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20/01/2016 07:06 EST | Actualisé 20/01/2017 00:12 EST

La colère gronde dans une région défavorisée de Tunisie

Des centaines de personnes ont à nouveau exprimé mercredi leur ras-le-bol de la misère sociale à Kasserine, région défavorisée du centre de la Tunisie où de vives tensions, marquées par des accrochages avec la police, ont refait surface après le décès d'un jeune chômeur.

Cinq ans après la révolution contre la dictature de Zine el Abidine Ben Ali, née de l'immolation du vendeur ambulant Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid, l'exclusion sociale et les disparités régionales persistent, dans un contexte de profonde morosité économique.

"Nous mettons en garde depuis longtemps (sur le fait) que cinq ans ont passé et que le dossier du développement et de l'emploi n'a pas pris sa part. Espérons que cette manifestation de la part de la population de Kasserine ne tombera pas dans l'oreille d'un sourd", a dit Houcine Abassi, le secrétaire général de la centrale syndicale UGTT.

Comme la veille, la police a fait usage mercredi après-midi de gaz lacrymogène pour disperser des manifestants qui lui jetaient des pierres, selon un correspondant de l'AFP.

Dans la matinée, plusieurs centaines de personnes avaient réclamé des solutions au chômage devant le siège du gouvernorat avant de se rendre en centre-ville. De petits groupes ont ensuite bloqué des routes avec des pneus en feu.

Huit policiers ont été blessés mercredi à Kasserine et 11 à Thala, une ville proche, selon le directeur régional de la Santé Abdelghani Chaabani. Mardi, 20 manifestants et trois policiers avaient été légèrement blessés à Kasserine.

Ces évènements font suite au décès samedi d'un chômeur de 28 ans, Ridha Yahyaoui, mort électrocuté après être monté sur un poteau. Il protestait parmi d'autres contre son retrait d'une liste d'embauches dans la fonction publique.

Les autorités ont annoncé le limogeage d'un haut responsable du gouvernorat ainsi que l'ouverture d'une enquête, et décrété un couvre-feu nocturne dans la ville.

Le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Walid Louguini, a expliqué cette mesure par la nécessité de "protéger les vies", d'éviter toute "escalade" mais aussi d'empêcher "les éléments terroristes d'essayer d'exploiter cette situation".

Kasserine se trouve au pied du mont Chaambi, le principal maquis jihadiste de Tunisie.

- 'Travail, dignité nationale' -

Des incidents sont également intervenus ailleurs dans la région, à Thala, Meknassi et Mazzouna notamment, où des manifestants ont bloqué des routes et brûlé des pneus mardi soir et mercredi matin, selon des témoins et une source de la sécurité.

Près de 150 personnes ont aussi manifesté en soutien à Kasserine à Tunis, en scandant "Travail, liberté, dignité nationale", un slogan phare de la révolution, et "Le travail est un droit, gang de voleurs" en allusion aux gouvernants, selon une journaliste de l'AFP.

"Nous nous attendions à (de tels évènements) depuis longtemps et nous avons averti que la situation sociale allait exploser", a dit à l'AFP Abderrahman Hedhili, président de l'ONG Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES).

Mardi, le président du Parlement, Mohamed Ennaceur, a annoncé qu'une délégation parlementaire se rendrait dans la région à une date qui n'a pas encore été fixée. Une séance plénière sera aussi "prochainement" consacrée au plan du gouvernement concernant l'emploi, en présence du Premier ministre.

Mais "le gouvernement n'a pas de vision, pas de programme pour les régions intérieures", a jugé M. Hedhili. "Espérons que les solutions proposées ne seront pas temporaires".

Si elle a réussi la transition politique née de la révolution de 2011 (élections libres et nouvelle Constitution), la Tunisie ne parvient pas à relancer son économie.

En 2015, la croissance devrait être inférieure à 1%, notamment plombée par la crise du secteur touristique, une conséquence de l'instabilité et des attaques jihadistes.

Le chômage au niveau national dépasse 15% et atteint même le double chez les diplômés. Comme avant 2011, l'intérieur du pays reste largement défavorisé.

Le Premier ministre Habib Essid a remanié son gouvernement en début de mois, après une première année jugée décevante.

"Nous reconnaissons la réalité des difficultés économiques et sociales rendues plus aiguës par les (attentats) terroristes", a récemment déclaré le président Béji Caïd Essebsi, tout en disant être sûr que 2016 serait "l'année de l'audace dans la réforme".

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