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12/01/2016 07:50 EST | Actualisé 12/01/2017 00:12 EST

Le pape François plaide pour une Eglise "maternelle" contre l'hypocrisie et le rigorisme

Le pape François, dans un livre d'entretiens rendu public mardi, affirme sa volonté de rendre l'Eglise plus "maternelle", dénonçant les attitudes hyprocrites et le rigorisme.

Interrogé par le vaticaniste de La Stampa, Andrea Tornielli, sur le sens de la "miséricorde" pour laquelle il a voulu un jubilé extraordinaire (année sainte), François y témoigne sur un ton familier d'expériences vécues comme prêtre confesseur au contact de blessés de la vie, et d'attitudes, exemplaires ou mauvaises, observées dans le clergé.

Ce livre relate "mon expérience, ma vie", a-t-il tenu à assurer, recevant lundi soir des mains de la présidente du groupe Mondadori, Marina Berlusconi, fille de Silvio, son édition italienne.

L'ouvrage de 122 pages, dans lequel Jorge Bergoglio insiste sur sa condition de "pécheur" et dit sa proximité avec les détenus, parait ces jours-ci en vingt langues dans 86 pays.

Comment guérir du péché, se repentir, être pardonné... Sur ces thèmes qui l'obsèdent, Jorge Bergoglio revient comme un professeur de psychologie, une matière qu'il a enseignée. Il aligne anecdotes et remarques moqueuses: "parfois, je me suis surpris à penser qu'une bonne glissade ferait du bien" à des personnages rigides de l'Eglise, car il se reconnaîtraient ainsi "pécheurs", note-t-il.

Parmi les oeuvres de "miséricorde spirituelle", relève-t-il, il ne faut jamais oublier de "supporter patiemment les personnes ennuyeuses".

François fustige "ceux qui font comme les chiens, lèchant leurs propres blessures". Il dénonce aussi le cynisme des "corrompus qui se lassent de demander pardon" et "l'hypocrisie de ceux qui croient que le péché est une tache et qu'il suffit d'aller dans un pressing".

"Mais le péché est bien plus qu'une tache. Le péché est une blessure", ajoute-t-il.

Il parle du confessionnal, où il aimait apporter ne fut-ce qu'"un rai de lumière" aux pénitents.

Dans le confessionnal, il fustige la curiosité "malsaine" en matière sexuelle de certains prêtres. A une adolescente de treize ans, "un confesseur avait demandé où elle mettait les mains quand elle dormait", raconte-t-il.

Il dénonce d'autres attitudes inacceptables: ainsi cet Argentin très religieux qui avait une "liaison avec sa propre domestique. "Il trouvait cela normal, parce que les domestiques, disait-il, étaient là au fond, pour ça!"

Ainsi ce prêtre qui demande à une femme en Argentine 5.000 dollars pour mener à bonne fin la reconnaissance de nullité de son mariage, ou cet autre qui refuse aux parents d'un nouveau né mort sans baptême d'entrer dans une église.

- 'Le relativisme blesse les personnes' -

"L'Eglise condamne le péché parce qu'elle doit dire la vérité: ceci est un péché. Mais en même temps, elle embrasse le pécheur. J'espère que le Jubilé fera émerger le visage d'une Eglise qui redécouvre le ventre maternel de la miséricorde"", résume-t-il dans ce livre qui sort jeudi en France, chez Robert Laffont.

François, en continuité avec ses prédécesseurs, porte aussi un jugement sévère sur le "relativisme" contemporain.

"Le relativisme blesse aussi les personnes: tout semble avoir la même importance. Il y a plus d'un demi-siècle, Pie XII disait que le drame de notre époque était d'avoir perdu le sens du péché. À cela s'ajoute aujourd'hui le fait, dramatique, de considérer notre maladie, notre péché, comme incurable".

Et de s'interroger "pourquoi tant de gens, hommes et femmes, jeunes ou vieux, de tous les milieux sociaux, recourent aujourd'hui à des mages ou à des cartomanciens".

Prudent du point de vue de la doctrine, l'entretien ne contient pas de nouveautés sur les divorcés remariés ou les homosexuels.

"Avant tout j'aime que l'on parle de +personnes homosexuelles+. La personne ne se définit pas seulement par sa tendance homosexuelle (...) Je préfère que les personnes homosexuelles viennent se confesser, qu'elles restent proches du Seigneur, que nous puissions prier ensemble. On peut leur conseiller la prière, la bonne volonté, leur indiquer le chemin et les accompagner".

L'acteur et réalisateur comique italien Roberto Benigni, ami du pape François, Zhang Agostino Jianquing, un jeune détenu chinois qui avait reçu une permission de sortie des autorités pénitentiaires, et le cardinal secrétaire d'Etat Pietro Parolin ont présenté mardi le livre à la presse devant des centaines de journalistes.

jlv/ob/lpt