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18/01/2016 05:25 EST | Actualisé 18/01/2017 00:12 EST

Bruxelles et Varsovie jouent l'apaisement sur les réformes polonaises controversées

Bruxelles et Varsovie ont plaidé lundi la modération après des échanges parfois acrimonieux entre l'UE et la Pologne autour des réformes controversées du nouveau gouvernement conservateur polonais, dans les domaines de la justice et des médias.

A la veille d'un débat au Parlement européen à Strasbourg avec la Première ministre Beata Szydlo, c'est le chef de l'Etat polonais Andrzej Duda qui a voulu poser lundi à Bruxelles les premiers jalons d'un dialogue plus apaisé.

"La Pologne, ces dernières années, a bénéficié de son appartenance à l'UE", a dit M. Duda après une entrevue avec son compatriote Donald Tusk, président du Conseil européen, qui représente les Etats des 28.

"Jamais nous ne tournerons le dos à l'Europe", a-t-il insisté, plaidant comme M. Tusk, qui fut son adversaire sur la scène politique polonaise, pour un dialogue "calme, sans émotion" entre son pays et l'UE.

De nombreuses inquiétudes se sont exprimées au sujet des réformes lancées par le gouvernement polonais, depuis l'arrivée au pouvoir des conservateurs du parti Droit et Justice (PiS) en octobre. Il a notamment placé cinq nouveaux juges au sein du Tribunal constitutionnel, et confié au ministre du Trésor le pouvoir de nommer les dirigeants des médias publics.

- 'Polémiques inutiles'-

La Commission européenne a lancé le 13 janvier une enquête préliminaire sur la réforme du Tribunal constitutionnel, première étape d'une procédure européenne inédite visant à garantir que l'Etat de droit n'est pas menacé dans un pays membre.

"Les institutions européennes doivent nous respecter comme nous les respectons", a demandé lundi M. Duda, déplorant la façon dont "certains médias" et "milieux politiques européens" avaient caricaturé la situation dans son pays.

Le président du Conseil européen est allé dans son sens, appelant à éviter du côté de l'UE "des confusions qui ne s'imposent pas, des polémiques inutiles" et à tenir compte "de la toile de fond historique" pour évaluer la situation en Pologne.

"Bruxelles doit continuer de plancher sur ces questions de manière calme, cadrée", a-t-il ajouté. Il a égratigné au passage la Commission, estimant que "d'autres méthodes" auraient pu être utilisées vis-à-vis de Varsovie.

"Il faut éviter un ton agressif", a-t-il aussi dit à l'adresse des responsables politiques polonais. "Vous n'avez pas d'ennemi à Bruxelles", a-t-il assuré à M. Duda.

Les échanges entre Bruxelles et Varsovie se sont progressivement durcis ces dernières semaines. Dans une lettre ouverte au vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans, qui avait demandé des explications à la Pologne sur ses réformes, le ministre de la Justice polonais avait ainsi dénoncé des "pressions" jugées inacceptables.

-Pas de 'concessions'-

Zbigniew Ziobro lui avait aussi demandé d'observer à l'avenir "une plus grande retenue dans les leçons à donner à un parlement et à un gouvernement d'un Etat souverain et démocratique".

Des commentaires comme celui du président allemand du Parlement européen, Martin Schulz, sur une possible "poutinisation" de la Pologne, avaient aussi provoqué des réactions outrées de Varsovie.

"Ils veulent de nouveaux surveiller la Pologne", avait ainsi titré l'hebdomadaire polonais Wprost, sur une couverture faisant apparaître plusieurs responsables européens vêtus d'uniformes rappelant ceux du IIIe Reich allemand ou de costumes noirs, tous penchés sur une carte, comme lors d'une réunion d'un état-major militaire.

La Commission européenne avait déjà joué l'apaisement face aux tensions croissantes avec Varsovie.

"Nous ne sommes pas en train de taper sur la Pologne", avait affirmé son président Jean-Claude Juncker début janvier, se refusant à "spéculer" sur d'éventuelles sanctions contre la Pologne. Il s'agirait de l'étape ultime de la procédure lancée par Bruxelles, si une menace claire contre l'Etat de droit devait être identifiée et que Varsovie se refusait alors à rectifier le tir.

Sur le fond de ses réformes, la Pologne ne semble pas prête à transiger. "Personne ne peut imaginer qu'on va plier ou qu'il y aura de quelconques concessions", a prévenu dimanche le chef du parti Droit et Justice (PiS), Jaroslaw Kaczynski.

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