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04/01/2016 07:50 EST | Actualisé 04/01/2017 00:12 EST

Les fragiles tentatives de solution en Syrie compromises par l'escalade entre Ryad et Téhéran

La crise entre Ryad et Téhéran, deux protagonistes majeurs du conflit syrien, menace la poursuite du très fragile processus laborieusement mis en oeuvre par la communauté internationale pour tenter de trouver une solution politique à cette guerre.

"Le conflit irano-saoudien aura certainement un impact négatif" sur ce processus, a déploré lundi Samir Nashar, un membre de l'opposition syrienne en exil. Prévues pour fin janvier à Genève, les négociations sous l'égide de l'ONU entre représentants du régime de Damas et de l'opposition syrienne étaient déjà hypothétiques.

Elles "s'annonçaient déjà difficiles, presque impossibles, et le conflit entre l'Arabie Saoudite et l'Iran ne fera que durcir les positions", a encore dit à l'AFP ce responsable de la Coalition nationale syrienne.

La crise entre la monarchie sunnite et la République islamique chiite a éclaté après l'exécution samedi en Arabie saoudite d'un dignitaire chiite opposant au régime saoudien, Nimr el-Nimr.

L'exécution a provoqué la colère de la communauté chiite et en Iran des représentations saoudiennes ont été attaquées. Dans la foulée, Ryad a annoncé rompre ses relations diplomatiques avec Téhéran, suivi par Bahrein, Khartoum, et, sans aller jusqu'à une rupture totale, par les Emirats arabes unis. L'Arabie saoudite a en outre interrompu ses liaisons aériennes avec l'Iran.

Cette escalade constitue le pic d'une crise entre les deux grands rivaux perse et arabe, qui se disputent depuis des années le leadership régional par guerres interposées, en Irak, au Liban, au Yémen, où l'Arabie saoudite est directement impliquée militairement contre les rebelles houthis soutenus par Téhéran, et bien sûr en Syrie.

Dans ce pays, l'Iran soutient le régime de Bachar al-Assad et a envoyé des milliers de "conseillers militaires" sur le terrain, tandis que Ryad a juré la chute du président syrien et appuie financièrement et militairement des groupes rebelles, notamment salafistes.

- Crise inextricable -

Dans cette crise syrienne déjà inextricable, tant par le nombre des acteurs impliqués que par les intérêts en jeu de chacun, "la rivalité irano-saoudienne a été un des éléments moteurs dès le départ", et son exacerbation risque d'affecter les efforts en vue d'un règlement politique, estime Yezid Sayigh, associé au centre de réflexion Carnegie Middle East Center.

La crise entre Ryad et Téhéran "annihile quelques-uns des progrès réalisés au cours des dernières semaines pour amener l'Arabie Saoudite, l'Iran et leurs affidés à avoir des discussions directes", renchérit le centre de réflexion new-yorkais Soufan Group.

Au cours de deux réunions internationales à Vienne en octobre et novembre, tous les acteurs impliqués dans le conflit syrien, soutiens arabes et occidentaux de l'opposition d'un côté, alliés russe et iranien de Damas de l'autre, se sont retrouvés pour la première fois autour de la table de négociation.

A cette occasion, des diplomates occidentaux ont constaté la profondeur de la méfiance entre Saoudiens et Iraniens, évoquant par exemple une passe d'armes entre le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif et son homologue saoudien Adel al Jubeir à propos de la définition des "terroristes". "Mais au moins, se parlent-ils", se félicitait une de ces sources. C'était avant la rupture des relations diplomatiques.

Le processus de Vienne a abouti, pour la première fois en près de cinq années d'une guerre ayant fait plus de 250.000 morts à la première feuille de route internationale pour la Syrie unanimement adoptée par le Conseil de sécurité de l'ONU, le 19 décembre. Elle prévoit des négociations intersyriennes en janvier, un gouvernement de transition dans les six mois et des élections dans les 18 mois.

"On avait progressé avec ce retour à la table de (négociation) tous les protagonistes, et la résolution de l'ONU permettait de marquer l'engagement de la communauté internationale. Il est capital de maintenir la négociation, mais le processus est encore plus fragilisé", s'inquiète une source proche du dossier.

Pour le chercheur Karim Bitar, qui travaille à Paris, "cette escalade va encore compliquer toute perspective d'avancée en Syrie, deux semaines après la mort de Zahran Allouche", un puissant chef rebelle soutenu par Ryad, qui avait accepté le principe de négociations intersyriennes, et qui a été tué dans un raid aérien revendiqué par le régime.

Inquiets de l'escalade, et soucieux de préserver des chances de règlement politique, aussi ténues soient-elles, en Syrie et au Yémen, Washington, Paris, Rome et Berlin ont appelé à l'apaisement.

"Il ne fait aucun doute que le règlement des crises (en Syrie et au Yémen) et d'autres crises ne peut être trouvée que si la puissance sunnite qu'est l'Arabie Saoudite et l'Iran chiite sont prêts à faire un pas l'un vers l'autre", a résumé mardi Berlin.

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