NOUVELLES
28/12/2015 08:29 EST | Actualisé 28/12/2016 00:12 EST

L'armée irakienne a repris Ramadi, sa plus grande victoire face à l'EI

Les forces irakiennes ont annoncé lundi avoir "libéré" Ramadi des combattants du groupe Etat islamique (EI), hissant le drapeau national sur le QG gouvernemental de la ville pour marquer leur plus grande victoire face à l'organisation jihadiste.

Des soldats ont dansé l'arme levée à Ramadi, chef-lieu de la grande province d'Al-Anbar situé à 100km à l'ouest de Bagdad, pendant que des hauts commandants paradaient dans les rues de la ville qu'ils avaient perdue en mai.

Des Irakiens ont aussi manifesté dans plusieurs villes du pays pour célébrer cette victoire qui devrait redorer le blason de l'armée fortement critiquée pour son humiliante déroute en juin 2014 face à l'EI qui s'était emparé de vastes pans du territoire.

"Ramadi a été libérée", a proclamé le général de brigade de l'armée Yahya Rassoul à la télévision d'Etat.

Après lui, le Premier ministre irakien Haider al-Abadi s'est engagé à libérer en 2016 la totalité du pays de l'EI, dans un discours télévisé.

A Ramadi, l'armée a affirmé ne rencontrer aucune résistance depuis que les derniers combattants de l'EI ont quitté dimanche le QG gouvernemental, même si certains jihadistes pourraient être encore présents dans certains quartiers.

Les militaires avancent toutefois avec prudence et se consacrent à la tâche titanesque de désamorcer les centaines de bombes et engins explosifs laissés par les jihadistes.

- 300 engins explosifs -

"Daech (acronyme en arabe de l'EI) a placé au moins 300 bombes et engins explosifs dans le QG et sur les routes", a expliqué un officier, Majid al-Fatlawi.

Quasiment tous les civils ont quitté le centre de Ramadi dévasté par les combats. Certains ont été évacués mais d'autres ont été utilisés comme boucliers humains par les jihadistes pour couvrir leur fuite, selon plusieurs témoignages.

Il y a une semaine, les responsables irakiens estimaient que l'EI disposaient de 400 combattants à Ramadi. Il était impossible lundi de déterminer combien ont été tués dans les combats et combien ont fui.

Du côté des forces irakiennes, les autorités n'ont pas donné de bilan des pertes mais des médecins ont indiqué à l'AFP qu'une centaine de soldats blessés ont été hospitalisés à Bagdad pour la seule journée de dimanche.

La reconquête de Ramadi est survenue après des mois de préparatifs de l'armée qui avait resserré l'étau autour des jihadistes avant de reprendre progressivement des secteurs de la cité, avec le soutien des raids aériens de la coalition internationale menée par les Etats-Unis.

L'assaut final a été lancé mardi dernier par les forces d'élite antiterroristes et l'armée irakiennes contre le QG gouvernemental du centre-ville où les violents combats s'étaient concentrés jusqu'à la fuite des jihadistes.

Après la perte de Ramadi, l'EI contrôle toujours une grande partie de la province majoritairement sunnite d'Al-Anbar, la plus grande d'Irak et qui est frontalière de la Syrie, de la Jordanie et de l'Arabie saoudite.

Il faudra en outre beaucoup de temps pour que la vie normale reprenne à Ramadi. Des habitants ont à peine commencé à revenir dans les quartiers périphériques, reconquis par l'armée il y a plusieurs jours, pour évaluer les dégâts.

"Nous n'avons pas l'intention d'y retourner maintenant, même si cette libération nous rend très heureux", confie Sohaib Ali, 27 ans, père de trois enfants ayant fui Ramadi il y a près de deux ans.

"Il y a eu d'immenses dégâts et je ne pense pas que les services de base reviendront tout de suite ni même la sécurité", poursuit cet homme déplacé à Erbil, dans la capitale du Kurdistan, plus au nord.

D'après l'Organisation internationale des migrations, les habitants d'Al-Anbar représentent un tiers des 3,2 millions d'Irakiens forcés de fuir leur foyer depuis 2014.

- Mossoul prochaine étape? -

La coalition internationale contre l'EI, à laquelle participent notamment Paris et Londres, a félicité les forces irakiennes pour leur victoire. Outre le soutien aérien, elle leur a fourni armes et entraînements.

Pour le président français François Hollande, la reprise de Ramadi constitue "la plus importante victoire depuis le commencement de la lutte" contre l'EI en 2014. Berlin a estimé que cette victoire "démontre encore une fois que l'EI n'est pas invincible".

Le président du Parlement irakien, Salim al-Joubouri, a estimé que "cette magnifique victoire contre Daech", représentait "une rampe de lancement pour la libération de Ninive".

L'EI contrôle depuis juin 2014 Mossoul, deuxième ville d'Irak située dans le nord et chef-lieu de la province de Ninive. C'est depuis cette cité que son chef Abou Bakr al-Baghdadi a proclamé il y a plus d'un an et demi son "califat" s'étendant sur les territoires conquis en Irak et en Syrie voisine.

Mais ces derniers mois, l'EI a perdu plusieurs places fortes. Les militaires parfois aidés de paramilitaires chiites ou de combattants kurdes ont notamment repris Tikrit et Baïji puis Sinjar, au nord de Bagdad.

jmm/iw/nbz/tp