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28/12/2015 06:49 EST | Actualisé 28/12/2016 00:12 EST

2015, la dynastie du Parti progressiste-conservateur s'effondre en Alberta

L'année 2015 a marqué la fin de presque 44 ans de majorités progressistes-conservatrices en Alberta et célébré la grande victoire des néo-démocrates de Rachel Notley, bouleversant ainsi la scène politique provinciale.

Un texte de Laurent Pirot

Bien peu d'analystes prévoyaient pourtant ce chamboulement en début d'année. Quelques mois plus tôt, Jim Prentice était devenu le septième premier ministre conservateur consécutif qui clamait que la province serait désormais « sous une nouvelle direction ».

Il avait accueilli en décembre onze députés du Wildrose dans le caucus conservateur, réduisant du même coup l'opposition officielle à cinq membres.

Au cours du premier trimestre, le Parti progressiste-conservateur a reçu presque autant de dons que tous les autres partis réunis. Le Wildrose comme les libéraux devaient se trouver de nouveaux chefs.

Les finances au coeur de la campagne

La grande difficulté est venue des finances, mises à mal par la chute des prix du pétrole et la perte de sept milliards de dollars de revenus pour la province.

Devant le « pire défi économique en 25 ans », Jim Prentice et son gouvernement ont fait le choix fin mars d'un déficit record de près de 5 milliards de dollars, tout en annonçant de nombreuses hausses d'impôts et de taxes ainsi que des restrictions dans les dépenses y compris pour la santé et l'éducation.

C'est sur la base de ce budget que Jim Prentice a déclenché des élections anticipées, un an plus tôt que ce qui était prévu par la loi. « Nous avons fait les choix réalistes », assurait le chef conservateur.

L'argument n'a pas convaincu les Albertains. Le Wildrose a dénoncé les hausses d'impôts et le déficit. Son chef Brian Jean a promis de baisser les impôts et d'équilibrer le budget.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a jugé que les entreprises et les plus riches auraient dû payer plus d'impôts. Jim Prentice « demande [aux Albertains] de payer plus pour les mauvais choix de son gouvernement », a dénoncé la chef néo-démocrate Rachel Notley.

Balayé par une vague orange

Les sondages de plus en plus défavorables au gouvernement sortant se sont confirmés le soir de l'élection, le 5 mai, par une large victoire du NPD : plus de 40 % des voix pour une majorité absolue de 53 députés. 

Le Wildrose est resté l'opposition officielle avec 21 élus. Quant au caucus conservateur, il est passé de 70 à 10 députés.

Le soir même, Jim Prentice a annoncé son départ de la tête du parti et de son siège de député.

Premières décisions 

Les premières mesures du nouveau gouvernement ont été spectaculaires: hausse des impôts sur les sociétés et sur les revenus des Albertains les plus aisés, fin des dons des entreprises et des syndicats aux partis politiques, doublement de la taxe sur les émissions des entreprises les plus polluantes et hausse importante du salaire minimum.

Le gouvernement a aussi ouvert des chantiers sensibles autour de la lutte contre les changements climatiques et les redevances pétrolières.

Son premier vrai budget est toutefois renvoyé à l'automne, ce qui lui a valu de se faire accuser de vouloir ménager le NPD de Thomas Mulcair avant les élections fédérales.

Percée libérale au fédéral

Ces élections du 19 octobre ont vu la victoire de quatre candidats libéraux, dont deux, Kent Hehr et Amarjeet Sohi, qui sont devenus ministres. 

Les conservateurs se sont imposé dans 29 circonscriptions, et la néo-démocrate Linda Duncan a remporté sa réélection. 

Le budget provincial a été présenté le 20 octobre, avec un déficit de 6,1 milliards de dollars encore plus important que celui imaginé par les conservateurs.

Le gouvernement a aussi demandé de pouvoir emprunter pour financer les dépenses de fonctionnement.

Il a prévenu de ne pas s'attendre à un retour à l'équilibre avant l'exercice 2019-2020. 

Les fermiers protestent 

C'est surtout l'opposition au renforcement des règles sur la sécurité et la protection des travailleurs agricoles qui a marqué la fin de l'année. 

Des milliers de manifestants ont dénoncé le manque de consultation sur ce texte et crié leur crainte de voir leur mode de vie rural remis en cause par un gouvernement essentiellement élu grâce au vote des villes. 

Les néo-démocrates ont mis le conflit sur le dos d'erreurs de communication et assuré que rien ne changerait pour les enfants des fermiers ni ceux qui viennent les aider bénévolement. Ce changement de discours n'a pas apaisé la contestation, largement attisée par le Wildrose.

Dans le même temps, le gouvernement recueillait des félicitations sur la scène internationale pour ses décisions ambitieuses dans la lutte contre les changements climatiques : Rachel Notley a annoncé l'imposition d'une taxe généralisée sur le carbone et l'abandon des centrales électriques au charbon les plus polluantes.