NOUVELLES
28/12/2015 10:53 EST | Actualisé 28/12/2016 00:12 EST

Sculpteur au parlement, un emploi unique en son genre

Phil White fait un travail peu commun. En fait, il est le seul dans sa catégorie d'emploi et le cinquième en titre depuis la création du poste au milieu des années 30. L'homme de 52 ans est sculpteur du Dominion.

Un texte de Daniel Thibeault

Le travail de Phil White, employé du ministère des Travaux publics et des Services gouvernementaux, a deux volets. « Je suis sculpteur et en même temps je suis restaurateur d'art », nous explique-t-il lors d'une visite du parlement. « On peut dire que je fonctionne comme le protecteur du patrimoine artistique de l'édifice. »

Son mandat est simple : protéger les sculptures et les œuvres qui ornent les édifices parlementaires et y ajouter certains éléments au gré des événements et des commandes. C'est ce que John Pearson avait en tête quand il a envisagé le poste dans les années 30. L'architecte du parlement voulait que son édifice évolue au fil des années, qu'on y ajoute des sculptures et des pièces, qu'on le fasse vivre. Pas question cependant de calquer ses prédécesseurs.

Le sculpteur veut laisser sa marque comme l'ont fait les quatre autres avant lui. Il peut d'ailleurs nommer l'auteur d'à peu près chaque œuvre au parlement, juste en la regardant. Il dit que ce sont les yeux de ses statues qui permettent de le reconnaître.

Selon lui, il n'existe aucun autre sculpteur du genre ailleurs dans le monde. Même si, dans plusieurs pays d'Europe, des sculpteurs pratiquent le même travail que lui, aucun autre gouvernement ne croit bon de maintenir pareil poste.

Le portait de la reine

Sa plus belle œuvre à ce jour : l'effigie de la reine Élisabeth II, qui orne l'une des colonnes dans le foyer du Sénat, l'espace réservé aux monarques. Il l'a fait pour le jubilé de diamant de la souveraine. C'est la reine elle-même qui l'a dévoilé avec lui lors de sa visite en 2010. Un moment d'intense nervosité pour lui. « Mon épouse qui regardait la télévision se demandait pourquoi je me tenais la manche de veston. C'était pour avoir la main sèche quand j'allais serrer celle de la reine », se souvient-il.

Il a aussi réalisé une réplique de la masse du Sénat, elle aussi installée dans le foyer de la chambre haute, sous la porte qui mène vers l'extérieur.

Des coins du parlement riches en histoire

Phil White affectionne tout particulièrement le foyer de la Chambre des communes. « C'est très important parce qu'à mon avis, c'est une pièce très riche en sculptures architecturales. Les sculptures présentent l'histoire des provinces. »

Il aime surtout la frise installée tout autour de la mezzanine, un projet de sa prédecesseure qui a mis 12 ans pour la terminer. C'est aussi dans ce coin de l'édifice que se trouvent certains des œuvres le plus récentes. Des sculptures traditionnelles inuites qui surplombent la plupart des portes du foyer.

Nouveau projet : entre modernité et traditions

Présentement, Phil White s'affaire à reproduire un bas-relief qui sera encastré dans un mur extérieur de l'édifice de l'est. La pièce originale, considérablement endommagée par le temps, a été scannée par des rayons laser et reproduite sur un bloc de mousse de polyuréthane.

Le sculpteur y a ensuite ajouté les parties manquantes, pour que le bloc puisse être numérisé de nouveau et usiné à la machine dans un bloc de pierre. Phil White doit maintenant en faire la finition à la maison avec des outils traditionnels.

« Je suis en train de récréer les petits détails à la main, avec les ciseaux, les marteaux, les outils très traditionnels. Je donne une texture très brute [...]. C'est très important pour attraper la lumière, créer les différences entre les surfaces. »

Un mélange de technique moderne et ancestrale, peut-être plus précise... mais certainement pas plus rapide, selon le sculpteur.