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08/01/2016 06:14 EST | Actualisé 08/01/2016 06:15 EST

Jusqu'où le terrorisme est-il une menace en Occident?

ASSOCIATED PRESS
A Police officer holds a weapon during a training operation of the new BFE+ (Evidence and Arrestment) unit of the German federal police in Ahrensfelde near Berlin, Germany, Wednesday, Dec. 16, 2015. Germany on Wednesday introduced the new police unit that officials said will be better armed, outfitted and trained to deal with terrorism, based on an analysis of the country’s security in the wake of deadly attacks in Paris earlier this year. (AP Photo/Michael Sohn)

L’année 2015 a été marquée par le terrorisme. Les attaques à Paris, en novembre, ont créé une onde de choc dans tout le monde occidental. Le Canada n'y échappe pas et une majorité de citoyens craint une attaque terroriste au pays. Mais cette peur est-elle fondée? Le terrorisme est-il plus une menace aujourd’hui que par le passé?

De plus en plus de morts

On ne dispose pas encore de toutes les données pour 2015, mais on sait déjà qu’elle devrait s’inscrire dans la tendance à la hausse des dernières années.

Entre 2010 et 2014, le nombre d’incidents terroristes dans le monde a plus que quadruplé, explique William Grenier-Chalifoux, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques à l’UQAM.

En outre, ces attentats sont de plus en plus meurtriers. « Des attentats qui causent 100 morts et plus, durant la décennie des années 2000, on en avait 1 à 2 par année. Et là, juste en 2014, il y a 34 incidents qui ont fait 100 morts et plus. Il faut retourner aux années 80 pour voir de tels bilans », soutient-il.

Qu’est-ce qui explique cette augmentation?

Il y a plusieurs raisons, explique M. Grenier-Chalifoux. D’une part, il y a eu une hausse du nombre d’attentats suicides, qui font « en moyenne quatre fois plus de morts qu’un attentat classique ».

D’autre part, les civils sont touchés de plus en plus souvent, ce qui s’explique par le fait qu’ils sont « des cibles plus accessibles » que les infrastructures du gouvernement ou de sécurité, qui ont été protégées après le 11 septembre.

Et il y a aussi la guerre en Irak et en Syrie.

Le terrorisme, intimement lié aux conflits armés

« On a l‘impression que les incidents terroristes augmentent beaucoup, mais c’est souvent lié à des contextes de conflit armé », précise M. Chalifoux-Grenier.

Ainsi, le nombre d’attentats, qui avait baissé en 2007, a commencé à augmenter en 2012-2013 en lien, selon lui, avec le renforcement des talibans en Afghanistan, la guerre civile qui a éclaté après le départ des troupes américaines d’Irak et la montée de l’EI.

« On a l‘impression que les incidents terroristes augmentent beaucoup, mais c’est souvent lié à des contextes de conflit armé », précise M. Chalifoux-Grenier.

Ainsi, le nombre d’attentats, qui avait baissé en 2007, a commencé à augmenter en 2012-2013 en lien, selon lui, avec le renforcement des talibans en Afghanistan, la guerre civile qui a éclaté après le départ des troupes américaines d’Irak et la montée de l’EI.

« Le terrorisme est en hausse, mais cette hausse est circonscrite à certaines régions du monde et dans des contextes de conflit armé. » - William Grenier-Chalifoux, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques à l'UQAM.

Les attentats terroristes en Afghanistan et en Irak représentent le tiers des attentats commis depuis 2001 dans le monde. Bagdad cumule à elle seule 10 % des morts dues au terrorisme ces 15 dernières années.

Pour le criminologue Stéphane Leman-Langlois, professeur à l’Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la surveillance et la construction sociale du risque, il faut prendre ces données avec des pincettes. « Dans un pays en guerre civile, où les gens se tirent dessus, un acte terroriste ne ressort pas de la même façon que dans un pays comme le Canada, qui est généralement pacifié », affirme-t-il.

Un fléau des pays en guerre

En fait, les victimes sont essentiellement concentrées dans cinq pays. L’Irak, le Nigeria, le Pakistan, l’Afghanistan et la Syrie comptent 78 % des morts dues au terrorisme en 2014. À eux seuls, l’Irak et le Nigeria comptent plus de la moitié des morts, soit 53 %.

« L’augmentation est très forte au Moyen-Orient, en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud-Est », explique M. Chalifoux-Grenier. « Par contre, c’est l‘inverse pour l’Amérique du Nord et l’Europe, où les incidents terroristes sont en baisse depuis 1975. »

Au cours des 15 dernières années, les attaques dans les pays occidentaux ne représentaient que 4,4 % des attentats et 2,6 % des morts dues au terrorisme dans le monde.

Le monde occidental grandement épargné

Dans les pays occidentaux, le nombre d’attentats terroristes est en baisse constante depuis les années 70.

« Les actes terroristes dans le monde occidental sont aussi proches de zéro qu’on peut l’espérer », soutient le criminologue Stéphane Leman-Langlois.

« L’année dernière, au Canada, il y a eu deux attaques qui ont fait chacune un mort et un blessé. Si on compare ça aux 500 à 600 meurtres commis annuellement, on ne peut pas dire que le terrorisme est quelque chose d’urgent. » - Stéphane Leman-Langlois, professeur à l'Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la surveillance et la construction sociale du risque

Le criminologue craint surtout les conséquences pour les droits et libertés des Canadiens, qui risquent de subir les contrecoups d’un renforcement de la sécurité.

« Juste un acte terroriste, c’est un de trop », nuance M. Leman-Langlois. « Mais il faut s’apercevoir qu’on est à un plateau où on ne pourra pas aller plus bas. Il n’y a pas vraiment de mesures qu’on peut prendre, tout en restant dans un État démocratique, pour faire baisser ça encore plus. »

De tenter par tous les moyens de « trouver la baguette magique qui va réduire à zéro les actes terroristes c’est très dommageable pour la société », croit-il. Le renforcement de la sécurité se fait inévitablement au détriment des libertés individuelles.

« Quand on continue de mettre le doigt sur le bouton d’alarme […], on multiplie l’effet de l’acte terroriste et c’est exactement ce que le terrorisme cherche : avoir un effet plus grand que l’acte. » - Stéphane Leman-Langlois, professeur à l'Université Laval et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la surveillance et la construction sociale du risque

L'épineuse question des jeunes radicalisés

Ce dont on devrait plutôt s'alarmer en Occident, c’est de la radicalisation de certains jeunes, croient les chercheurs.

« Internet, et particulièrement les médias sociaux, viennent accélérer la radicalisation et faciliter le recrutement, par la diffusion de récits djihadistes, comme on voit avec les vidéos de l’EI diffusés à profusion », croit M. Chalifoux-Grenier.

Ainsi, des personnes partageant des idéaux peuvent se retrouver en ligne de créer des cellules autonomes.

«On a eu beaucoup de départs de jeunes cégépiens de Montréal, c’est quelque chose de plus préoccupant que la notion de terrorisme au Canada », croit M. Leman-Langlois. « Ce n’est pas énorme, ce ne sont pas des dizaines chaque jour, mais si on juge qu’il faut agir, ce n’est pas en mettant des policiers à l’aéroport pour les arrêter, il faut agir avant, apprendre aux gens à faire face à ces discours-là, à adopter un point de vue critique. »

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