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27/12/2015 22:41 EST | Actualisé 27/12/2016 00:12 EST

2015 : année de crises, année d'Angela Merkel

Angela Merkel l'admet volontiers, l'année écoulée a été sa plus difficile. Et pourtant, en pointe sur toutes les grandes crises ayant déchiré l'Europe en 2015, la chancelière allemande, entre louanges et invectives, émerge comme l'incontestable leader du Vieux Continent.

Négociations marathon avec Moscou sur l'Ukraine, bras de fer avec la Grèce pour "sauver" l'euro, ouverture unilatérale des portes de son pays aux migrants arrivant en Europe... Chacun scrute ses positions ou décortique ses phrases car elle donne le ton en Europe. Pour le meilleur et pour le pire.

Elle a ainsi eu droit dans les rues d'Athènes aux caricatures de Waffen-SS lorsqu'elle imposa l'austérité, puis fut décrite en Mère Theresa ou en "Maman des réfugiés" pour sa politique de la porte-ouverte aux migrants, en particulier ceux fuyant la guerre en Syrie.

"2015 a été une année incroyable, difficile à concevoir (...) jamais je n'avais vécu une telle densité, succession d'évènements où chacun de ces évènements a pesé si lourd", a résumé mi-décembre, devant le congrès de son parti conservateur CDU, Mme Merkel.

Relevant son rôle crucial, c'est dans une rare unanimité que les médias ont rendu leur verdict, l'AFP consacrant la chancelière personnalité la plus influente de 2015, tandis que Time Magazine et le Financial Times en ont fait leur "Person Of The Year".

- Une nouvelle Merkel -

Même l'ex-ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, qui avait pourtant lutté bec et ongles contre elle, ne cache plus son admiration pour la chancelière depuis qu'elle a ouvert à la fin de l'été son pays aux réfugiés et réclamé aux Européens récalcitrants d'en faire autant.

"Peut-être que si j'étais allemand, je voterais Merkel", confie cette figure de la gauche radicale à l'hebdomadaire allemand Stern.

Car la crise migratoire la plus importante en Europe depuis 1945 a mis en lumière une autre Merkel. Tout au long de sa décennie au pouvoir, l'austère fille de pasteur élevée en ex-Allemagne de l'Est s'était plutôt illustrée par sa capacité à louvoyer, à gouverner en fonction de l'opinion publique.

Sur les réfugiés, elle est en mission. A rebrousse-poil des sondages. Celle dont on moquait la platitude des discours révèle des talents oratoires insoupçonnés, martelant inlassablement "Nous y arriverons!" face aux défis et peurs engendrés par l'arrivée d'un million de migrants.

Pour elle, la crise ne peut être résolue que par l'application des valeurs de l'Union européenne que sont la solidarité et la responsabilité alors que grimpent partout -y compris en Allemagne- populisme et extrême-droite. La chancelière veut donc sauver l'Europe et ses principes.

"Cela vaut le coup de porter le combat dans la bataille pour l'unité européenne. Cela vaut le coup de se battre pour le rôle que nous avons à jouer dans le monde. J'en suis convaincue au plus profond de moi", a-t-elle plaidé en réponse aux reproches issus de son parti.

Plus prosaïquement, des détracteurs estiment eux qu'elle a vu dans le flux de migrants un moyen de résoudre le problème du vieillissement accéléré de la population allemande.

- 2016 : test crucial -

Si sa voix pèse plus que toute autre au sein de l'UE, Mme Merkel est loin d'avoir généré l'osmose. Comme lorsqu'elle imposa l'austérité budgétaire en Europe, sa recette migratoire, qui passe par des contingents de réfugiés imposés aux Etats-membres, a réveillé les discours sur les tentations hégémoniques allemandes.

Le Premier ministre hongrois, le populiste Viktor Orban a dès septembre rejeté "l'impérialisme moral" de la chancelière, et le président du Conseil européen, Donald Tusk a jugé en décembre "dangereuse" sa politique migratoire. Le chef du gouvernement tchèque, Bohuslav Sobotka, lui a reproché d'avoir "stimulé l'immigration illégale".

Revenant sur des thématiques économiques, le Premier ministre italien Matteo Renzi y est aussi allé de sa pique, accusant la chancelière de vouloir une UE au service des intérêts allemands.

"Nous devons être francs (...) l'Europe doit être au service de 28 pays, pas d'un seul", a-t-il lancé au Financial Times.

Et dans son propre pays, elle a paradoxalement connu son année la plus difficile sur le plan politique, même en l'absence de concurrents sérieux.

L'ouverture des frontières aux migrants lui vaut de nombreuses critiques. Moins d'un Allemand sur deux a confiance en sa capacité à surmonter "le plus grand défi depuis la Réunification", un élément de mauvais augure si elle devait concourir pour un quatrième mandat en 2017.

"D'une manière générale elle reste très respectée (...) mais sur la crise des réfugiés, la plupart des gens pensent que sa politique est la mauvaise", relève le politologue Oskar Niedermayer, "je pense que 2016 sera un test crucial".

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