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12/01/2016 09:31 EST | Actualisé 12/01/2017 00:12 EST

Les milieux d'affaires espagnols préoccupés par l'incertitude politique

Les jours se succèdent sans nouveau gouvernement en vue en Espagne, où la Catalogne garde le cap vers l'indépendance et le monde économique et financier s'inquiète de plus en plus de voir ce casse-tête politique peser sur la reprise.

Le Parti populaire au pouvoir (PP, droite), qui a obtenu 28,7% des suffrages, peine à trouver des alliés pour former un gouvernement, sans solution à portée de main, alors que le nouveau parlement issu des urnes siègera mercredi pour la première fois.

"Du point de vue des entreprises, ce qui nous intéresse c'est qu'il y ait un gouvernement solide, fort, de ceux qui affrontent les difficultés économiques", plaide le président de la puissante fédération patronale CEOE, Juan Rosell, interrogé par l'AFP.

La situation s'est compliquée avec l'investiture dimanche d'un indépendantiste pur et dur, Carles Puigdemont, en Catalogne, région générant près de 20% du PIB espagnol. M. Puigdemont a promis de mener la région vers l'indépendance dès 2017.

Les banques, premières à s'alarmer des risques de séparatisme alors qu'un millier d'entreprises ont déplacé leur siège ailleurs en Espagne en 2014, ont une nouvelle fois tiré la sonnette d'alarme.

Le président de la banque catalane Banco Sabadell, Josep Oliu, a appelé à "une stabilité institutionnelle et une sécurité juridique".

Une sécession de la Catalogne et sa sortie de la zone euro compliquerait l'accès des banques qui y sont implantées aux crédits de la Banque centrale européenne (BCE), entrainant un accès plus difficile au crédit pour ménages et entreprises.

Les milieux d'affaires goûtent peu cette incertitude, alors que l'Espagne a retrouvé la croissance, après une crise économique dévastatrice. La progression du PIB pourrait avoir atteint 3,2% en 2015, après 1,4% en 2014, une des plus fortes de la zone euro.

- Nouvelles élections -

Du coup, le pays doit payer davantage pour se financer sur les marchés alors que le secteur public aura besoin de plus de 200 milliards d'euros en 2016 et le secteur privé à peu près autant, selon le ministre de l'Economie Luis de Guindos.

Le taux d'emprunt obligataire à dix ans a grimpé de 1,7% avant les législatives du 20 décembre à 1,84% mardi. "L'Espagne se finance plus cher que l'Italie alors que sa dette publique est inférieure et que sa croissance est meilleure", constate Jésus Castillo, économiste chez Natixis.

Un coût lourd alors que Madrid doit toujours refinancer sa dette (98,7% de son PIB en 2015) et que son déficit public reste hors des clous fixés par Bruxelles.

"La situation n'affecte pas pour l'instant la décisions des entreprises" d'investir en Espagne ou d'embaucher car la demande reste forte, tempère Alvaro Sanmartin, économiste en chef au cabinet de conseil Grant Thornton.

Mais cela pourrait changer si de nouvelles élections étaient convoquées, dans le cas où aucun parti n'arrive à former un gouvernement.

L'industrie automobile, qui représente 10% du PIB national, surveille l'évolution politique. Le secteur "doit toujours attirer des nouveaux investissements et de nouvelles commandes" pour ses usines et souffrirait si les groupes automobiles étrangers se détournaient de l'Espagne, reconnaît une source du secteur.

Exceltur, la fédération professionnelle du tourisme qui pèse 14% du PIB, s'est inquiétée mardi que l'incertitude politique pèse sur "la confiance des Espagnols (...) et l'entrée de capitaux étrangers".

Une autre crainte des entrepreneurs est la remise en cause de la politique d'austérité et de flexibilisation du travail mise en oeuvre par le PP pendant ses quatre ans au pouvoir et des changements du cadre législatif.

Dans ce cas, "les secteurs dépendant de la régulation publique, comme l'énergie et les infrastructures, pourraient être touchés" avec par exemple la mise en cause de travaux publics, indique Alvaro Sanmartin.

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