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18/01/2016 15:08 EST | Actualisé 18/01/2017 00:12 EST

L'opposition radicalise son mouvement contre les élections de dimanche

Des centaines d'opposants ont bloqué lundi plusieurs rues du centre-ville de Port-au-Prince avec des barricades de pneus enflammés et deux véhicules ont été incendiés pour protester contre la tenue du second tour de l'élection présidentielle dimanche.

"On est à bout et oui, on va utiliser la violence car on doit répondre à leur violence contre nos droits", explique Joseph Onsy. "C'est la révolution et les autorités doivent faire attention car, si on ne nous écoute pas, alors on va tomber dans la guerre civile", menace le manifestant alors qu'un petit groupe incendie des pneus au milieu d'un carrefour de la capitale.

Depuis deux mois, l'opposition dénonce "un coup d'Etat électoral" fomenté par le président Michel Martelly, qui ne peut pas prétendre à un deuxième mandat consécutif en vertu de la Constitution.

Au premier tour du scrutin présidentiel, le 25 octobre, Jovenel Moïse, le candidat du pouvoir avait recueilli 32,76% des voix, contre 25,29% pour Jude Célestin, des résultats qualifiés de "farce ridicule" par M. Célestin.

La commission indépendante d'évaluation électorale avait conclu, après analyse d'un échantillon de procès-verbaux, que le scrutin du 25 octobre avait été "entaché d'irrégularités" et que "plus de 60% des membres de bureaux de vote n'étaient pas capables d'accomplir correctement le travail demandé".

En assurant que les membres de bureaux de vote seraient mieux formés, le conseil électoral provisoire a ordonné la poursuite du processus en choisissant la date du 24 janvier pour la tenue des scrutins (second tour de la présidentielle et législatives partielles) initialement prévus le 27 décembre.

Mais la campagne présidentielle, qui s'achève vendredi soir, est dans l'impasse : le candidat de l'opposition Jude Célestin n'a pas organisé de sorties publiques, affirmant qu'il ne participerait pas au scrutin.

D'ici dimanche, les opposants les plus radicaux ont déjà prévu plusieurs mobilisations dans la capitale. "Le 24 janvier, il n'y aura pas d'élections. On aura nos machettes et des pierres en main. On dit à tout le monde : fermez vos portes et restez chez vous car nous, on ne va pas participer à ces élections", a mis en garde la manifestante Betty Milou lundi.

Face à cette radicalisation de l'opposition, Jovenel Moïse continue lui de faire campagne.

Appelant les citoyens à voter lors d'un point de presse tenu lundi matin, le candidat du pouvoir s'est posé en rassembleur, parlant déjà de ses actions post-élections.

"Nous avons besoin de la passion et de la compétence de tous les citoyens indépendamment de leur origine et de leur appartenance politique pour développer Haïti. C'est pour moi un critère essentiel à prendre en compte dans la formation d'un nouveau gouvernement", a affirmé M. Moïse.

Aucun dialogue n'a été entrepris entre l'opposition et le pouvoir en place, faisant planer l'incertitude quant à la tenue dans le calme des élections de dimanche.

Trente ans après la fin de la dictature des Duvalier, Haïti peine toujours à organiser des scrutins non contestés et qui suscitent l'engouement de la population.

Lors du premier tour de la présidentielle, à peine 26% des électeurs s'étaient exprimés, preuve de la fracture entre la classe politique et la population, plongée dans l'extrême pauvreté.

amb/myl