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28/12/2015 06:19 EST | Actualisé 28/12/2016 00:12 EST

Les acteurs du dialogue interburundais renouent laborieusement le contact en Ouganda

Le gouvernement burundais et l'opposition ont péniblement renoué le contact lundi en Ouganda, sous l'égide du président ougandais Yoweri Museveni, pour tenter de relancer un dialogue bloqué depuis plus de cinq mois et dénouer la grave crise politique qui frappe le Burundi.

Des représentants du gouvernement burundais, de l'opposition et de la société civile se sont retrouvés au palais présidentiel d'Entebbe, près de la capitale Kampala. Chacun a pu exprimer brièvement ses positions lors d'une cérémonie présidée par M. Museveni.

Cette réunion n'était qu'un préalable à une reprise formelle des négociations. Mais les difficultés pour s'accorder sur les modalités de celles-ci montrent que le chemin est encore long.

Le ministre ougandais de la Défense, Crispus Kiyonga, a ainsi indiqué que les discussions reprendraient le 6 janvier à Arusha, en Tanzanie. Mais Bujumbura a immédiatement affirmé qu'il n'y avait "pas eu de consensus" sur cette date.

Médiateur désigné par la Communauté des Etats d'Afrique de l'Est (EAC), M. Museveni a tenté d'inciter gouvernement et opposition à se parler. "Je vous demande, dans les deux camps, de vous asseoir et de trouver une solution politique pour mettre fin aux souffrances du peuple" burundais, a-t-il déclaré.

"Vous n'avez aucune excuse" pour ne pas résoudre rapidement vos différends, a-t-il ajouté à l'attention des différents protagonistes. "Vous pouvez vous rencontrer un après-midi et vous mettre d'accord."

Cette rencontre était destinée à permettre la reprise d'un dialogue interrompu depuis juillet, quand la partie gouvernementale s'en était retirée deux jours avant la présidentielle, qui avait débouché sur la réélection du président burundais Pierre Nkurunziza.

- Débat sur les 'quotas ethniques' -

Le Burundi est plongé dans une profonde crise politique depuis la candidature fin avril de M. Nkurunziza à un troisième mandat, que l'opposition, la société civile et une partie de son camp jugent contraire à la Constitution et à l'Accord d'Arusha qui a mis fin à la guerre civile en 2006.

Les violences ont déjà fait plusieurs centaines de morts et poussé plus de 200.000 personnes à quitter le pays, selon l'ONU.

Le choix d'Arusha pour la poursuite du dialogue est symbolique. Cette ville a abrité pendant plus de deux ans, entre 1998 et 2000, les négociations interburundaises qui ont abouti à la signature d'un accord de paix ayant mis fin à la guerre civile (1993-2006) entre l'armée dominée alors par la minorité tutsi et des rébellions hutu.

Mais "les choses ne seront pas faciles car tout le monde est conscient que les positions sont pour le moment inconciliables", a expliqué à l'AFP un analyste burundais ayant requis l'anonymat.

Pour la première fois lundi, le gouvernement burundais a ainsi semblé remettre en cause l'un des fondements de l'Accord d'Arusha, en estimant que la question des "quotas ethniques", qui garantissent la parité entre Hutu et Tutsi au sein de l'armée et de la police, "pourrait se poser".

Des propos tenus à Entebbe par le ministre des Affaires étrangères Alain-Aimé Nyamitwe, qui menait la délégation gouvernementale. Il a aussi à nouveau mis en garde contre toute participation aux négociations d'opposants impliqués dans le coup d'Etat manqué des 13 et 14 mai.

- 'Légalité constitutionnelle' -

Le Cnared, coalition des partis politiques opposés au troisième mandat, s'est aussi exprimé par la voix de son président Léonard Nyangoma, qui vit en exil. "Le noeud du problème, c'est Nkurunziza et son système" qui ont bafoué l'Accord d'Arusha, a-t-il estimé.

Le gouvernement a toujours refusé jusqu'ici de discuter avec le Cnared, accusant ses membres d'être impliqués dans la tentative de putsch et d'être lié aux groupes armés.

"Discuter avec le Cnared reste une ligne rouge pour le gouvernement", a rappelé à l'AFP, sous couvert d'anonymat, un membre de la délégation gouvernementale, qui a néanmoins jugé acceptable sa présence à Entebbe car il ne s'agissait "pas de s'asseoir avec lui".

Le porte-parole du Cnared, Pancrace Cimpaye, avait indiqué à l'AFP avant la rencontre qu'il comptait "insister sur un déploiement immédiat de la mission de l'Union africaine (UA), avant un retour à la légalité constitutionnelle qui passe par un gouvernement de transition chargé d'organiser des élections libres et démocratiques".

L'Union africaine (UA) a annoncé le 18 décembre qu'elle allait déployer une Mission africaine de prévention et de protection au Burundi (Maprobu), forte de 5.000 hommes, pour tenter d'enrayer le cycle des violences.

Mais le gouvernement burundais en a rejeté le principe et prévenu que si l'UA devait mener à bien ce déploiement sans son aval, cette mission serait considérée comme une "force d'invasion et d'occupation".

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