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20/01/2016 03:54 EST | Actualisé 20/01/2017 00:12 EST

Affaire Kerviel: report du procès au civil sur la perte de 4,9 milliards

L'ex-trader français Jerôme Kerviel et la banque Société générale se sont retrouvés mercredi devant un tribunal français, qui doit rejuger, au civil, l'indemnisation astronomique réclamée par la banque à son ancien employé pour la perte de 4,9 milliards d'euros subie en 2008.

Escroc pour les uns, bouc-émissaire pour d'autres, Jerôme Kerviel, 39 ans aujourd'hui, s'est présenté en début de matinée devant la cour d'appel de Versailles, à l'ouest de Paris, mais le procès a été rapidement suspendu.

Ses avocats ont demandé à la cour de prononcer un "sursis à statuer", c'est-à-dire d'attendre une décision de la justice pénale pour examiner le volet civil de l'affaire.

Ce sont "des manoeuvres dilatoires", a critiqué l'un des avocats de la Société générale, Me François Martineau.

La cour d'appel de Versailles, qui a suspendu les débats, fera savoir le 29 janvier si elle sursoit effectivement à statuer ou si le procès civil peut démarrer.

Il y a huit ans jour pour jour éclatait l'un des plus retentissants scandales de la finance française, voire internationale: le 24 janvier 2008, la Société générale annonçait officiellement une perte de 4,9 milliards d'euros, en l'attribuant à des prises de risques frauduleuses de son employé.

Jerôme Kerviel a été condamné à cinq ans de prison dont trois ferme pour abus de confiance dans cette affaire. Cette peine a été confirmée par la plus haute juridiction française, la Cour de cassation, qui a toutefois annulé les dommages-intérêts de 4,9 milliards d'euros réclamés par la Société générale et demandé un nouveau procès sur ce seul aspect.

La Cour de cassation avait estimé que si Jérôme Kerviel était coupable, la banque avait toutefois failli dans ses mécanismes de contrôle et ne pouvait donc prétendre à cette indemnisation. Kerviel et ses avocats n'ont eu de cesse d'affirmer que la banque était au courant de ses agissements.

S'appuyant sur le témoignage d'une ancienne policière chargée de l'enquête, qui estime avoir été "manipulée" par la banque lors de ses investigations, Jérôme Kerviel a demandé lundi une révision de son procès pénal.

Une décision sera rendu le 21 mars sur les suites à donner à cette requête. Les avocats de l'ancien trader souhaitent donc que la justice civile attendent cette décision pénale avant d'examiner le dossier des indemnités.

"Sur la base du témoignage que nous avons recueilli (...), la banque savait tout des opérations de Jérôme Kerviel, donc le condamner pour abus de confiance et le condamner ici à des dommages et intérêts me semble une poursuite de ce dysfonctionnement judiciaire que nous dénonçons", a estimé son avocat David Koubbi.

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