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04/01/2016 01:39 EST | Actualisé 04/01/2017 00:12 EST

Rupture entre l'Arabie saoudite et l'Iran

L'Arabie saoudite a rompu ses relations diplomatiques avec l'Iran dans une nouvelle escalade entre les deux puissances régionales rivales déclenchée par l'exécution d'un dignitaire chiite critique du pouvoir saoudien.

Dans une première réaction lundi, Téhéran a accusé Ryad de chercher à aggraver les "tensions" au Moyen-Orient et affirmé que la rupture des relations n'effacerait pas "l'erreur stratégique" qu'a été l'exécution par Ryad du religieux Nimr Baqer al-Nimr.

Nouveau signe des tensions, la police saoudienne a été la cible dimanche soir de tirs qui ont tué un civil dans le village natal de cheikh Nimr, et recherchait les auteurs de cette attaque, selon l'agence officielle saoudienne SPA.

Les Etats-Unis, alliés des Saoudiens mais qui se sont aussi rapprochés des Iraniens à la faveur de l'accord sur le nucléaire conclu en juillet, ont appelé "à prendre des mesures positives pour calmer les tensions".

La nouvelle crise entre le royaume saoudien sunnite et l'Iran chiite a éclaté samedi avec l'exécution du cheikh Nimr avec 46 autres personnes condamnées pour "terrorisme", dont la majorité pour des attentats attribués au réseau extrémiste sunnite Al-Qaïda.

Cette exécution a provoqué une guerre de mots entre Téhéran et Ryad et des manifestations de colère parmi la communauté chiite dans plusieurs pays principalement en Iran où les représentations saoudiennes ont été attaquées.

"L'Arabie saoudite annonce la rupture de ses relations diplomatiques avec l'Iran et exige le départ sous 48H des membres de la représentation diplomatique iranienne", a déclaré dimanche soir tard le chef de la diplomatie Adel Al-Jubeir à Ryad.

"L'Arabie saoudite voit non seulement ses intérêts mais aussi son existence dans la poursuite des tensions et des affrontements et essaie de régler ses problèmes en les exportant vers l'extérieur", ont rétorqué les Affaires étrangères iraniennes.

- 'Complot' -

Pour le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, en rompant les relations "Ryad ne peut pas faire oublier son erreur stratégique d'avoir exécuté un dignitaire religieux".

Il a également fustigé l'Arabie saoudite pour "avoir porté atteinte aux intérêts de son propre peuple et aux peuples de la région avec le complot de faire baisser les prix du pétrole".

L'Iran accuse le royaume saoudien, premier exportateur mondial de brut, d'avoir joué un rôle primordial dans la baisse des prix du pétrole, en maintenant sa production à un niveau très élevé.

Les cours du pétrole étaient cependant orientés à la hausse lundi en Asie après l'annonce de rupture des relations Ryad-Téhéran. Le baril de Brent, référence européenne du brut pour livraison en février, gagnait 61 cents à 37,89 dollars.

Le président iranien Hassan Rohani, tout en condamnant l'exécution de cheikh Nimr, a qualifié "d'injustifiables" les attaques contre l'ambassade saoudienne a Téhéran qui a été incendiée par des manifestants dimanche et le consulat saoudien à Machhad. 50 personnes ont été arrêtées après ces attaques.

Avant lui, le guide suprême iranien Ali Khamenei avait déclaré "que la main divine vengerait" le cheikh exécuté des dirigeants saoudiens.

- Guerres par procuration -

La mise à mort du Saoudien a également provoqué des manifestations de la communauté chiite en Irak, au Yémen, au Liban, à Bahreïn ainsi qu'au Pakistan et au Cachemire indien.

De nouvelles manifestations sont prévues en Irak où deux mosquées sunnites ont été visées le matin par des attentats à la bombe, faisant trois blessés.

En revanche, plusieurs pays arabes, dont le Koweït, le Qatar, les Emirats, l'Egypte et le pouvoir yéménite, ont condamné les attaques des représentations saoudiennes et apporté leur soutien à la "lutte antiterroriste" de Ryad.

Le frère de cheikh Nimr, Mohammed, a lui aussi "condamné" sur Twitter les attaques contre les représentations saoudiennes. Il a par ailleurs demandé que le corps de son frère soit rendu à la famille.

La crise diplomatique a même touché le sport, les clubs saoudiens participant à la Ligue des champions d'Asie qui commence en février, ayant demandé via les réseaux sociaux à ne pas jouer leurs matches contre les clubs iraniens en Iran et à les transférer sur un terrain neutre.

Cheikh Nimr avait été condamné à mort en 2014 pour "terrorisme", "sédition", "désobéissance au souverain" et "port d'armes". Il avait été la figure de proue de la contestation qui avait éclaté en 2011, dans la foulée du Printemps arabe, dans l'est saoudien où vit la minorité chiite qui se plaint de marginalisation.

Les relations entre Ryad et Téhéran évoluent en dents de scie depuis la révolution islamique iranienne de 1979. Les deux puissances sont le plus souvent en désaccord sur les crises dans la région et s'accusent mutuellement de chercher à élargir leur influence.

Elles avaient rompu leurs relations de 1987 à 1991, après de sanglants affrontements entre pèlerins iraniens et forces saoudiennes lors du hajj à La Mecque en 1987.

Pour les experts, la nouvelle crise risque d'alimenter les guerres par procuration que se livrent actuellement Téhéran et Ryad notamment en Syrie et au Yémen.

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