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18/01/2016 12:04 EST | Actualisé 18/01/2017 00:12 EST

L'Iran augmente sa production de pétrole avec la fin des sanctions

L'Iran a annoncé lundi une augmentation majeure de sa production pétrolière après l'entrée en vigueur de l'accord nucléaire, affichant ainsi sa détermination à profiter sans délai de la fin de la plupart des sanctions internationales.

Il a dans le même temps dénoncé les nouvelles sanctions américaines liées à son programme de missiles balistiques même si elles ne concernent que cinq Iraniens et un réseau d'entreprises basées aux Emirats arabes unis et en Chine.

"L'Iran a la capacité d'augmenter sa production de 500.000 barils avec la fin des sanctions, et l'ordre a été donné aujourd'hui d'augmenter cette production", a déclaré Rokneddine Javadi, le chef de l'Organisation nationale iranienne du pétrole (NIOC).

Membre de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), l'Iran produit actuellement 2,8 millions de barils par jour et en exporte un peu plus d'un million de barils.

L'annonce iranienne risque de déstabiliser davantage le marché pétrolier, dont les cours sont au plus bas depuis douze ans en raison de la surabondance.

Les exportations iraniennes avaient décliné avec l'imposition des sanctions, qui ont été levées samedi après l'affirmation de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) que l'Iran avait respecté ses obligations visant à garantir la nature strictement pacifique de son programme nucléaire.

"Le principal problème du marché est une surproduction de 2 millions de barils par jour qui pousse à la baisse les prix", a reconnu M. Javadi. Mais "si l'Iran n'augmente pas sa production, les pays voisins pourraient augmenter la leur d'ici six mois à un an et prendre les parts de marché de l'Iran".

A la recherche de nouveaux débouchés pour son or noir, l'Iran envisage par ailleurs d'investir dans une raffinerie dans le sud de l'Espagne, a annoncé lundi Madrid.

- 'Comportement déstabilisateur' -

A la faveur de l'accord nucléaire négocié depuis plusieurs années et signé en juillet 2015 entre l'Iran et les grandes puissances, Téhéran et Washington, dont les relations diplomatiques sont rompues depuis 1980, ont amorcé un rapprochement.

Mais les tensions entre les deux pays persistent avec l'annonce dimanche par le Trésor américain de nouvelles sanctions, quoique de portée limitée, pour protester contre le programme de missiles balistiques de l'Iran.

Téhéran les a qualifiées d'"illégitimes" car "le programme balistique de l'Iran n'est pas conçu pour avoir la capacité de transporter des têtes nucléaires", a expliqué Hossein Jaber Ansari, porte-parole de la diplomatie iranienne.

Téhéran "répondra à ces actes de propagande en accélérant son programme balistique légal et en augmentant ses capacités de défense", a-t-il prévenu.

Ce programme a été mis en avant par Barack Obama pour affirmer dimanche que de "profondes différences" persistaient entre Washington et Téhéran. M. Obama a également dénoncé "le comportement déstabilisateur de l'Iran".

Mais ces tensions n'ont pas empêché un échange de prisonniers entre les deux pays impliquant onze ex-détenus dont le reporter du Washington Post Jason Rezaian.

- Nouvelle phase de coopération -

Après l'entrée en vigueur de l'accord nucléaire, le chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Yukiya Amano, est arrivé lundi à Téhéran où il a rencontré notamment le président Hassan Rohani.

M. Amano a évoqué avec ses interlocuteurs iraniens les moyens de surveiller et vérifier le respect par l'Iran de ses engagements conformément à l'accord nucléaire.

Il a affirmé que l'AIEA entamait une nouvelle phase de coopération avec l'Iran, marquée par la mise en application du protocole additionnel au Traité de non prolifération (TNP) qui permet à l'AIEA d'avoir un contrôle plus approfondi du programme nucléaire iranien.

"Nous devons continuer sur notre lancée", a-t-il dit, en soulignant qu'un important processus de vérification avait été mis en place.

L'un des objectifs de Téhéran est de réduire la durée de la première étape de l'accord nucléaire, qui prévoit une limitation du programme nucléaire pendant une période de huit ans.

La seconde étape doit donc s'ouvrir vers 2023, mais l'accord prévoit que si l'AIEA certifie plus tôt, par exemple dans cinq ou six ans, le caractère toujours pacifique des activités nucléaires iraniennes, la période de huit ans pourra être écourtée d'autant.

Cela est important pour l'Iran, désireux de démarrer certaines de ses activités plus tôt. De plus, d'autres sanctions américaines et européennes notamment sur les biens à double usage, les softwares, le transport des biens et technologies couverts par la liste militaire européenne, les armes, ou encore visant des individus, pourront être levées plus rapidement.

Et dans ce contexte, le Premier ministre du Canada Justin Trudeau a exprimé lundi son désir de voir le Canada renouer ses relations diplomatiques avec l'Iran, rompues par Ottawa il y a quatre ans.

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