NOUVELLES
12/01/2016 07:33 EST | Actualisé 12/01/2017 00:12 EST

USA: greffe manquée entre un magazine centenaire et la culture internet

D'un côté, une institution centenaire; de l'autre, un jeune patron venu de Facebook et avide de changement: les mésaventures du légendaire magazine américain The New Republic illustrent la cohabitation parfois difficile entre médias traditionnels et barons d'internet.

C'est en 2012 que Chris Hughes, un des co-fondateurs de Facebook, avait racheté ce fleuron de la presse de centre-gauche fondé en 1914, avec l'ambition d'ancrer davantage sa présence sur internet et de donner plus de place aux nouvelles technologies.

Mais la greffe n'a pas pris et, quatre ans plus tard, le jeune patron (32 ans) a dû jeter l'éponge en annonçant lundi la mise en vente de The New Republic, dont l'avenir s'écrit désormais en pointillés.

"J'ai sous-estimé la difficulté de faire d'une institution ancienne et traditionnelle une entreprise de média numérique", a reconnu l'ancien camarade de chambrée de Mark Zuckerberg à Harvard qui aura, au total, investi 20 millions de dollars dans l'aventure.

Après des débuts plutôt harmonieux, sa stratégie et le choix d'un ancien cadre de Yahoo pour conduire le magazine avaient fini par soulever un profond mouvement de protestation en interne.

Et l'éviction en 2014 d'un rédacteur en chef respecté avait fait déborder le vase et conduit à une vague massive de départs dans la rédaction, lassée par les appels à "l'intégration verticale" et autres jargons de la Silicon Valley.

- Stratégie "irréaliste" -

"Hughes s'est engagé dans une stratégie commerciale irréaliste destinée à couvrir ses pertes mais qui faisait fi de tout ce qui lui disaient les gens à l'intérieur de la rédaction, y compris le fait que le magazine n'a jamais gagné d'argent dans toute son histoire", dit à l'AFP Jonathan Chait, un ancien journaliste de The New Republic.

Ce titre à la diffusion limitée, dont le centième anniversaire avait été célébré en personne par Bill Clinton et la juge de la Cour suprême Ruth Ginsburg, a notamment survécu au fil des ans grâce à la générosité de mécènes attachés à son existence.

"The New Republic était une petite niche avec une culture très particulière", indique à l'AFP Susan McGregor, professeur de journalisme à l'université de Columbia.

"L'idée qu'on peut le traiter comme une feuille blanche et le transformer en média numérique ne prend pas en compte le fait que les journaux ont une longue histoire qui ne peut être changée simplement parce que vous demandez aux journalistes d'avoir un compte Twitter", poursuit-elle.

Selon M. Chait, l'image de journalistes vielle école farouchement opposés au monde internet ne cadre toutefois pas avec la réalité. "Aucun d'entre eux n'était réticent à écrire en ligne", affirme-t-il, notant que plusieurs d'entre eux ont d'ailleurs quitté The New Republic pour... le média en ligne The Huffington Post.

"Ils n'avaient simplement plus confiance dans leur direction", ajoute-t-il.

Les mésaventures du magazine trouvent un écho particulier aux Etats-Unis où plusieurs grands noms d'internet ont fait une irruption fracassante dans le monde des médias.

"C'est une manière bien plus séduisante de se faire une place dans l'espace que simplement en gagnant de l'argent", souligne Mme McGregor.

Le patron d'Amazon Jeff Bezos a ainsi pris les rênes du vénérable Washington Post tandis que le fondateur d'eBay, Pierre Omidyar, a lancé son propre groupe de presse, First Look Media.

"Il peut y avoir un choc des cultures entre un secteur où les journalistes ont une idée très précise de leur travail et de leur lectorat et le monde du numérique qui vient d'un univers totalement différent", assure à l'AFP Jay Bolter, professeur de communication à l'université de Georgia Tech.

Le mariage des deux mondes n'est toutefois pas condamné à l'échec. Sous la direction de M. Bezos, le site du Washington Post est ainsi devenu l'un des plus consultés dans le monde et s'est payé le luxe de détrôner celui du New York Times.

jt/jld/elc

AMAZON.COM

EBAY

TWITTER

FACEBOOK

YAHOO!