NOUVELLES
12/01/2016 08:14 EST | Actualisé 12/01/2017 00:12 EST

Obama décline, face au Congrès, sa vision de l'Amérique

C'est une soirée qui a déjà un goût d'adieux: Barack Obama prononce mardi son ultime discours sur l'état de l'Union face au Congrès, déterminé à mettre son bilan en valeur, mais aussi à livrer sa vision de l'Amérique au-delà de 2016.

Ce rendez-vous traditionnel est pour le 44e président des Etats-Unis, qui quittera le pouvoir dans 12 mois, la dernière occasion de s'adresser aux Américains en prime time avant que Washington et le reste du pays ne basculent complètement dans une véritable frénésie électorale.

Candidats démocrates et républicains à la présidentielle s'apprêtent à entrer --enfin-- dans le vif du sujet avec le début des primaires, le 1er février dans l'Iowa.

Deux des trois sénateurs républicains candidats à sa succession seront présents dans l'hémicycle: Marco Rubio (Floride) et Rand Paul (Kentucky). Ted Cruz (Texas) a lui décidé de poursuivre sa campagne dans le New Hampshire, loin de la capitale fédérale dont il dénonce inlassablement les turpitudes.

Si la Maison Blanche assure que M. Obama n'entend pas entrer dans la mêlée à ce stade, elle ne rate pas une occasion de tacler ses adversaires. Le président est "très optimiste sur l'avenir", a souligné dimanche son chef de cabinet, Denis McDonough, avant d'ajouter: "Et c'est une différence de taille avec le catastrophisme quotidien des candidats républicains".

Les républicains dénoncent par avance un exercice tout entier tourné vers l'échéance électorale du 8 novembre, avec, pour M. Obama, qui ne peut se représenter après deux mandats, l'espoir qu'un démocrate lui succède sur Pennsylvania Avenue.

"On nous promet de nouveau un événement de campagne (...) Les Américains sont en doit de s'interroger; le véritable travail de gouvernement commencera-t-il un jour ?", a ironisé Mitch McConnell, l'homme fort du Sénat.

A douze mois de son départ, le bilan de Barack Obama divise l'Amérique: selon un sondage CBS/NYT, 46% approuvent son action à la Maison Blanche, 47% la désapprouvent.

Axe attendu du discours présidentiel: le rebond de l'économie et le chemin parcouru depuis son arrivée au pouvoir, en janvier 2009, pendant la plus grave crise depuis les années 1930.

Les chiffres de créations d'emplois en décembre, qui ont largement dépassé les attentes des analystes, tombent à point (chômage à 5%, au plus bas depuis sept ans). La vigueur du marché automobile américain, illustrée par l'euphorie qui règne au salon de Detroit, est aussi un indicateur fort.

Le milliardaire Donald Trump, en tête dans les sondages du côté républicain, dresse lui un tableau autrement plus sombre. "Le pays ne va pas bien (...) L'économie n'est pas vraiment robuste. Nous sommes assis sur une énorme bulle prête à exploser", a-t-il lâché ce week-end.

- Pas convaincant sur l'EI -

A 12 mois de son départ, et face à un Congrès dominé par les républicains, le président doit-il d'ores et déjà se résigner à un rôle de quasi-spectateur?

L'exécutif assure qu'il a toujours "le pied au plancher" et rappelle que ce sort lui était déjà prédit après la claque reçue par les démocrates lors des élections de mi-mandat de novembre 2014. Depuis, souligne-t-il, il a enregistré une série de succès sur des dossiers emblématiques: nucléaire iranien, libre-échange en Asie-Pacifique (TPP) ou encore changement climatique, avec l'accord de Paris en décembre.

La partie s'annonce plus difficile sur le front de la lutte contre le groupe Etat islamique sur laquelle --sondage après sondage-- les Américains jugent dans leur grande majorité qu'il n'est pas convaincant.

"S'il y une chose sur laquelle nous souhaitons entendre le président c'est sur une véritable stratégie pour vaincre l'EI", a souligné mardi matin le républicain Paul Ryan, président de la Chambre des représentants. "J'espère qu'il aura quelque chose à présenter".

Barack Obama devrait aussi replacer au premier plan une ancienne promesse de campagne sur laquelle il a jusqu'ici échoué: fermer la prison de Guantanamo qui, estime-t-il, "affaiblit la sécurité nationale" en pompant d'énormes ressources financières et en offrant un outil de propagande aux jihadistes.

Sans l'appui des élus, le président dispose-t-il de l'autorité légale pour transférer les détenus sur le sol américain? La question, inédite, divise les juristes.

Le discours sur l'état de l'Union est aussi affaire de symboles.

Un réfugié syrien ayant fui les bombardements du régime de Bachar al-Assad fera partie des invités d'honneur dans la loge de la Première dame, Michelle Obama.

Pour mieux faire passer le message --délivré devant le Capitole suivant un rituel ancien et rigoureusement calibré-- la Maison Blanche multiplie cette année les nouvelles déclinaisons sur les réseaux sociaux. Elle vient de créer un compte Snapchat pour tenter de capter - un peu - l'attention éphémère de ses jeunes utilisateurs enthousiastes (plus de 100 millions actifs quotidiennement).

jca/faa