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12/01/2016 09:58 EST | Actualisé 12/01/2017 00:12 EST

Porter ou non la kippa: les juifs français appelés à tenir bon après une agression antisémite

Le grand rabbin de France a appelé mardi les juifs à ne pas céder à la peur après une agression antisémite à Marseille (sud) et à continuer à porter la kippa, prenant le contrepied de la position du responsable de la communauté locale.

"Nous ne devons céder à rien, nous continuerons à porter la kippa", a déclaré le grand rabbin Haïm Korsia à l'AFP.

Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif, l'instance laïque de la communauté) Roger Cukierman, a jugé de son côté que l'incitation à ne pas porter la kippa "traduit une attitude défaitiste, de renoncement". Haïm Korsia a cependant estimé que l'appel du président du consistoire de Marseille Zvi Ammar était "un cri d'émotion compréhensible".

"Aujourd'hui, devant la gravité des événements (...) il faut prendre des décisions exceptionnelles, et pour moi, la vie est plus sacrée que tout autre critère", avait déclaré M. Ammar.

Il a conseillé à ses coreligionnaires d'"enlever la kippa pendant cette période trouble jusqu'à des jours meilleurs".

Un enseignant de 35 ans, porteur d'une kippa, a été attaqué à la machette lundi dans une rue de Marseille. Son agresseur, un adolescent de 15 ans d'origine kurde et de nationalité turque, a revendiqué devant les policiers avoir agi "au nom d'Allah" et du groupe Etat islamique.

Le parquet antiterroriste de Paris s'est saisi de l'enquête et le jeune homme a été transféré mardi soir au siège de la police antiterroriste en région parisienne.

Le professeur qui s'est défendu n'a été que légèrement blessé.

Son avocat, Me Fabrice Labi, a confié à l'AFP que son client lui avait dit : "J'ai eu le sentiment qu'il voulait me décapiter, mais la machette était souple, il n'y avait pas de prise et j'étais protégé par le blouson que je portais".

Le procureur de Marseille, Brice Robin, avait précisé lundi que la lame de la machette était émoussée, ce qui a pu limiter la gravité des blessures.

L'agresseur était inconnu de la police et des services de renseignement français et s'était radicalisé récemment "via internet", selon le procureur.

Cette agression est survenue un an après l'attaque d'un supermarché cacher à Paris, dans laquelle quatre juifs avaient été tués par un jihadiste, le 9 janvier 2015.

La communauté juive de Marseille, forte de quelque 70.000 membres sur 855.000 habitants, ce qui en fait la deuxième plus importante en France après Paris et sa région, a été la cible ces derniers mois de deux autres agressions antisémites.

Le 24 octobre, trois juifs et un cantonnier avaient été agressés près d'une synagogue par un homme armé d'un couteau, qui a été condamné depuis à quatre ans de prison, dont 18 mois avec sursis. Le 18 novembre, un autre enseignant juif avait été agressé au couteau.

"Malheureusement pour nous, on est ciblé : dès qu'on est identifié, qu'on est juif, on peut être agressé et même risquer la mort. Là, on a franchi un pas d'une extrême gravité", a déclaré Zvi Ammar.

L'Etat fait "tout pour nous assurer le maximum de protection", a-t-il tenu à souligner, mais "on ne peut pas demander plus. On ne va pas mettre un policier, un gendarme ou un militaire derrière chaque juif", a-t-il ajouté. Les lieux de culte juifs et les écoles juives font l'objet d'une protection des forces de l'ordre.

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