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20/01/2016 11:11 EST | Actualisé 20/01/2017 00:12 EST

Le tennis professionnel doit-il revoir la répartition des bourses ?

La controverse des matchs truqués au tennis oblige dirigeants et joueurs à réfléchir sur les moyens d'endiguer ce péril qui menace la demeure.

Le tennis a vu sa popularité exploser dans les années 1980 avec l'intérêt croissant des télévisions. Aujourdhui, les meilleurs joueurs de la planète gagnent des fortunes, et les tournois proposent chaque année des bourses de plus en plus élevées.

Les Internationaux d'Australie donneront un chèque de 3 800 000 dollars aux gagnants des tournois de simple, autant ches les femmes que chez les hommes.

Pour le professeur français Jean-Pascal Gayant, spécialisé dans l'économie du sport, la tentation de certains joueurs de céder aux pressions des parieurs vient du « caractère extrêmement inégalitaire » de la répartition des prix dans le tennis professionnel, écrit-il sur le site Internet du journal Le Monde.

Selon ses calculs, les gains des joueurs du Top 10 du circuit ATP (64,6 millions de dollars américains en 2015) représentent près de la moitié des gains des joueurs du top 100, tandis que les gains du top 3 représentent un quart des gains du top 100.

Au-delà de la 100ème place, les revenus des joueurs sont relativement modestes.

Comparaison avec la PGA 

Pour appuyer spon raisonnement, Jean-Pascal Gayant a comparé les gains au tennis et au golf professionnel.

Si les gains annuels du no 1 mondial Novak Djokovic sont le double de ceux du meilleur golfeur de la PGA en 2015, Jordan Spieth (21,6 millions de dollars contre 12,03 millions de dollars), c'est plus bas dans la liste que la comparaison est intéressante.

Les gains annuels du golfeur classé au 10e rang de la PGA en 2015, Charley Hoffman, sont plus du double de ceux du 10ème joueur au classement ATP, Jo-Wilfried Tsonga (4,41 millions de dollars contre 1,74 millions de dollars).

Alors que les joueurs de tennis ont de plus en plus de mal à accéder au top 10, en raison de la domination écrasante de quelques joueurs et la multiplication des tournois, la répartition des bourses fait courir au tennis un « risque élevé de corruptibilité des joueurs et de naissance d'ententes » sur l'issue de rencontres, écrit le spécialiste français.

Le tennis mondial doit réviser « drastiquement son système de répartition des récompenses s'il veut éviter un naufrage généralisé », conclut Jean-Pascal Gayant.

Les petits tournois visés

Les tournois du grand chelem ont ajusté leurs bourses pour les perdants des premiers tours ces dernières années, justement pour assurer l'intégrité des joueurs et du sport. Mais cela ne suffit pas.

« Les joueurs au delà du top 200 sont ceux visés par les parieurs, car il ne touche pas plus de 55 000 dollars par année en bourses, rappelle Russell Fuller, correspondant tennis pour la BBC, et ils doivent encore déduire de ce montant leurs dépenses de voyage (transport et hôtel) et le salaire de l'entraîneur. »

Ce qu'a confirmé le directeur de Tennis Canada, mercredi, lors de son passage à Québec pour promouvoir la rencontre Fed Cup entre le Canada et le Belarus. 

« Ces choses là arrivent dans les tournois de moindre importance, a expliqué Eugène Lapierre, mercredi. Les parieurs n'aiment pas parier sur les matchs dont on peut connaître le résultat.

« On parle des tournois Challenger et Futures, précise-t-il. Avec des joueurs qui sont au début du système de compétition professionelle. Il y a moins de sous de ce côté là, et ils sont plus aptes à prendre un montant pour accepter [de perdre].

« Mais pour aucun joueur, pour aucune joueuse, c'est payant de perdre, affirme Lapierre. Ces joueurs-là se battent pour monter au classement, et les points, ça vaut plus que n'importe quoi. »

Questionné à ce sujet lundi à Melbourne pendant les Internationaux d'Australie, le Suisse Roger Federer ne fait pas un parallèle direct entre les bourses et les matchs truqués.

« Quel que soit la quantité d'argent que vous injectez dans le système, il y aura toujours des gens qui approcheront les joueurs, toujours, a expliqué Roger Federer, lundi. Et dans tous les sports. Ça ne dépend pas des bourses.

« Si ça ne se passe plus au niveau des tournois Challenger, ça arrivera au niveau des tournois Futures, affirme l'athlète suisse. Même si vous offrez un million de dollars à chaque joueur pour jouer à chaque tournoi, ça ne changera rien, croit Federer. Ce sera toujours la même approche.  

« Je crois qu'on a tort de penser que d'injecter plus d'argent va faire disparaître le problème. Oui, je suis d'accord qu'il faudrait augmenter les bourses aux niveaux des Futures et des Challenger et à tous ces niveaux-là, concède Federer, aucun doute là-dessus, mais ça ne règlera pas le problème. »

Bourses des Internationaux d'Australie pour le tournoi de simple en 2016:

  • Gagnants 3 800 000 de dollars américains
  • Finalistes 1 900 000 $
  • Demi-finalistes 800 000 $
  • Quarts-de-finalistes 400 000 $
  • Tableau de 16 200 000 $
  • Tableau de 32 97 500 $
  • Deuxième tour 60 000 $
  • Premier tour 34 500 $

Total 30 000 000 $ (contre 18 685 600 $ en 2012)