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20/01/2016 07:56 EST | Actualisé 20/01/2017 00:12 EST

Réfugiés : que peuvent faire les entreprises ?

Les entreprises privées doivent-elles aider les réfugiés, leur donner du travail, alors que les pays occidentaux ne parviennent pas à résorber le chômage ? Certaines y pensent, mais les experts sont partagés.

Un self made man américain et ancien émigré kurde, Hamdi Ulukaya, que certains ont surnommé "le roi du yaourt grec" aux Etats-Unis, a eu son petit succès mercredi au Forum économique de Davos (Suisse) en lançant un appel à la solidarité des grandes entreprises vis à vis des réfugiés.

M. Ulukaya, qui explique que 30% des 1.800 employés de son entreprise, les yaourts Chobani, sont des réfugiés, a annoncé qu'il avait entraîné, au sein de sa fondation Tent, de grands noms du privé tels que Airbnb, la fondation Ikea, LinkedIn, MasterCard et UPS, qui s'engagent à contribuer à "gérer et régler la crise des migrants" en fournissant aides, formations ou même emplois.

"Si nous voulons donner de l'espoir et des opportunités à plus de 60 millions de réfugiés dans le monde, cela ne doit pas venir uniquement des gouvernements et des ONG", a-t-il lancé à Davos, où la gestion des arrivées massives en Europe de réfugiés syriens ou irakiens est au centre des débats.

"Belle initiative, mais on ne peut pas comparer ce qu'il est possible de faire aux Etats-Unis et en Europe, où le chômage est beaucoup plus fort", nuance le Français Claude Posternak, de l'agence de conseil La Matrice.

En septembre dernier, quatre groupes privés français, Air Liquide, Michelin, Sodexo et Total, ont proposé leur aide aux réfugiés, en fournissant locaux, nourriture, soins de santé ou accompagnement professionnel.

L'organisation patronale française Medef a prévu elle aussi un plan d'aide à l'intégration des réfugiés, et la banque BNP Paribas a annoncé un plan de soutien de 5 millions d'euros.

"L'intégration passe par l'emploi, or il n'y a plus d'emploi ! Quand on parle d'embaucher des réfugiés, on est dans le discours utopique", ajoute M. Posternak, qui rappelle qu'en France, sur le front du chômage, "c'est panique à bord".

Les récents attentats en France revendiqués ou imputés à des groupes jihadistes n'ont fait que renforcer la méfiance envers les réfugiés.

- Ecole de Chicago -

"Si on raisonne dans une approche libérale, comme disons l'Ecole de Chicago, il y a deux arguments en faveur de l'emploi de réfugiés ou de migrants" argumente à l'inverse l'économiste français Hippolyte d'Albis (Université Paris 1).

"Les réfugiés ont moins d'options, donc on les recrute pour moins cher. C'est rentable d'embaucher des réfugiés", affirme-t-il.

"Mais il y a une autre idée: c'est que le travail se partage. 50% des chômeurs en France n'ont pas de compétences professionnelles. Si les migrants trouvent du travail, c'est qu'ils ont les compétences. Et de toutes façons, ils passent en second", ajoute-t-il.

En Allemagne, pays qui a accueilli 1,1 million de réfugiés en 2015, le secteur privé a pris quelques initiatives, avec des stages de langue ou de formation chez Daimler, EnBW (troisième plus gros énergéticien du pays), au conglomérat industriel ThyssenKrupp, ou à BASF (chimie).

En Autriche, les supermarchés DM proposent quelques dizaines de places en apprentissage à des réfugiés, et la multinationale du nettoyage ISS a annoncé une centaine d'emplois "spécial réfugiés".

Une goutte d'eau cependant, comparé aux 90.000 demandes d'asile déposées en Autriche en 2015.

"Si le secteur privé est capable d'aider à l'intégration des migrants dans la vie active, cela peut réellement faciliter la croissance", note Nariman Behravesh, chef économiste du cabinet britannique IHS.

"Mais politiquement, c'est une autre affaire. Aucun doute que c'est très difficile. Il y a ce sentiment que ces gens vont prendre le travail des autres."

"Le gâteau à partager est-il limité ?" s'interroge pour sa part le chercheur français Matthieu Tardis, spécialiste des migrations. "Non, car chacun contribue, chacun crée de la richesse. C'est la même chose pour le travail des femmes. Plus personne ne pense aujourd'hui que les femmes prennent le travail des hommes."

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