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21/01/2016 06:42 EST | Actualisé 21/01/2017 00:12 EST

CPI: l'ex-chef de guerre ougandais Ongwen était le "fer de lance" de la LRA, assure l'accusation

L'ancien chef de guerre ougandais Dominic Ongwen était "le fer de lance" de la sanguinaire rébellion de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), a assuré jeudi un procureur de la CPI, en présentant aux juges 70 chefs d'accusations de crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

Une vidéo montrant des huttes brûlées dans un village du nord de l'Ouganda, des morts enterrés à la hâte et des corps d'enfants abandonnés, recouverts de mouches : le procureur Benjamin Gumpert espère convaincre les juges d'ouvrir un procès contre Dominic Ongwen, environ 40 ans.

Surnommé la "Fourmi Blanche", Dominic Ongwen était un des commandants les plus redoutés de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) menée par Joseph Kony, rendue mondialement célèbre par la campagne "Kony 2012".

Selon l'ONU, la LRA a tué plus de 100.000 personnes et enlevé plus de 60.000 enfants d'abord dans le nord de l'Ouganda, puis au gré de son exil dans les pays voisins.

"Pendant plus d'une décennie, Dominic Ongwen était un des commandants les plus importants de la LRA", a assuré le procureur Gumpert, soulignant que le suspect "était le fer de lance" de la rébellion.

Selon l'accusation, M. Ongwen "porte une responsabilité criminelle significative" pour des attaques "terrifiantes" dans le nord du pays, où les civils étaient considérés comme des ennemis.

"La philosophie était : si vous n'êtes pas avec nous, vous êtes contre nous", a-t-il ajouté. Des témoins ont également assuré à l'accusation que M. Ongwen avait ordonné à ses soldats, au moins une fois, de "tuer, cuisiner et manger les civils".

- Enlèvement de masse-

M. Ongwen, ex-enfant soldat, doit répondre de 70 chefs d'accusation, dont esclavage sexuel, meurtre et enrôlement d'enfants soldats. Dix de ces accusations n'ont pas été dévoilées, "par sécurité", selon le juge Cuno Tarfusser.

Un autre membre du bureau du procureur, Kamran Choudry, a raconté aux juges comment les hommes de Dominic Ongwen ont attaqué le camp de réfugiés de Pajule, aux petites heures du 10 octobres 2003.

Les ordres de Joseph Kony étaient clairs : "tout ce qui respire doit mourir", assure-t-il, évoquant notamment un petit garçon atteint d'une balle dans l'estomac alors qu'il s'enfuyait, ses intestins se déversant sur le sol. Ou le corps d'une femme, la gorge tranchée avec une machette, entouré de trois enfants en pleurs.

Un témoin, assure M. Choudry, a été forcé à regarder la mise à feu d'une hutte, où plusieurs enfants venaient d'être enfermés.

Après une heure, les troupes de la LRA se sont retirées, emportant avec elles leur butin et "minimum 200 personnes, le plus grand enlèvement de masse de l'histoire de ce conflit", selon M. Choudry. Ces hommes, femmes et enfants ont ensuite été "distribués aux combattants".

Créée en 1987 avec l'objectif de renverser le président ougandais Yoweri Museveni pour le remplacer par un régime fondé sur les Dix commandements, la LRA s'est forgé une effroyable réputation au fil de ses exactions en Ouganda, au sud du Soudan, dans le nord-est de la République démocratique du Congo et en Centrafrique.

De nombreuses victimes ont eu les lèvres, le nez et les oreilles coupées.

Les audiences sont retransmises à plusieurs endroits en Ouganda, notamment dans certains villages qui avaient été détruits à l'époque, selon la CPI.

Prophète auto-proclamé, Joseph Kony a mélangé mystique religieuse, techniques éprouvées de guérilla et brutalité sanguinaire. En dépit de sa jeunesse, Dominic Ongwen a très vite été repéré pour sa loyauté dans le crime, son courage au combat et ses qualités de tacticien.

Mais certains groupes de défense des droits de l'Homme estiment que Dominic Ongwen est à l'origine lui-même une victime : il a été enlevé pour devenir enfant soldat alors qu'il rentrait de l'école. Selon lui, il avait alors 14 ans.

Son passé d'enfant soldat n'est pourtant pas une excuse pour les crimes commis, assure l'accusation, qui doit continuer sa présentation mardi avant de laisser la parole aux représentants des victimes et à la défense. Il s'agit, tout au plus, de "circonstances atténuantes".

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