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20/01/2016 12:14 EST | Actualisé 20/01/2017 00:12 EST

Radio-Canada a sa plateforme sécurisée pour les lanceurs d'alertes

Internet n'est pas un lieu anonyme, mais les sources des journalistes tiennent souvent à le rester. C'est pourquoi Radio-Canada lance une plateforme numérique qui permettra aux citoyens de transférer des documents de façon sécurisée aux journalistes.

Un article de Bahador Zabihiyan

Radio-Canada est le premier média francophone au Canada à mettre en place une plateforme sécurisée pour permettre aux sources, notamment les lanceurs d'alertes, de transmettre des données sensibles aux journalistes. La plateforme se nomme « Source anonyme », et elle a été mise en ligne aujourd'hui.

L'idée est venue de Catherine Mathys, qui est chroniqueuse à Radio-Canada. Elle l'a développée dans le cadre de l'« Accélérateur d'idée » du diffuseur public, une structure qui permet aux employés de participer à un concours interne pour développer un projet innovant.

« Je trouvais que dans une ère post-Snowden [...] ça devenait important pour un média national, crédible, sérieux, de se doter d'une plateforme comme celle-là pour protéger ses sources », dit Catherine Mathys.

Dans le cadre de son projet, elle s'est aperçue que les sources utilisaient souvent des moyens « artisanaux » pour faire parvenir de l'information sensible aux journalistes comme des « clés USB glissées sous la porte » ou encore des documents envoyés par la poste.

Données stockées dans un lieu secret

Les données et les informations ainsi envoyées à Radio-Canada vont être stockées dans un serveur situé dans un lieu secret. Ils seront consultables par les journalistes, notamment ceux de l'émission Enquête, à partir d'un ordinateur sécurisé, qui n'a jamais été connecté à Internet.

C'est le développeur web Hamady Cissé qui a concrétisé l'interface web. Elle utilise l'outil « Secure Drop » et le navigateur « Tor », qui sont reconnus pour offrir un haut niveau d'anonymat sur Internet.

Un courriel peut être intercepté durant son envoi, sa réception ou son passage dans un serveur, dit-il. Des données précises sur les habitudes de navigation des internautes peuvent aussi être compilées par des entreprises privées. « Ce que Monsieur et Madame tout le monde utilisent pour communiquer, ça prend beaucoup plus que ça pour garantir l'anonymat », dit-il.

« Beaucoup des reportages qu'on diffuse, l'information nous proviennent des gens qui nous contactent, ce n'est pas que de l'information qu'on va débusquer », explique Michel Cormier, directeur général de l'information des Services français à Radio-Canada.

Pour Dmitri Vitaliev, consultant en sécurité informatique, les plateformes comme celles mise en place par Radio-Canada sont nécessaires pour les grands médias. « La vie privée sur Internet, au Canada, comme dans la plupart des autres pays, n'existe pas par défaut [...] Vous devez prendre des mesures supplémentaires », dit-il.

Selon lui, les agences de surveillance étatiques, comme la NSA américaine, peuvent assez facilement recueillir des informations sur les internautes, qu'ils soient au Canada ou ailleurs.