NOUVELLES
12/01/2016 12:13 EST | Actualisé 12/01/2017 00:12 EST

En Catalogne, le nouveau président indépendantiste prend ses fonctions

Le séparatiste catalan Carles Puigdemont a pris mardi soir ses fonctions de nouveau président de l'exécutif de Catalogne, avec une feuille de route claire: mettre en place les institutions nécessaires à l'indépendance de la région la plus riche d'Espagne.

"Promettez-vous de remplir avec loyauté vos obligations en tant que président de la Generalitat (gouvernement régional) en faisant preuve de fidélité au peuple de Catalogne représenté par le Parlement ?", a demandé la présidente de la chambre régionale, Carme Forcadell, lors d'une cérémonie solennelle à Barcelone.

"Oui je le promets", lui a-t-il répondu. Les spécialistes se sont empressés d'observer qu'aucune promesse de respect de la Constitution ni d'allégeance à la couronne d'Espagne n'avait été formulée.

Le roi Felipe VI, incarnant l'unité du pays, avait auparavant sans doute signé un des décrets les plus déchirants de son règne en nommant ce séparatiste, décidé à mettre fin au royaume, président de la Generalitat, après son élection le 10 janvier par le parlement catalan.

Ex-maire de Gérone (nord-est), Carles Puigdemont, journaliste de 53 ans ouvertement républicain, avait salué, dimanche, son investiture d'un "vive la Catalogne libre".

Il remplace le conservateur Artur Mas, dont les relations avec Madrid s'étaient de plus en plus tendues au cours de ses cinq années au pouvoir.

Depuis leur victoire aux élections du 27 septembre en Catalogne, les indépendantistes - pour la première fois majoritaires au Parlement régional - se déchiraient sur le choix du président de leur gouvernement. Les plus à gauche, les dix députés de la Candidature d'unité populaire (CUP), refusaient obstinément d'investir Artur Mas, à qui ils reprochent notamment ses mesures d'austérité.

Samedi, M. Mas a finalement accepté de s'effacer pour préserver le grand projet de son camp, résumé dans une résolution parlementaire adoptée le 9 novembre: mener la région vers l'indépendance en 2017 au plus tard, en suivant une feuille de route qui prévoit que le parlement n'est pas soumis aux institutions espagnoles.

- Mesures d'urgence sociale -

M. Puigdemont doit notamment mettre en place un Trésor public et une Sécurité sociale propres à la Catalogne. Le parlement régional a prévu de commencer à y travailler mi-février.

Mardi soir à Madrid, le chef du gouvernement conservateur Mariano Rajoy, qui a déjà fait annuler par le tribunal constitutionnel la résolution parlementaire du 9 novembre, a prévenu qu'il ne laisserait passer aucun acte illégal.

"Il ne nous manquera ni la fermeté ni la détermination", pour protéger l'unité de l'Espagne, a-t-il dit.

Plus tard, c'est l'air sombre que son ministre de l'Intérieur, Jorge Fernandez Diaz, a assisté à la cérémonie protocolaire de prise de fonction de M. Puigdemont.

Aux abords du palais à l'architecture gothique où était organisée la cérémonie, une poignée de manifestants ont salué par des huées les représentants politiques favorables au maintien en Espagne.

Le nouveau président régional aura pour bras droit Oriol Junqueras, dirigeant historique du parti ERC (Gauche républicaine, indépendantiste).

M. Junqueras sera chargé de l'économie et à ce titre des mesures d'"urgence sociale" promises à l'extrême gauche indépendantiste et qui pourraient bien déplaire à certains milieux d'affaires. Elles visent à garantir l'accès à l'eau, à l'électricité et au gaz pour les personnes en difficulté, le droit au logement et une hausse du salaire minimum.

La Catalogne aux 7,5 millions d'habitants - représentant 20% du PIB de l'Espagne - connaît depuis les années 2010 une fièvre séparatiste de plus en plus aiguë, en partie alimentée par la crise.

Les indépendantistes réclament un référendum d'autodétermination semblable à celui de l'Ecosse en 2014. Mais, selon les sondages, un Catalan sur deux souhaite pour l'instant rester espagnol.

La suite dépendra aussi des événements à Madrid, où M. Rajoy peine à former un nouveau gouvernement après avoir obtenu seulement 28,7% des suffrages et 123 sièges sur 350 à l'issue des élections législatives.

Le parti socialiste (22%), qui refuse de s'allier aux conservateurs mais cherche à former un gouvernement de coalition de "changement" chassant la droite, promet de privilégier le dialogue.

dbh-mck/cel