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20/01/2016 03:08 EST | Actualisé 20/01/2017 00:12 EST

Chine: "vives inquiétudes" de l'UE après la détention de citoyens européens

L'ambassadeur de l'Union européenne en Chine a exprimé mercredi ses "vives inquiétudes" après la détention par Pékin de plusieurs citoyens de l'UE, quelques heures après la diffusion par la télévision d'Etat de "confessions" d'un militant suédois détenu par les autorités.

Peter Dahlin, employé de l'ONG "Chinese Urgent Action Working Group", a été interpellé il y a deux semaines alors qu'il s'apprêtait à embarquer pour la Thaïlande à l'aéroport de Pékin, une arrestation intervenue en pleine répression d'avocats défenseurs des droits de l'Homme.

La télévision publique CCTV a diffusé mardi soir une vidéo de "confessions" du Suédois dans laquelle il déclare avoir "violé la loi chinoise par ses activités" dans le pays.

"J'ai blessé les sentiments du peuple chinois. Je m'excuse sincèrement pour cela", a-t-il ajouté dans un style compassé.

L'ONG affirme se donner pour mission d'assurer en Chine la formation de défenseurs des droits de l'Homme demandant réparation pour des abus présumés des autorités, mais l'agence Chine nouvelle a accusé l'organisation d'"encourager les masses à s'opposer au gouvernement".

"Peter (Dahlin) a pris part à des activités en Chine qui ont menacé la sécurité d'Etat", a déclaré mercredi Hong Lei, le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, lors d'un point presse régulier.

"Je n'ai pas à me plaindre", a assuré le Suédois dans la vidéo. "Je pense avoir été traité de façon juste".

Les "aveux" de deux Chinois, présentés comme des collègues de M. Dahlin, ont également été diffusés dans le même reportage.

Ce type de "confession télévisée", avant même un quelconque procès, est une pratique courante en Chine, où la justice reste étroitement soumise au pouvoir politique.

Pékin n'accuse qu'à de rares occasions des ressortissants étrangers de mise en danger de la sécurité d'Etat, un crime pouvant faire l'objet d'une lourde peine.

L'UE est "profondément inquiète" d'affaires comme celle impliquant M. Dahlin, a déclaré l'ambassadeur européen, Hans-Dietmar Schweisgut, mercredi à la presse.

"Nous constatons une tendance extrêmement préoccupante", a-t-il indiqué.

"Ce que Peter Dahlin a dit ou n'a pas dit ne peut être vérifié en intégralité" aussi longtemps qu'il est en détention, a réagi sur Twitter Michael Caster, un porte-parole de l'ONG pour laquelle travaille le militant suédois.

L'ambassade de Suède à Pékin a indiqué mercredi à l'AFP avoir "pris note des reportages dans les médias mais n'avoir rien à dire de plus sur cela", tout en assurant "continuer de travailler intensément" avec le gouvernement chinois sur le sujet.

L'"affaire Dahlin" intervient après la troublante réapparition en Chine continentale de deux libraires hongkongais disparus, des ressortissants de pays européens employés par une maison d'édition connue pour ses ouvrages critiques de Pékin.

La disparition des deux hommes -- l'un à Hong Kong, l'autre en Thaïlande -- a alimenté les craintes d'interventions hors de leurs frontières des autorités chinoises.

Lee Bo, titulaire d'un passeport britannique, et Gui Minhai, ressortissant suédois, sont tous deux nés en Chine et auraient préparé un livre sur la vie amoureuse du président chinois Xi Jinping.

Pékin a lancé en juillet une répression à l'ampleur inédite contre des avocats chinois des droits de l'Homme et des employés de cabinets juridiques, en interpellant 130 dans toute la Chine.

dly-ehl/jug/pt