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18/01/2016 12:59 EST | Actualisé 18/01/2017 00:12 EST

Face à un Moyen-Orient en "crise", il faut faire preuve de "patience stratégique" (Paris)

Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a estimé lundi que des interventions extérieures, de la Libye au Moyen-Orient "en crise", ne pouvaient plus se faire sans "l'aval des sociétés locales" et qu'il fallait savoir faire preuve de "patience stratégique".

"C'est désormais tout le Moyen-Orient qui est en crise et peut-être en péril. Chaos durable, embrasement plus général... les hypothèses les plus noires ne peuvent plus être écartées", a déclaré M. Le Drian lors d'une intervention sur "les grands enjeux stratégiques" à l'université de la Sorbonne.

Citant le cas de l'Afghanistan, où l'insurrection des talibans reste vive, il a appelé à ne pas mener d'intervention, politique ou militaire, sans un large soutien local.

"Nous devons nous impliquer avec prudence et modestie en soutenant nos partenaires de sécurité régionaux et en favorisant systématiquement les réponses et les acteurs régionaux, si imparfaits qu'ils soient parfois et si tentante que soit l'idée d'un plan imposé de l'extérieur par les grandes puissances", a-t-il dit.

"Après 15 ans en Afghanistan, nous devrions savoir que l'on ne conduit rien de durable sans l'aval et la participation des sociétés locales", a insisté le ministre de la Défense.

Evoquant indirectement la Libye, il n'a pas exclu une aide militaire à ce pays si un gouvernement d'union nationale finissait par y voir le jour.

"Nôtre rôle ne peut pas être d'intervenir partout mais nous pouvons assumer d'aider ceux de ces Etats qui cherchent à préserver leur stabilité et leurs institutions", y compris par un "appui dans le domaine de la sécurité", a-t-il dit.

La France s'est ainsi engagée à former les forces spéciales tunisiennes et apporte un appui aérien aux forces irakiennes à la demande de Bagdad, a-t-il rappelé.

Il convient toutefois de faire preuve de "patience stratégique", a jugé M. Le Drian. "Cela veut dire trouver un juste milieu entre l'inertie naturelle des machines administratives, nationales et internationales, et l'impatience bien légitime des opinions publiques".

Le ministre a également estimé que le terrorisme islamiste resterait une "menace durable", même si la coalition emmenée par les Etats-Unis marque des points contre le groupe Etat islamique (EI).

"Même si la coalition réduit le pseudo +Etat islamique+ au Levant, comme nous sommes en train de le faire, non sans difficulté mais avec beaucoup de détermination, il ne fait aucun doute qu'une nouvelle tête de l'hydre jihadiste puisse repousser après ailleurs", a-t-il averti.

Jean-Yves Le Drian a également constaté la "fin de la domination militaire occidentale sans partage" observée après l'effondrement de l'URSS, face à la montée en puissance de la Chine, de la Russie ou au défi du terrorisme.

vl/fjb