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04/01/2016 10:48 EST | Actualisé 04/01/2017 00:12 EST

Crise Iran-Arabie saoudite: les Etats-Unis en porte-à-faux

Les Etats-Unis se retrouvent en porte-à-faux dans la crise entre l'Iran et l'Arabie saoudite, conséquence de la politique américaine risquée de rapprochement avec Téhéran à la faveur de l'accord nucléaire qui a profondément irrité l'allié saoudien.

Signe du grand embarras de Washington devant cette brusque escalade aux effets imprévisibles entre les deux puissances rivales au Moyen-Orient, le secrétaire d'Etat John Kerry a, dans des conversations téléphoniques lundi, appelé ses homologues iranien Mohammad Javad Zarif et saoudien Adel Al-Jubeir à réduire les tensions, selon un diplomate américain.

Mais c'est peine perdu, tacle l'ambassadeur américain à la retraite Alberto Fernandez, vice-président du Middle East Media Research Institute.

Pour cet ancien diplomate du département d'Etat, ce nouvel accès de fièvre entre la République islamique chiite et le royaume sunnite, qui se disputent depuis des décennies le leadership régional, prouve que "ceux qui disaient que l'on ne pouvait pas séparer l'accord nucléaire des autres activités de l'Iran dans la région avaient raison".

En clair, décrypte M. Fernandez auprès de l'AFP, il y a comme un "vice de forme" dans le changement majeur qu'a opéré l'administration de Barack Obama au Moyen-Orient en se rapprochant de facto de Téhéran et en déclenchant du même coup la colère de Ryad: "comment peut-on réchauffer les liens avec l'Iran sans agacer son allié" saoudien, critique l'expert.

L'accord historique sur le programme nucléaire iranien, scellé le 14 juillet dernier à Vienne entre les grandes puissances et Téhéran, doit garantir que l'Iran ne se dote pas de la bombe atomique en échange d'une levée des sanctions internationales.

Tout en se défendant d'avoir amorcé sa réconciliation avec la bête noire iranienne, avec qui les relations diplomatiques sont rompues depuis 1980, Washington caresse toutefois l'espoir d'un rééquilibrage au Moyen-Orient qui pourrait mettre fin aux guerres régionales, au premier rang desquelles celle qui ravage la Syrie.

Ryad et Téhéran s'affrontent par conflits interposés en Syrie, en Irak, au Liban ou encore au Yémen.

Et cette rivalité historique est montée d'un cran ce week-end, l'Arabie saoudite et ses alliés rompant ou réduisant leurs relations diplomatiques avec Téhéran après une crise déclenchée par l'exécution d'un dignitaire chiite.

- 'Politique de borgne' -

Pour Salman Shaikh, président du centre de recherche Shaikh Group, cette nouvelle crise est le résultat de "la politique de borgne" de Washington au Moyen-Orient, obnubilé par l'accord sur le nucléaire en faisant fi du rôle déstabilisateur de l'Iran dans la région: notamment par ses appuis au régime syrien de Bachar al-Assad et au groupe chiite libanais Hezbollah que les Occidentaux considèrent comme une organisation "terroriste".

Téhéran demeure aussi un "Etat mécène du terrorisme", selon une liste noire du gouvernement américain où figurent également la Syrie et le Soudan.

Quelle peut être alors la marge de manoeuvre des Américains pour apaiser les tensions entre les deux géants régionaux ? "Le niveau d'influence des Etats-Unis est limité", s'alarme M. Shaikh, qui ne voit pas de porte de sortie à court terme à la crise.

De fait, le seul canal de communication officiel entre les Etats-Unis et l'Iran passe par les bonnes relations personnelles que les ministres Kerry et Zarif ont nouées ces dernières années lors des négociations sur le nucléaire.

Quant à l'Arabie saoudite, si proche historiquement du parrain américain, il est dorénavant de notoriété publique que les moyens de pression de Washington sont réduits.

Afin de rassurer Ryad, d'apaiser son irritation face à la politique américaine à l'égard de l'Iran et de la Syrie, Washington et son secrétaire d'Etat ont multiplié les initiatives depuis 2013, proposant notamment l'été dernier de renforcer les relations de défense et d'accroître les ventes d'armes avec les pays du Golfe.

Mais rien n'y a fait, constate M. Fernandez: "Les Etats-Unis n'en ont pas fait assez et ne pouvaient pas en faire assez pour contrebalancer la rivalité" entre l'Iran et l'Arabie saoudite.

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