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04/01/2016 01:09 EST | Actualisé 04/01/2017 00:12 EST

Il y a un an, Charlie Hebdo, premier acte de la tragédie des attentats de Paris

"1 an après, l'assassin court toujours": un Dieu barbu ensanglanté, armé d'une kalachnikov, fait la Une du journal satirique Charlie Hebdo, un an après le premier d'une série d'attentats qui a montré la vulnérabilité de la France face à la menace jihadiste.

Tiré à un million d'exemplaires dont des dizaines de milliers expédiés à l'étranger, ce numéro spécial de Charlie sort mercredi au milieu d'une semaine de commémorations qui culminera dimanche avec un grand rassemblement à Paris. En présence du président François Hollande, une cérémonie est prévue ce jour là Place de la République, pour rappeler les manifestations géantes contre le terrorisme du 11 janvier.

Le 7 janvier 2015, deux frères jihadistes sèment la mort au siège de Charlie Hebdo, dans une attaque à la kalachnikov qui sidère la planète en visant un pilier de la démocratie, la presse libre. "LE 11 SEPTEMBRE FRANCAIS", titre l'influent quotidien Le Monde.

"On a vengé le prophète! On a tué Charlie Hebdo". C'est sur ce cri que deux frères, Saïd et Chérif Kouachi, s'enfuient après avoir décimé la rédaction du journal (huit de ses membres sont tués dont cinq dessinateurs), bête noire des islamistes depuis la publication de caricatures de Mahomet en 2011. Quatre autres personnes sont tuées lors de l'attentat.

Le lendemain, un autre musulman radicalisé, Amédy Coulibaly, tue une policière près de Paris. Vendredi 9, il s'attaque à un supermarché casher, tue quatre juifs avant de périr dans l'assaut policier. Les frères Kouachi sont abattus simultanément dans une imprimerie au nord-est de Paris.

En trois jours, les jihadistes, qui se réclament d'Al-Qaïda ou du groupe Etat islamique (EI), ont fait 17 morts.

Le 11 janvier, Paris devient "capitale du monde", selon les mots de François Hollande. Le président français défile entouré d'une cinquantaine de dirigeants étrangers.

- Fissures -

Au total, près de 4 millions de manifestants descendent dans les rues du pays, du jamais vu depuis la Libération en 1944. A Londres, Madrid ou Washington, on marche aussi en chantant la Marseillaise et en criant "Je suis Charlie".

Mais ce bel élan dissimule mal les tensions dans la société française. Tout en dénonçant la violence, une partie des musulmans, surreprésentés dans les quartiers populaires, peine à se solidariser avec Charlie Hebdo. Des enseignants ont dû mal à imposer les minutes de silence en hommage aux victimes, les tueurs sont parfois glorifiés sur internet.

La France s'interroge sur son modèle d'intégration. Comment les auteurs des attentats, nés et élevés en France, en sont arrivés à ces extrémités ? Le Premier ministre Manuel Valls dénonce un "apartheid territorial, social, ethnique" dans le pays.

L'extrême droite grimpe lors d'élections territoriales en mars (25% des voix au premier tour) puis régionales de décembre (près de 28%).

Une semaine après la tuerie, Charlie Hebdo revient en kiosque avec, en Une, une nouvelle caricature du prophète la larme à l'oeil. Du Niger à la Tchétchénie, des manifestations violentes, parfois meurtrières, éclatent dans le monde musulman.

- 'La France en guerre' -

Après ce "numéro des survivants" vendu à près de huit millions d'exemplaires, les rescapés de Charlie Hebdo se remettent à la tâche. Mais ils peinent à gérer leur traumatisme et certains quittent le journal.

Ailleurs, la vie reprend son cours sous surveillance: les patrouilles deviennent la norme devant les sites sensibles. Malgré ces mesures, certains juifs doutent et les départs pour Israël progressent.

Et ce dispositif n'empêche pas l'horreur de se reproduire. Si des attentats sont déjoués (contre une église de banlieue parisienne en avril) ou limités (dans un train Thalys en août), les jihadistes franchissent un nouveau cap le 13 novembre.

Ce soir-là, une dizaine d'hommes, la plupart passés par la Syrie, attaquent de manière coordonnée un stade de foot, des terrasses de bars et restaurants, et une salle de concerts. Ils tuent 130 personnes, dans les pires attentats jamais commis en France.

Cette fois, l'"esprit du 11 janvier" ne souffle pas sur le pays, placé en état d'urgence. Les manifestations sont interdites, les perquisitions se multiplient, les frappes contre l'EI - qui a revendiqué les attentats - s'intensifient en Syrie et Irak.

"La France est en guerre", martèle François Hollande. "C'est le crime de masse", relève un habitant de l'Est parisien ciblé par les attaques. "Pas des journalistes, des juifs, des flics: c'est toi et moi dans notre bar, notre salle de concerts, là où on va avec nos gosses".

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