DIVERTISSEMENT
14/01/2016 11:42 EST

Dan Gagnon, la star québécoise «presque normale» de la télé belge (VIDÉO)

Courtoisie

Le plus Belge des Canadiens: c’est par ce superlatif que Dan Gagnon est décrit sur le site de son émission, le Dan Late Show. Son mélange de sketches et entrevues passe tous les vendredis soirs sur le petit écran en Belgique. En plus de la télé, l’animateur originaire de Chaudière-Appalaches s’est lancé sur scène comme humoriste, en tournant en parallèle une websérie ironique à souhait. Bref, il n'arrête pas. Y compris avec les anecdotes, dans lesquelles il a le don de s’égarer - heureusement, elles sont drôles.

« J’arrive à la télé en tram, je ne suis pas encore une star ! », rigole Dan, qui nous reçoit dans les studios de la RTBF à Bruxelles. Quand son talk-show à l’américaine commence, en 2014, c’est une première: on n'a jamais vu d’émission de ce type à la télé belge. Mais quitte à se lancer, autant mettre un gars d’Amérique du Nord aux commandes, non ? Deux ans et 60 épisodes plus tard, le show à l’américaine est un succès. L’animateur a vu passer plus de 250 invités devant son bureau - où est fièrement accrochée une tête de caribou -, aussi variés que Dick Rivers, Veronic Dicaire ou Ibrahim Maalouf.

Quand il débarque en Belgique en 2005, le grand blond commence comme animateur radio. Grandi à Disraeli, Dan a quitté le Québec pour suivre une fille, avec en poche un bac en communication publique option journalisme. Il a couvert un peu de hockey pour La Tribune de Sherbrooke, puis écrit un livre sur les tricheries dans le monde du sport… « Je voulais être journaliste sportif ! Mais j’aime pas les sports qui sont populaires en Belgique, comme le cyclisme - si la réponse n’est pas Lance Armstrong, je suis fourré. »

Tournée pirate et DVD dispo sur Internet

Sa passion, c’est la radio. Puis il découvre la télé et la production - même si sa première expérience à la télé belge n’est pas tout à fait un succès: « Après le passage de mon premier reportage (mal monté), la présentatrice a du quitter le plateau tellement elle riait, et le générique a eu lieu sur une chaise vide! Là, je me suis dit que j’avais peut-être une carrière dans l’humour… » Depuis il a écrit deux spectacles, et présente jusque juin une quarantaine de dates à travers la Belgique de sa Tournée pirate.

Le principe? Les gens réservent, viennent et ne payent pas. « Je ne voulais pas faire de spectacle au chapeau comme ça se fait beaucoup en France, explique Dan. Ça ressemble un peu à la quête à l’église: si tu donnes pas les gens te regardent. Là on a mis des enveloppes pour que les gens laissent ce qu’ils veulent, voire rien du tout. Pour ceux qui n’ont pas d’argent, c’est souvent le seul show qu’ils peuvent voir de l’année et donc ils rient à fond! Il y a une ambiance incroyable… » Parfois, les séances photos après le spectacle durent plus longtemps que le show lui-même.

Ses DVD, pirates aussi: lors de la sortie du premier, Dan s’est demandé comment il pourrait en faire parler… Finalement, il l’a piraté lui-même et mis sur Internet. Et comme ça a super bien marché, il l’a refait pour le deuxième. « J’ai découvert plein de choses en piratant, donc je ne vais pas devenir hypocrite quand il s’agit de mon propre DVD, se justifie l’humoriste. Moi je commence, je ne suis pas U2. Ceux qui veulent acheter le DVD vont le faire de toute façon, et pour les autres, ça leur permet de découvrir quelque chose. »

« Ça reste difficile d’être autre chose qu’un accent »

Plus récemment, Dan s’est lancé dans une websérie, Presque normal, « l’histoire d’un gars qui subit sa vie et la colère des autres, qui voudrait bien agir, qui ne le fait pas et qui passe son existence à la débriefer dans des Comedy Clubs. [...] Dan Gagnon dans “presque” son propre rôle ». Ces 15 mini-épisodes, Dan les a co-écrits, co-réalisés, co-produits, et il joue dedans - autant de choses qu’il n’avait jamais faites avant. « On m’a donné complètement carte blanche, raconte-t-il. Et on est à quelques milliers de clics d’avoir un rendez-vous à la RTBF pour la deuxième saison ! »

Pour voir le premier épisode, c'est ici:

Dans cette websérie, Dan est le seul Québécois au milieu des Belges - et pas une seule fois il n’en est question. « C’est un peu ma fierté: je veux que l’accent rentre dans l’oreille et qu’on ne l’entende plus », explique l’humoriste, qui refuse à tout prix d’être le Québécois de service. Si dans son premier spectacle il évoquait son expérience d’étranger qui arrive en Belgique, il est passé complètement à autre chose dans le deuxième. En attendant, être le seul Québécois dans le paysage médiatique belge, c’est plutôt cool…

« L’accueil est génial. Sans exagérer, c’est comme être une hot chick! rigole Dan. Avec l’accent, sans faire quoi que ce soit de plus, t’es déjà cool. Malgré tout, ça reste difficile d’être autre chose qu’un accent ici. C’est un peu comme être juste une paire de seins pour une fille: ça peut t’amener quelque part, mais si il n’y a rien derrière, ça finit par se voir. Si au bout de dix ans ce qu’on aime chez toi c’est ton accent, c’est vraiment que t’as rien d’intéressant à dire ! »

Vivre au Québec, faire des tournées en Belgique

Dan garde des pointes d’accent québécois, mais il dit « septante » ou « GSM » et il a les R qui traînent. La petite ville où il a grandi lui manque et il se verrait bien y revenir - notamment pour y tourner la troisième saison de Presque normal, pendant l’hiver... Son idéal: vivre les trois-quarts du temps au Québec et revenir faire des tournées en Belgique. Si sa notoriété grimpe dans le pays, il reste inconnu au Québec. « Mais faire rire, c’est pareil partout, dit-il en citant Eddie Izzard. Le truc drôle est le même, après tout dépend de la façon dont tu l’emballes. Le piège, c’est d’essayer de “traduire” les blagues… »

L’humoriste a aussi en tête deux idées de livres et un court-métrage, mais il assure qu’il n’a plus vraiment de but - et que c’est le meilleur but qu’il ait eu à vie. « J’ai fait tellement de trucs qui n’étaient pas censés fonctionner! La plus belle chose que je puisse souhaiter à quelqu’un, c’est de se planter le plus vite possible, pour ne plus avoir peur de l’échec et continuer d’essayer. J’ai essayé tellement d’idées que je n’ai plus à m’inquiéter qu’un projet marche; si ça n’est pas le cas, je ferai autre chose. »

Comme aller s’installer dans la campagne avec son chien, dont il parle beaucoup et avec passion (« J’ai déjà fait un aller-retour au Canada pour accompagner mon chien malade, qui avait besoin de moins d’humidité… »). Ou travailler pour le Canadien de Montréal, la job idéale pour celui qui dit être « le plus grand fan de hockey qui existe au monde ». Ou continuer à documenter sa vie « presque normale », parce que ça nous fait bien rire, une fois. Tsé.

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