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16/01/2016 01:56 EST | Actualisé 16/01/2016 02:03 EST

Des mauvaises herbes ultrarésistantes héritées des OGM

Les cultures génétiquement modifiées sont commercialisées depuis maintenant 20 ans, mais leur utilisation massive tant au Canada qu'aux États-Unis a engendré un problème de taille : l'apparition de mauvaises herbes ultrarésistantes qui causent bien des maux de tête aux agriculteurs.

Un texte de Julie Vaillancourt

La croissance de l'amarante de Palmer, une mauvaise herbe ultrarésistante qui envahit maintenant une grande proportion des champs américains, est fulgurante. Elle croît de 5 à 7 centimètres par jour et peut atteindre 2 mètres de haut.

L'agriculteur et l'amarante de Palmer

Le fermier Scott Harper, de l'Indiana, aux États-Unis, a vu la plante en question accaparer de plus en plus d'espace dans ses champs de soya et de maïs depuis le milieu des années 2000. Auparavant, l'épandage de Roundup, l'herbicide de l'entreprise Monsanto, donnait de bons résultats. Ce n'est plus le cas.

« Je me considère comme un bébé du Roundup. C'est tout ce que j'épandais, c'était facile et efficace. J'ai été chanceux d'être là pendant que ça fonctionnait bien parce que maintenant, ça ne marche plus très bien… »

— Scott Harper

Scott Harper

Il y a 20 ans, les premiers OGM

C'est en 1996 que les scientifiques ont créé les premiers OGM. L'herbicide Roundup était auparavant utilisé, mais cette année-là, il a été jumelé avec succès à une semence dont l'ADN a été modifié pour tolérer l'application du Roundup.

Résultat : l'herbicide tuait toutes les plantes sur son passage sauf celles qui avaient été modifiées pour résister à son application.

Des mauvaises herbes résistantes aux herbicides ont été découvertes au Québec.

Ces cultures Roundup Ready, le nom commercial des semences génétiquement modifiées, ont fait fureur aux États-Unis. Notre voisin américain produit désormais 40 % des cultures génétiquement modifiées dans le monde.

Toutefois, l'engouement pour ces cultures a fait bondir la consommation de pesticides, et certaines mauvaises herbes comme l'amarante de Palmer sont devenues résistantes au glyphosate, l'agent actif de l'herbicide Roundup.

L'amarante de Palmer dans un champ

Depuis, plusieurs compagnies ont mis en marché d'autres herbicides à base de glyphosate, mais les fermiers américains sont longtemps demeurés fidèles à l'herbicide de Monsanto, celle qui a commercialisé en premier les semences génétiquement modifiées.

D'autres compagnies vendent maintenant des semences génétiquement modifiées, mais encore aujourd'hui aux États-Unis, le deux tiers des espèces de mauvaises herbes résistantes au glyphosate se retrouvent dans des cultures Roundup Ready.

Des spécialistes, comme l'agronome Larry Steckel, avaient pourtant averti les fermiers américains du danger de miser sur un seul herbicide. Il souligne que les agriculteurs ont fait l'erreur de surutiliser le Roundup.

« C'était prévisible que l'utilisation intensive du Roundup créerait des mauvaises herbes résistantes puisque la clé, c'est la diversité. Plusieurs d'entre nous avions averti les fermiers, mais ils ne voulaient pas changer leurs pratiques. »

— Larry Steckel, agronome à l'Université du Tennessee

Champs

C'est en Georgie, dans le sud des États-Unis, que l'amarante de Palmer a montré les premiers signes de résistance au glyphosate en 2000. La mauvaise herbe prospère maintenant dans 27 des 50 États américains.

La « ceinture de maïs » (Corn Belt), la région qui produit 50 % de cette graminée aux États-Unis, est maintenant atteinte si bien que la mauvaise herbe menace l'économie de la région.

Les racines de l'amarante de Palmer

Le Canada également atteint

Bien que l'amarante de Palmer ne soit pas encore présente au Canada, les spécialistes soulignent que le phénomène se propage vers le nord. Plusieurs mauvaises herbes résistantes au glyphosate ont d'ailleurs fait leur apparition au Canada depuis 2010. Plusieurs d'entre elles sont présentes dans des champs ontariens de cultures génétiquement modifiées.

Écoutez le reportage de Julie Vaillancourt à La semaine verte, samedi à 17 h, sur ICI Radio-Canada Télé.

Le Canada produit 6 % des cultures génétiquement modifiées dans le monde et a adopté les cultures Roundup Ready en 1996, en même temps que les États-Unis. Depuis, l'usage des herbicides à base de glyphosate est monté en flèche, même dans les cultures non génétiquement modifiées, ce qui a contribué à engendrer de la résistance chez certaines espèces de mauvaises herbes.

Par exemple, dans les provinces des Prairies, le kochia envahit maintenant certains champs de céréales qui ne sont pas génétiquement modifiées, comme le lin.

Avec les informations de Marc-Yvan Hébert, journaliste de La semaine verte à Winnipeg.

Le saviez-vous?

Le glyphosate a été breveté par la multinationale agroalimentaire Monsanto en 1974 sous la marque Roundup. Il est présent dans plus de 200 produits herbicides et antiparasitaires. Peu coûteux et très efficace, il s'agit de l'herbicide le plus populaire au Canada. Son ingrédient actif a été déclaré, en 2014, comme cancérogène probable chez l'humain, par le Centre international de recherche sur le cancer de l'Organisation mondiale de la santé.

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