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12/01/2016 10:11 EST | Actualisé 12/01/2017 00:12 EST

Venezuela : la crise institutionnelle paralyse les travaux du Parlement

La crise institutionnelle qui agite le Venezuela depuis que l'opposition domine l'Assemblée nationale a tourné mardi à la paralysie, le Parlement suspendant ses travaux après la décision de la Cour suprême la veille d'invalider toute action du pouvoir législatif.

Invoquant un quorum insuffisant, le président de l'Assemblée nationale, le député antichaviste Henry Ramos Allup, a suspendu les travaux jusqu'à mercredi, ont constaté mardi des journalistes de l'AFP.

Selon des sources parlementaires, l'opposition menait mardi des consultations avec ses juristes pour faire face à la décision de la Cour suprême de justice (TSJ), qu'elle considère acquis au chavisme (du nom du président défunt Hugo Chavez, au pouvoir de 1999 à 2013).

L'opposition a annoncé qu'elle comptait se "prononcer sur le fond" du jugement du TSJ, mercredi lors de la reprise des travaux parlementaires.

Un peu plus tard mardi, Henry Ramos Allup a révélé avoir eu plusieurs contacts avec le pouvoir chaviste. Il a estimé que le vice-président du Venezuela, Aristobulo Isturiz, avec qui il s'était entretenu au téléphone, pourrait "être un facilitateur dans les communications entre le gouvernement et l'opposition".

En pleine crise institutionnelle, le Parlement vénézuélien avait dans un premier temps durci son bras de fer avec le gouvernement chaviste en maintenant sa session mardi, malgré la décision du TSJ la veille d'invalider toute action du pouvoir législatif.

Lundi, l'affrontement entre pouvoirs a pris une nouvelle dimension après l'annonce du TSJ, qui considère désormais comme "nuls" les actes de l'Assemblée nationale passés et à venir, tant que les trois députés de l'opposition investis la semaine dernière malgré leur suspension resteront en place.

Deux jours après son arrivée aux manettes de la nouvelle Assemblée le 5 janvier, l'opposition vénézuélienne avait défié le pouvoir chaviste en investissant les trois députés antichavistes suspendus par la justice, revendiquant ainsi la majorité des deux tiers qui lui confère de larges pouvoirs.

En effet, avec 112 députés et non plus 109 (sur 167) au Parlement monocaméral, l'opposition passe de la majorité des trois cinquièmes à celle des deux tiers, avec laquelle elle peut convoquer un référendum, mettre en place une assemblée constituante, voire entraîner, via une réduction de la durée de son mandat, le départ anticipé du président.

- Conséquences sur toute la région -

Le numéro deux du régime chaviste et ancien président du Parlement, Diosdado Cabello a proposé mardi que la Cour suprême remplace le Parlement pour voter les textes de loi, tant que le pouvoir législatif se trouvera dans l'illégalité.

"Nous allons vers une vacance (du pouvoir législatif), car si l'Assemblée est hors la loi, personne ne va la reconnaître comme telle. Les citoyens et les autres pouvoirs ne sont pas obligés de reconnaître l'Assemblée nationale", a-t-il déclaré, estimant néanmoins que "l'Etat n'allait, en rien, être paralysé".

Le TSJ, la plus haute autorité judiciaire du pays, est un acteur-clé de la bataille institutionnelle qui s'est ouverte entre le Parlement d'opposition et le pouvoir chaviste. Les nominations de juges y sont d'autant plus sensibles.

Le chavistes ont nommé 34 nouveaux juges (13 titulaires et 21 suppléants) au TSJ fin décembre. L'opposition a mis en place lundi une commission pour enquêter sur ces nominations.

Signe de la tension croissante et de ses conséquences sur toute la région, les Etats-Unis ont appelé lundi soir les pays du continent à "défendre les valeurs démocratiques" au Venezuela. Concernant la situation sur place, "le dialogue est la meilleur façon de faire face aux sérieux défis qui attendent les Vénézuéliens", a déclaré un représentant du Département d'Etat à l'AFP.

De son côté, l'Organisation des Etats américains a demandé que "l'équilibre institutionnel des pouvoirs" au Venezuela soit "respecté".

Pénuries au quotidien et inflation galopante (200% selon les experts) suscitent un mécontentement populaire qui a profité à l'opposition. Le Venezuela, qui possède les plus grandes réserves pétrolières du monde, a vu son économie s'effondrer ces derniers mois au même rythme que les cours du brut.

L'opposition se donne "six mois" pour faire partir par la voie constitutionnelle le président Nicolas Maduro, auquel l'armée a réitéré son "soutien inconditionnel" la semaine dernière.

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