électoral" fomenté par M. Martelly, qui ne peut pas prétendre à un second mandat consécutif en vertu de la Constitution.

Au premier tour du scrutin présidentiel le 25 octobre, le candidat du pouvoir Jovenel Moïse a recueilli 32,76% des voix, contre 25,29% pour Jude Célestin.

Ce dernier, qui n'a pas fait campagne, avait indiqué lundi à l'AFP qu'il refusait de participer au scrutin de dimanche.

"Pour le 24 c'est non, je n'irai pas à cette farce, ça ne sera pas une élection, ça sera une sélection parce qu'il y aura un seul candidat", a affirmé M.Célestin.

La Commission indépendante d'évaluation électorale --créée à la demande de l'opposition-- a conclu que le scrutin du 25 octobre avait été "entaché d'irrégularités".

Elle avait également taclé le conseil électoral provisoire (CEP), chargé de l'organisation des scrutins, en affirmant que "plus de 60% des membres de bureaux de vote n'étaient pas capables d'accomplir correctement le travail demandé".

Assurant que les membres de bureaux de vote seraient mieux formés, le CEP a ordonné la poursuite du processus et fixé au 24 janvier le second tour de la présidentielle et des législatives partielles, initialement prévus le 27 décembre.

Plusieurs milliers d'opposants ont manifesté lundi et mardi dans la capitale contre la tenue des élections dimanche, bloquant plusieurs rues du centre-ville de la capitale avec des barricades. Ce qui a notamment occasionné des affrontements musclés avec la police.

- Déstabilisation? -

De leur côté, les principales organisations d'observations électorales haïtiennes avaient fait savoir dès lundi dans un communiqué "qu'elles n'observeront pas la +consultation+ programmée le 24 janvier 2016, que le CEP veut faire passer pour des +élections+".

Devant la recrudescence de violences, l'Organisation des Etats Américains (OEA), qui a déployé une mission d'observation électorale dans le pays, a exprimé mercredi "son inquiétude face à l'impasse politique qui prévaut à l'approche du second tour de l'élection présidentielle".

L'OEA "exhorte l'ensemble de la classe politique haïtienne à poursuivre les voies du dialogue et de la négociation afin de trouver une solution viable à cette impasse".

Mais jeudi, c'est avec un ton ferme et accusateur que le chef de l'Etat a dénoncé "un vaste complot pour essayer de nous déstabiliser".

Les opposants "cherchent à nous faire perdre du temps pour entrer dans une situation confuse le 7 février", a estimé M. Martelly, faisant référence à la date constitutionnelle de passation du pouvoir présidentiel.

Le président a expliqué que, selon lui, ses opposants veulent "prendre le pouvoir à leur façon car ils ne peuvent le prendre par les élections".

Présent avec le chef de l'Etat durant l'émission de radio, le Premier ministre Evans Paul a également vertement critiqué les manifestants: "Aucune société ne peut accepter que certains expriment leur position par la violence", a-t-il déclaré.

Pour le chef du gouvernement, "il y a deux projets: le premier, c'est le 24. L'autre projet, c'est le chaos".

Des propos qui ne vont pas manquer d'attiser la colère des opposants: une nouvelle manifestation est prévue vendredi.

Lors de leur précédente mobilisation mardi, les manifestants ont clairement fait part de leur intention de perturber le bon déroulement du scrutin: "Préparez nos armes, il n'y aura pas d'élections dimanche" a été l'un de leurs principaux slogans.

Trente ans après la fin de la dictature des Duvalier, Haïti peine toujours à organiser des scrutins non contestés et qui suscitent l'engouement de la population.

amb/elm