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18/01/2016 12:49 EST | Actualisé 18/01/2017 00:12 EST

Un premier ministre du beau temps?

L'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder était surnommé par ses concitoyens le « chancelier du beau temps ». Non seulement pour son optimisme, mais aussi parce qu'il n'avait aucune habileté à gérer les crises. Il était bon quand il s'agissait de naviguer par temps calme et clair seulement.

Une analyse de Michel C. Auger, animateur de Midi info

Après seulement trois mois en poste, il est évidemment un peu trop tôt pour juger la performance de Justin Trudeau. Mais, s'il n'y prend garde, il finira par donner l'impression d'être un piètre gestionnaire de crise.

Prenons sa réaction à la mort des six coopérants canadiens en fin de semaine au Burkina Faso. Deux petits paragraphes pour dire que le Canada « condamne au plus haut point » les attentats et se déclarer « profondément attristé » de ces actes de violence. À peine plus de 100 mots, soit deux fois moins que le communiqué pour féliciter les champions de la Coupe Grey.

Plus troublant encore, une seule allusion au terrorisme, même s'il s'agit du plus grand nombre de victimes canadiennes dans un attentat terroriste depuis le 11 septembre 2001.

En visite à Peterborough, le premier ministre a demandé une minute de silence en mémoire des victimes, puis est retourné à ses activités habituelles comme un bain de foule avec prise d'égoportraits.

Cela rappelait, non sans raison, sa réaction d'une faiblesse déconcertante aux attentats du 13 novembre dernier à Paris.

Dans les deux cas, pendant que le premier ministre du Canada semblait incapable de trouver les bons mots, c'est Philippe Couillard qui avait la réaction dont on se serait attendu de la part d'un chef d'État.

Par ailleurs, on attend toujours la décision du gouvernement Trudeau sur la future participation du Canada à la coalition qui lutte militairement contre le groupe armé État islamique.

M. Trudeau persiste dans sa décision de retirer les chasseurs CF-18 envoyés par l'ancien gouvernement, mais on ne sait toujours pas par quoi ils seront remplacés. Cela contribue aussi à rendre la position du Canada encore plus floue sur la question de la lutte contre le terrorisme.

Dollar et classe moyenne

Dans un autre ordre d'idées, on attend toujours que le gouvernement donne un peu plus de détails sur le fameux plan de relance de l'économie sur lequel il dit compter depuis le début de la campagne électorale, l'été dernier. On n'en savait pas grand-chose à l'époque, pas plus qu'aujourd'hui, sauf qu'il vise la classe moyenne.

Mais bien des choses ont changé depuis ce temps. L'économie canadienne se porte de plus en plus mal et le dollar canadien est proche de son plancher historique, plombé par le bas prix des matières premières et, en particulier, du pétrole.

La valeur du dollar canadien n'est pas qu'un souci pour les économistes. Elle se traduira, pour les familles de la classe moyenne, justement, par une hausse du prix du panier d'épicerie qui pourrait atteindre 10 ou 15 % au cours de la prochaine année.

On espère toujours une indication quelconque du gouvernement qui nous permettrait de savoir si la situation le préoccupe.

Pendant toute la campagne électorale, M. Trudeau a souvent cité Wilfrid Laurier pour parler des « voies ensoleillées » et de l'importance de la pensée positive en politique.

Mais la politique, c'est aussi la gestion des crises et la capacité de réagir avec empathie au nom de ses concitoyens quand le malheur frappe. Sans demander à M. Trudeau de renoncer aux « voies ensoleillées », il faudrait quand même qu'il prenne garde de ne pas devenir que le premier ministre des jours de beau temps.