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20/01/2016 07:04 EST | Actualisé 20/01/2017 00:12 EST

RDC : réponse "inadéquate" des Casques bleus face à un massacre ethnique (général)

Les Casques bleus stationnés à Miriki, village de l'est de la République démocratique du Congo théâtre d'un massacre ethnique nocturne début janvier, ont eu une réponse "inadéquate" face à ce drame, a estimé mercredi le chef de la force militaire de l'ONU dans ce pays.

"Il a été constaté une réponse tardive et que moi-même en tant que responsable de la Force, je considère comme inadéquate", a déclaré le général français Jean Baillaud lors d'une conférence de presse à Goma, capitale de la province meurtrie du Nord-Kivu, où se trouve Miriki.

L'officier faisait là référence à la centaine de soldats sud-africains basés à environ un kilomètre du village et qui ne sont pas intervenus pour mettre un terme à la tuerie.

Le massacre de Miriki a rappelé un drame survenu en juin 2014 à Mutarule, au Sud-Kivu, et pour lequel la Mission de l'ONU au Congo (Monusco) avait présenté publiquement ses excuses et reconnu une part de responsabilité après le massacre de 32 personnes d'une même ethnie.

La tuerie avait été commise de nuit. Un détachement local de la Monusco avait été alerté par des riverains mais n'avait pas bougé. Présente à proximité, la patrouille des Forces armées de la RDC (FARDC) n'était pas non plus intervenue.

Pour le général Baillaud, "il faut tirer toutes les leçons, procéder à toutes les vérifications sur ce qui s'est passé" à Miriki.

Appelant à ne pas faire de comparaison hâtive entre les drames de Mutarule et Miriki, l'officier français a estimé qu'il fallait "plutôt s'interroger" sur "les risques" qu'induit le massacre pour la stabilité de la zone, et sur "les actions à entreprendre" pour éviter qu'ils se matérialisent.

Interrogé par l'AFP, le colonel Félix-Prosper Basse, porte-parole de la Monusco, a appelé à attendre les conclusions de l'enquête ouverte par l'ONU sur le drame "pour déterminer si la réponse (des Casques bleus) a été inappropriée ou tardive".

Seize ou dix-sept Nande, parmi lesquels les deux femmes et la fille du "mwami" (chef coutumier) local, ont été tués dans la nuit du 6 au 7 janvier, à Miriki (environ 110 km au nord de Goma), par de présumés rebelles hutu rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

Selon un témoin ayant vu les corps au matin, les victimes ont été tuées à l'arme blanche ou par balles, ce qui laisse penser que les bruits des tirs auraient pu alerter les Casques bleus.

L'est de la RDC est déchiré depuis plus de vingt ans par des conflits armés alimentés notamment par des différends ethniques et fonciers.

Depuis plusieurs mois, les chefs nande de la région de Miriki s'opposent au retour de déplacés hutu congolais. Selon le général Baillaud, le massacre a exacerbé les tensions intercommunautaires dans la zone.

Présente en RDC depuis 1999, la mission de l'ONU au Congo, qui coûte aujourd'hui plus d'un milliard de dollars par an à la communauté internationale, est régulièrement pointée du doigt par la population congolaise pour son inefficacité à protéger les civils.

L'Afrique du Sud fournit environ 1.300 des quelque 18.700 Casques bleus déployés au Congo.

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