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06/01/2016 01:11 EST | Actualisé 06/01/2016 01:12 EST

État islamique vs Al-Qaida, la rivalité de l'horreur

CBS News video screenshot

Beyrouth, Paris et San Bernardino, en Californie. En moins de deux mois, le groupe armé État islamique (EI) et ses adeptes ont ébranlé le monde et fait des centaines de victimes.

En fait, l’EI est en train de l’emporter sur Al-Qaïda, explique Francesco Cavatorta, spécialiste du Moyen-Orient et professeur à l’Université Laval, à Québec, en ce qui concerne le recrutement et le financement, surtout chez les jeunes.

En octobre dernier, le chef du Centre national américain de lutte contre le terrorisme, Nick Rasmussen, déclarait devant le Congrès des États-Unis que l’État islamique avait dépassé Al-Qaïda comme « leader mondial des mouvements extrémistes violents ». Soulignant que l’EI accès à un « grand réservoir de recrues potentielles dans les pays occidentaux ».

Les deux groupes terroristes vont coexister jusqu’à ce que l’un d’eux soit assez puissant pour écraser l’autre, selon Houchang Hassan-Yari, professeur de questions militaires et stratégiques au Collège militaire royal à Kingston, en Ontario.

« Au fur et à mesure que la rivalité entre les deux groupes prend son l’envol, il faut s’attendre à ce qu’il y ait des gestes plus spectaculaires, des attaques beaucoup plus meurtrières. »

- HOUCHANG HASSAN-YARI, PROFESSEUR AU COLLÈGE MILITAIRE ROYAL DU CANADA

Le groupe État islamique a maintenant les moyens d’étendre ses actions au-delà de son territoire d’origine, « d’étendre sa main sur des régions lointaines », d’après M. Hassan-Yari. Son influence est d’ailleurs grandissante auprès d’autres groupes djihadistes de la région.

La guerre des affiliés

Au cours des derniers mois, le groupe armé État islamique s'est allié avec d'autres organisations terroristes. Les dirigeants de Boko Haram lui ont prêté serment en mars dernier. Ce groupe terroriste a multiplié les attaques au Nigeria, au Tchad et au Cameroun au cours des derniers mois.

Un autre des alliés de l'EI, le groupe Wilayat Sinaï, que l’on peut traduire par Province du Sinaï, a aussi revendiqué plusieurs attaques terroristes en Égypte en 2015, dont l'explosion d'un avion russe le 31 octobre dernier, qui a fait 224 morts.

La progression de l'État islamique s'observe aussi en Libye, ainsi qu’au Yémen, où s'est transporté l'affrontement contre Al-Qaïda. Les attaques se sont succédé au cours des derniers mois, surtout dans la capitale, Sanaa. Pourtant, ces deux groupes partagent une même histoire et certains objectifs.

De frères à ennemis

Formé il y a bientôt 30 ans par Oussama ben Laden, le groupe Al-Qaïda cherche établir un État où la charia serait la loi fondamentale, tout en voulant purger le monde musulman de toute influence occidentale. De son côté, le groupe armé État islamique veut d’abord imposer et étendre un califat.

« D’une certaine manière, ils veulent atteindre les mêmes objectifs, seulement, ils ont l’idée de s’y prendre de manière un peu différente. »

- FRANCESCO CAVATORTA, PROFESSEUR DE SCIENCES POLITIQUES À L’UNIVERSITÉ LAVAL

Traditionnellement, l’État islamique a concentré ses actions sur un territoire précis en établissant une administration centrale et des ministères. Le groupe contrôle environ un tiers de la Syrie et de l’Irak. Al-Qaïda vise plutôt à multiplier les foyers d'insurrection.

La séparation entre les deux groupes s’est faite au début de l'année 2014, lorsque des combats ont opposé l’EI, qui s’appelait alors l’État islamique en Irak et au Levant, au Front Al-Nosra, la branche officielle d’Al-Qaïda en Syrie.

Pour l’instant, il existe a des tensions et des heurts entre les deux groupes, mais la situation est stable, précise le professeur Hassan-Yari. Le principal danger, selon lui, c’est la volonté de l’État islamique, maintenant coincé dans son expansion en Irak et en Syrie, d’étendre ses actions à travers le monde.

Comment les stopper?

Pour Houchang Hassan-Yari, la solution passe entre autres par un consensus des grandes forces militaires et l’envoi de soldats sur le terrain pour lutter contre le groupe armé État islamique.

« En l’absence de ces forces, la confrontation, la guerre et la misère dans la région vont continuer, tout simplement. »

- HOUCHANG HASSAN-YARI, PROFESSEUR AU COLLÈGE MILITAIRE ROYAL DU CANADA

« Les mesures militaires ne sont pas très utiles », avance pour sa part le spécialiste de Moyen-Orient Francesco Cavartorta. Le danger, selon lui, est de s'aliéner la population locale et d’attiser les tensions dans la région. Établir un système pour accueillir l’ensemble des réfugiés syriens, ajoute M. Cavartorta, permettrait de montrer que « l'Europe, les États-Unis et le Canada ne sont pas seulement des pays qui envahissent et qui bombardent, mais aussi des pays qui peuvent accueillir, aider » en situation de crise.

« Ça fait 15 ans qu’on bombarde, peut-être qu’on devrait faire autre chose. »

- FRANCESCO CAVATORTA, PROFESSEUR DE SCIENCES POLITIQUES À L’UNIVERSITÉ LAVAL

La guerre civile en Syrie a déjà fait plus de 250 000 morts et près de 4,4 millions de réfugiés. Un bilan qui risque de s’alourdir.

Avec Florent Daudens

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