NOUVELLES
04/01/2016 12:43 EST | Actualisé 04/01/2017 00:12 EST

Crise Iran-Arabie saoudite: les Etats-Unis en porte-à-faux

Les Etats-Unis se retrouvent en porte-à-faux dans la crise entre l'Iran et l'Arabie saoudite, conséquence de la politique américaine risquée de rapprochement avec Téhéran à la faveur de l'accord nucléaire qui a profondément irrité l'allié saoudien.

Signe du grand embarras de Washington devant cette brusque escalade aux effets imprévisibles entre les deux puissances rivales au Moyen-Orient, le secrétaire d'Etat John Kerry a, dans des conversations téléphoniques lundi, appelé ses homologues iranien Mohammad Javad Zarif et saoudien Adel Al-Jubeir à réduire les tensions, a confié à l'AFP un diplomate américain.

Interrogé sur la profondeur des "divisions" entre Ryad et Téhéran, le porte-parole du département d'Etat John Kirby s'est borné à répondre que les Etats-Unis "espéraient qu'elles ne soient pas irréparables".

C'est pourtant peine perdu, tacle l'ambassadeur américain à la retraite Alberto Fernandez, vice-président du Middle East Media Research Institute.

Pour cet ancien diplomate, ce nouvel accès de fièvre entre la République islamique iranienne chiite et le royaume saoudien sunnite, qui se disputent depuis des décennies le leadership régional, prouve que "ceux qui disaient que l'on ne pouvait pas séparer l'accord nucléaire des autres activités (déstabilisatrices) de l'Iran dans la région avaient raison".

En clair, décrypte M. Fernandez auprès de l'AFP, il y a comme un "vice de forme" dans le changement majeur qu'a opéré l'administration de Barack Obama au Moyen-Orient en se rapprochant de facto de Téhéran et en provoquant du même coup la colère de Ryad.

"Comment peut-on réchauffer les liens avec l'Iran sans agacer son allié" saoudien, critique l'expert.

L'accord historique sur le programme nucléaire iranien, scellé le 14 juillet à Vienne entre les grandes puissances et Téhéran, doit garantir que l'Iran ne se dote pas de la bombe atomique en échange d'une levée des sanctions internationales.

Tout en se défendant d'avoir amorcé sa réconciliation avec la bête noire iranienne, avec qui les relations diplomatiques sont rompues depuis 1980, Washington caresse toutefois l'espoir d'un rééquilibrage au Moyen-Orient qui pourrait mettre fin aux guerres régionales, au premier rang desquelles celle qui ravage la Syrie.

Ryad et Téhéran s'affrontent par conflits interposés en Syrie, en Irak, au Liban ou encore au Yémen.

Et cette rivalité historique est montée d'un cran ce week-end, l'Arabie saoudite et ses alliés rompant ou réduisant leurs relations diplomatiques avec Téhéran après une crise déclenchée par l'exécution d'un dignitaire chiite.

- 'Politique de borgne' -

Pour Salman Shaikh, président du centre de recherches Shaikh Group, cette nouvelle crise est le résultat de "la politique de borgne" des Etats-Unis dans la région, obnubilés par l'accord sur le nucléaire en faisant fi du rôle jugé néfaste de l'Iran: notamment par ses appuis au président syrien de Bachar al-Assad et au groupe chiite libanais Hezbollah que les Occidentaux considèrent comme une organisation "terroriste".

Des accusations balayées par la diplomatie américaine. "Personne ne ferme les yeux sur la capacité du régime de Téhéran à mener des activités déstabilisatrices dans la région", a protesté son porte-parole John Kirby. Il a réaffirmé que Washington "considérait toujours l'Iran comme un Etat mécène du terrorisme", figurant sur une liste noire américaine aux côtés de la Syrie et du Soudan.

Quelle peut être alors la marge de manoeuvre de l'Amérique pour apaiser les tensions entre les deux géants régionaux ? "Le niveau d'influence des Etats-Unis est limité", s'alarme Salman Shaikh.

De fait, sur l'Iran, le seul canal de communication officiel passe par les bonnes relations que les ministres Kerry et Zarif ont nouées depuis 2013 lors des négociations sur le nucléaire. Quant à l'Arabie saoudite, si proche historiquement du parrain américain, il est de notoriété publique que les moyens de pression de Washington sont réduits.

Afin de calmer Ryad ulcérée par la politique américaine à l'égard de l'Iran et de la Syrie, Washington a multiplié les initiatives depuis 2013, proposant l'été dernier de renforcer les relations de défense et d'accroître les ventes d'armes avec les pays du Golfe.

Mais rien n'y a fait, déplore l'ambassadeur Fernandez: "Les Etats-Unis n'en ont pas fait assez et ne pouvaient pas en faire assez pour contrebalancer la rivalité" entre l'Iran et l'Arabie saoudite.

nr-dc/vog