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24/12/2015 06:00 EST | Actualisé 24/12/2016 00:12 EST

Les Noëls de Gilles Vigneault

Du village de Natashquan de son enfance, sans route et coupé du monde, au confort de la vie moderne à Saint-Placide, les Noëls de Gilles Vigneault ont toujours été synonymes de retrouvailles.

Les premières années de la vie de Gilles Vigneault, sur la Côte-Nord, ont été marquées par de nombreux deuils. Le chanteur a vu six de ses frères et soeurs mourir avant l'âge de 9 ans.

Malgré cela, la période de Noël était une période heureuse et l'occasion de se retrouver chez les Vigneault. « Ma mère a fait les premiers arbres de Noël à Natashquan. Comme on n'avait pas beaucoup de boules et de guirlandes à mettre dedans, elle en avait fabriqué. Elle avait appris ça en Beauce quand elle était maîtresse d'école. Je me rappelle, à 6 ou 7 ans, mon père avait trouvé un arbre de deux pieds et demi. Il était sur le dessus d'une armoire », se rappelle Gilles Vigneault, qui a eu 87 ans en octobre.

Toute sa vie, la mère de Gilles Vigneault a attendu le prolongement de la route jusqu'à Natashquan, ce qui aurait assuré notamment l'accès rapide à des soins de santé. Ce cadeau tant souhaité, elle le recevra finalement après sa mort.

« "La route, ça ne serait pas bête", disait ma mère. Elle est morte en 1993, à 101 ans. Et la route est arrivée en 1996. "Ils ne pourront pas dire que je n'ai pas attendu", avait-elle dit. »

À cette époque, 500 habitants vivaient à Natashquan. « Il y avait la messe de minuit et, après le réveillon, on avait le droit de veiller très tard. Souvent, les familles se réunissaient pour que ça soit plus joyeux. Le lendemain, le jour de Noël, on allait à la messe de 10 h et on faisait des visites. On faisait des fêtes modestes, mais des fêtes quand même. C'était la rencontre des familles entre elles. On avait des oncles plus fortunés qui nous invitaient et on y allait. Il y avait beaucoup de petites et de grandes réconciliations. »

Gilles Vigneault se souvient aussi que sa mère faisait très bien la cuisine. « C'était le plus important; on mangeait bien et on avait un toit. »

Les temps ont changé, les traditions sont demeurées

80 ans plus tard, le poète célèbre toujours Noël bien entouré. « On sera une trentaine, on va recevoir et être reçus. On va aller dans la famille de mon neveu et de ma sœur. Tous les ans, je vais à la messe de minuit. »

La religion occupe-t-elle encore une place importante dans ses célébrations de Noël? « Je suis croyant, je crois en l'âme qui survit. J'ai gardé la foi et bien des doutes, surtout à cause de ceux qui devaient la sauvegarder. Mais je crois dans mes contemporains et je crois en la jeunesse, dans leur intention de rendre le monde meilleur, de nettoyer les milliardaires qui massacrent la terre, le plus beau vaisseau spatial jamais imaginé. »

Et pour 2016?

Gilles Vigneault est loin d'être à la retraite. Il offre présentement un spectacle où il répond aux questions du public, parfois en chansons. D'autres projets sont prévus, dont un conte écolo sur les arbres avec Daniel Lavoie et Louis-Jean Cormier.

On le verra aussi dans Le goût du pays, un documentaire de Francis Legault, dans lequel Gilles Vigneault réfléchit sur le Québec et les Québécois, qu'il qualifie affectueusement de « peureux ». « Car on a eu peur, on nous a fait peur, on nous fait encore peur. Il y a des machines de peur extrêmement efficaces qui sont organisées pour nous faire davantage peur. Le documentaire ne sera pas du goût de nos gouvernements. »

Il donne aussi des ateliers d'écriture pour les jeunes. Il entend en organiser un en janvier 2017. « J'y apprends que je suis encore quelqu'un d'utile. »