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18/01/2016 05:36 EST | Actualisé 18/01/2017 00:12 EST

Turquie: le chef de l'opposition poursuivi pour "insulte" au président Erdogan

La justice turque a engagé lundi des poursuites contre le chef du principal parti de l'opposition pour avoir traité le président Recep Tayyip Erdogan de "dictateur de pacotille" en dénonçant des arrestations très controversées d'intellectuels.

Le président du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), Kemal Kiliçdaroglu, est visé par une enquête du procureur d'Ankara pour "insulte au président", un délit passible d'une peine maximale de quatre ans d'emprisonnement, a rapporté l'agence de presse progouvernementale Anatolie.

Lors du congrès qui l'a réélu à la tête du CHP samedi, M. Kiliçdaroglu a accusé M. Erdogan d'avoir donné l'ordre de placer en garde à vue une vingtaine d'universitaires qui ont signé une pétition pour la paix dans le sud-est à majorité kurde du pays.

"Des intellectuels qui expriment leur opinion sont détenus, les uns après les autres, par un dictateur de pacotille", a-t-il lancé devant ses partisans.

"Comment osez-vous (M. Erdogan) envoyer la police à la porte de ces gens et ordonner leur arrestation ? (...) dites-nous, dictateur de pacotille, ce que signifient pour vous l'honneur et la fierté", a poursuivi M. Kiliçdaroglu.

Vendredi, la police a interpellé et placé en garde à vue une vingtaine d'universitaires qui avaient, avec quelque 1.200 autres, signé un texte dénonçant le "massacre délibéré et planifié" de l'armée, engagée dans plusieurs villes dans des opérations contre les partisans des rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Les combats ont tué des dizaines de civils, selon les ONG.

A plusieurs reprises, le chef de l'Etat a publiquement accusé les pétitionnaires d'être des "traîtres" et des "complices" du PKK et exigé qu'ils soient poursuivis.

Dans la foulée de l'enquête pénale ouverte contre M. Kiliçdaroglu, M. Erdogan a déposé une plainte civile contre son rival politique et exigé 100.000 livres turques (environ 30.000 euros) de dommages et intérêts.

Ses avocats dénoncent des "insultes d'une gravité extraordinaire" qui "dépassent les limites de la critique et portent atteinte aux droits de notre client", selon Anatolie.

Le ministre de la Justice Bekir Bozdag a volé au secours de M. Erdogan. "Seuls ceux qui manquent d'intelligence, de culture et de moralité peuvent insulter ainsi sous couvert de liberté d'expression", a-t-il commenté lundi sur Twitter.

Les arrestations d'universitaires, remis en liberté mais qui risquent toujours un à cinq ans de prison, ont suscité un tollé dans l'opposition turque et à l'étranger.

Après les vives critiques de Washington et Bruxelles, le ministère français des Affaires étrangères a dit lundi suivre avec "préoccupation" les procédures engagées contre les signataires de la pétition.

A la tête de la Turquie depuis 2003, M. Erdogan est accusé par ses détracteurs de dérive autoritaire. Depuis son élection à la présidence en août 2014, il a multiplié les poursuites pour "insulte", aussi bien contre ses rivaux et la presse que contre de simples citoyens.

pa/cls