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25/12/2015 20:45 EST | Actualisé 25/12/2016 00:12 EST

En Russie, la rigueur s'invite dans les fêtes de fin d'année des entreprises

Oubliés le champagne et les chanteurs à la mode: crise oblige, cette année on boit du mousseux local, parfois sans même quitter le bureau, pour les fêtes de fin de d'année, fort prisées, offertes par les entreprises russes à leurs employés.

Les serveurs s'activent pour disposer les bouteilles de Chianti sur les nappes blanches, tandis que les animateurs répètent leur texte sur scène. Dans quelques minutes, la salle de réception Roll Hall, dans le sud de Moscou, accueillera près de 500 employés d'une multinationale implantée en Russie.

Si l'entreprise n'a pas lésiné sur les moyens pour sa soirée de fin d'année, événement sacré pour de nombreuses sociétés en Russie, la directrice adjointe du lieu, Elena Vétrova, le reconnaît: il ne s'agit pas d'une année comme les autres.

"Pour la première fois, nous avons continué de prendre des réservations en décembre alors que d'habitude certaines dates sont réservées dès le mois de mai", rapporte la jeune femme.

Au final, "certains de nos clients réguliers ont renoncé à leurs fêtes mais dans l'ensemble elles ont bien lieu. Par contre elles sont différentes", relève-t-elle.

Autrement dit, les entreprises se serrent la ceinture, conséquence de la profonde récession qui a frappé la Russie à cause de l'effondrement des prix du pétrole et des sanctions imposées par les Occidentaux en lien avec la crise ukrainienne.

Selon Mme Vétrova, le coût moyen des réceptions a diminué d'environ 25 à 30% par rapport à l'an dernier: menu plus simple, animation assurée non pas par des vedettes de variétés locales mais par des concours organisés par les invités eux-mêmes.

"Les gens ne restent pas sur leur faim mais on ne mange pas de foie gras", ironise-t-elle, poursuivant plus sérieusement: "Beaucoup d'entreprises nous demandent de pouvoir fournir elles-mêmes l'alcool, nous acceptons".

- Modestie -

Les soirées de fin d'année au sein des entreprises ont connu leur apogée dans les années 2000, quand des prix du pétrole élevés ont assuré à la Russie des taux de croissance spectaculaires.

Les grandes entreprises, à la tête de généreux bénéfices, se sont mises à récompenser leurs employés -- et afficher leur réussite -- avec des réceptions fastueuses dans des restaurants chics ou des concerts assurés par des stars locales voire internationales.

Depuis la crise de 2008-2009, la tendance est à une plus grande modestie. Alors que le train de vie des hauts fonctionnaires est régulièrement critiqué par l'opposition, les autorités ont demandé aux administrations et aux entreprises publiques de cesser de financer ces fêtes.

En cette année de crise, le conglomérat public spécialisé dans les nanotechnologies Rosnano a fait froncer des sourcils. Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux, montre son patron s'exprimer devant ses employés, avec DJ et hôtesses à ses côtés, et assurer que l'entreprise a "beaucoup, beaucoup d'argent".

Critiquée, l'entreprise a assuré que le coût de la soirée (28.000 euros pour 400 invités) avait été couvert par ses dirigeants sur leurs fonds personnels, mais le gouvernement a lancé une enquête.

Dans le secteur privé, la plupart des entreprises perpétuent la tradition. Mais si, selon une étude du site russe de ressources humaines HeadHunter, trois quarts des entreprises comptaient organiser une fête cette année, 41% ont décidé de réduire le budget alloué et 21% de la passer au bureau.

"La situation n'est pas bonne", confirme à l'AFP Egor Dobrogorski, directeur de l'agence Communicator Creative Events, spécialisée dans l'organisation d'événements, selon qui les restrictions touchent surtout la construction et l'automobile, deux secteurs très affectés par la crise.

Il détaille les moyens de réduire la facture: renoncer aux célébrités (10.000 et 30.000 euros par soirée) et impliquer les salariés dans l'animation, privilégier les buffets et les produits locaux, organiser une soirée en début de semaine plutôt qu'un vendredi...

Remplacer vins et champagne importés par la production du Sud de la Russie "revient deux à trois fois moins cher", observe M. Dobrogorski.

Les restaurateurs font grise mine. Pour Igor Boukharov, président de leur fédération, le marché des fêtes de fin d'année des entreprises, en baisse déjà l'an dernier, s'annonce en recul d'environ 20% cette année. Or, soupire-t-il, ces soirées "ont toujours constitué une source importante de revenus qui permet de compenser janvier, en général assez difficile".

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