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12/01/2016 15:56 EST | Actualisé 12/01/2017 00:12 EST

Obama appelle les Américains à ne pas succomber aux peurs

Barack Obama devait appeler mardi les Américains à ne pas succomber aux peurs dans une période "d'extraordinaires changements", à l'occasion d'un ultime discours sur l'état de l'Union visant à marquer le contraste avec ses adversaires politiques.

Dans une référence à peine voilée aux républicains qui espèrent lui succéder à la Maison Blanche en 2017, le président démocrate devait, face aux élus du Congrès réunis au grand complet, insister sur la nécessité de s'adapter aux profondes mutations en cours, sans les redouter.

"L'Amérique a traversé des changements majeurs dans le passé: guerres et récessions, arrivée d'immigrants, lutte pour les droits civiques", devait-il déclarer selon des extraits de son discours diffusés par l'exécutif. "A chaque fois, certains nous disaient d'avoir peur de l'avenir. (...) A chaque fois, nous avons vaincu ces peurs".

La Maison Blanche accuse régulièrement les candidats du camp adverse de jouer sans scrupules sur les angoisses des Américains. Début décembre, elle a dénoncé des propos "cyniques" et "destructeurs" du milliardaire Donald Trump après sa proposition visant, sur fond de craintes d'attentats jihadistes, à interdire temporairement l'entrée des Etats-Unis aux musulmans.

Les bouleversements en cours sont chargés de promesses, telles que "des découvertes médicales fantastiques" mais aussi de "perturbations économiques" qui pèsent sur les familles, devait souligner M. Obama. "Ils permettent l'accès à l'éducation pour les filles dans des villages reculés mais ils connectent au-delà des océans les terroristes qui fomentent (des attentats)", devait-il ajouter.

Ce rendez-vous traditionnel est pour le 44e président des Etats-Unis la dernière occasion de s'adresser aux Américains en prime time avant que Washington et le reste du pays ne basculent complètement dans une véritable frénésie électorale.

Candidats démocrates et républicains à la présidentielle s'apprêtent à entrer -enfin- dans le vif du sujet avec le début des primaires, le 1er février dans l'Iowa.

Mais ce grand rendez-vous politique annuel, qui doit débuter à 21H00 (02H00 GMT mercredi), pourrait être partiellement éclipsé par l'annonce, quelques heures avant le début de l'allocution présidentielle, de la saisie de deux navires américains dans le Golfe persique par les Iraniens.

L'exécutif s'efforçait mardi soir de minimiser l'incident, soulignant, après avoir été en contact avec Téhéran, que les dix marins à bord devaient reprendre rapidement leur navigation.

A douze mois de son départ, le bilan de Barack Obama divise l'Amérique: selon un sondage CBS/NYT, 46% approuvent son action à la Maison Blanche, 47% la désapprouvent.

- Un réfugié syrien à l'honneur -

Axe attendu du discours présidentiel: le rebond de l'économie et le chemin parcouru depuis son arrivée au pouvoir, en janvier 2009.

Les chiffres de créations d'emplois en décembre, largement au-dessus des attentes des analystes, tombent à point (chômage à 5%, au plus bas depuis sept ans). La vigueur du marché automobile américain, illustrée par l'euphorie qui règne au salon de Detroit, est aussi un indicateur fort.

Donald Trump, en tête dans les sondages du côté républicain, dresse lui un tableau autrement plus sombre. "Le pays ne va pas bien (...) Nous sommes assis sur une énorme bulle prête à exploser", a-t-il lâché ce week-end.

Face à un Congrès dominé par les républicains, le président doit-il d'ores et déjà se résigner à un rôle de quasi-spectateur ?

L'exécutif assure qu'il a toujours "le pied au plancher" et rappelle que ce sort lui était déjà prédit après la claque reçue par les démocrates lors des élections de mi-mandat de novembre 2014. Depuis, souligne-t-il, il a enregistré une série de succès sur des dossiers emblématiques: nucléaire iranien, libre-échange en Asie-Pacifique (TPP) ou encore changement climatique, avec l'accord de Paris en décembre.

La partie s'annonce plus difficile sur le front de la lutte contre le groupe Etat islamique sur laquelle, sondage après sondage, les Américains jugent dans leur grande majorité qu'il n'est pas convaincant.

"S'il y a une chose sur laquelle nous souhaitons entendre le président c'est sur une véritable stratégie pour vaincre l'EI", a souligné mardi le républicain Paul Ryan, président de la Chambre des représentants. "J'espère qu'il aura quelque chose à présenter".

Barack Obama devrait aussi replacer au premier plan une ancienne promesse de campagne sur laquelle il a jusqu'ici échoué: fermer la prison de Guantanamo qui, estime-t-il, "affaiblit la sécurité nationale" en pompant d'énormes ressources financières et en offrant un outil de propagande aux jihadistes.

Le discours sur l'état de l'Union est aussi affaire de symboles. Un réfugié syrien ayant fui les bombardements du régime de Bachar al-Assad fera partie des invités d'honneur dans la loge de la Première dame, Michelle Obama.

Deux des trois sénateurs républicains candidats à la succession de M. Obama seront présents dans l'hémicycle: Marco Rubio (Floride) et Rand Paul (Kentucky). Ted Cruz (Texas) a lui décidé de poursuivre sa campagne dans le New Hampshire, loin de la capitale fédérale dont il dénonce inlassablement les turpitudes.

jca/bdx