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24/12/2015 06:16 EST | Actualisé 24/12/2016 00:12 EST

Les 10 concerts marquants de l'année

Ils ont été intenses, grandioses, vibrants, émouvants et festifs. Ce sont les principales raisons pour lesquelles certains spectacles ressortent du lot quand vient le temps de dresser le tableau d'honneur musical de l'année qui se termine.

Un texte de Philippe Rezzonico

Résumer l'année en une poignée de soirées marquantes comporte toujours sa part de subjectivité. Le palmarès dépend de l'éventail des spectacles offerts, des aléas des affectations professionnelles et des contraintes de logistique. Bref, il ne peut être qu'incomplet tant l'offre musicale est volumineuse.

J'ai beau avoir vu plus de 125 spectacles au cours des 12 derniers mois, j'en ai « raté » plus du double, le plus souvent en raison de conflits d'horaire. On ne peut être dans deux salles ou devant deux scènes en même temps. Sur cet aspect, les festivals s'avèrent un casse-tête de premier plan.

Mais bon. Quand on fait un bilan, il faut trancher quelque part. Voici donc les 10 spectacles qui ont retenu mon attention en 2015 ainsi qu'un tableau d'honneur.

U2, CENTRE BELL (12, 13, 16 ET 17 JUIN)

À un moment durant le premier des quatre spectacles de U2, je n'entendais plus la musique tant j'étais subjugué par la qualité de la production dernier cri. J'avais ressenti la même chose au stade olympique en 1992, lors de la tournée Zoo TV. Le lendemain, au contraire, j'avais l'impression de voir U2 au Club Montréal tant j'étais près de la petite scène. Ou était-ce le troisième soir, quand Bono a fait monter des dizaines de spectateurs auprès de lui. Un moment à donner des frissons.

Pendant ses quatre spectacles, U2 a su maintenir un équilibre parfait entre le passé et le présent, les vieux titres fédérateurs et les nouvelles chansons, le propos politique et l'émotion pure. Les Irlandais ont - surtout - réussi comme jamais à transposer la qualité de leurs gigantesques productions (PopMart, en 1997; 360, en 2010) dans un aréna. Quand 40 a été la dernière chanson à se faire entendre au terme de la quatrième représentation, comme au stade en 1987, il n'y avait aucun doute dans mon esprit : il s'agirait du meilleur spectacle venu d'ailleurs en 2015.

JEAN LELOUP, MÉTROPOLIS (22 OCTOBRE)

À Paradis City, le disque, a ramené Jean Leloup à l'avant-scène musicale en raison de la qualité de ses chansons et de sa trame narrative. Splendeurs et chute de Paradis City, spectacle durant lequel Leloup est accompagné d'un groupe, allait-il être à la hauteur de ses prestations de légende? Après 10 minutes, nous avions déjà la réponse au beau milieu d'un parterre en folie.

Les classiques du roi ponpon et les nouvelles chansons ont été accueillies avec un bonheur égal. Isabelle et Willie - pourtant composées à 25 ans d'écart - ont été interprétées à l'unisson par la foule. Leloup était dans une forme du tonnerre. Inspiré et habité, il exultait sur les planches. Près de trois heures plus tard, juché au sommet d'une passerelle qui surplombait les spectateurs, il a mis un terme à l'un des meilleurs spectacles de sa carrière. Spectacle que vous pourrez revoir en 2016 au Métropolis (du 21 au 23 janvier et du 5 au 7 ainsi que les 17 et 18 février) et au Capitole (du 15 au 17 et les 28 et 29 janvier). Le meilleur spectacle fait au Québec en 2015.

FLORENCE AND THE MACHINE, PARC JEAN-DRAPEAU (31 JUILLET)

Florence and the Machine? Tornade and the Machine, pouvait-on dire après 10 minutes de prestation au festival Osheaga. Déchaînée et survoltée comme on ne l'attendait pas, Florence Welch a dû parcourir plus de trois kilomètres ce soir-là, tant elle a arpenté la scène en tous sens.

Elle est même descendue dans la marée humaine au parterre pour conclure une chanson, telle une prêtresse avec ses ouailles. Puis elle s'est effondrée sur les planches au terme d'une interprétation dynamitée de What Kind of Man et elle a dédié How Big, How Blue, How Beautiful à la foule. Si beau, en effet.

CHRISTINE AND THE QUEENS, MÉTROPOLIS (19 FÉVRIER)

Généreuse, attachante et talentueuse, Christine and the Queens a été trois fois plutôt qu'une à la hauteur de sa réputation de nouvelle sensation de l'Hexagone en 2015. Avec sa musique dansante, des chorégraphies dynamiques et un apport visuel original qui rappelle Stromae et Fauve, Héloïse Letissier (de son vrai nom) et ses collègues ont apporté un vent de fraîcheur dans le Métropolis lors de Montréal en lumière.

Son sourire craquant, son look androgyne, son ouverture d'esprit (« Tu peux être qui tu veux ce soir. Moi, je suis le petit garçon excité que j'ai toujours voulu être. ») et sa façon de s'adresser à la collectivité à la deuxième personne ont établi une familiarité instantanée qui ne s'est pas démentie lors de son passage à Osheaga durant l'été et en première partie de Marina and the Diamonds, en novembre. Mais le spectacle coup de cœur, ce fut celui-là.

JOHN MELLENCAMP, THÉÂTRE ST-DENIS (15 MAI)

Depuis une quinzaine d'années, John Mellencamp a délaissé le rock rentre-dedans pour une exploration poussée des racines de son heartland natal. Ce que ses spectacles perdent en puissance brute, ils le regagnent en émotivité, en intensité et en saveur.

Entendre Jack & Diane en mode acoustique, c'est aussi grisant qu'il est touchant d'entendre Mellencamp parler de sa grand-mère avant d'interpréter The Longest Days, ou de le voir se transformer en Tom Waits pour The Full Catastrophe. Contrairement à d'autres artistes de son âge, Mellencamp vit très bien ses 63 ans et il porte désormais le flambeau des Woody Guthrie et autres Dylan nés avant lui.

ARIANE MOFFATT, MÉTROPOLIS (22 MAI)

Nous en avons vu des grands spectacles de qualité d'artistes québécois cette année (Louis-Jean Cormier, Patrick Watson, Mara Tremblay, notamment), mais peu d'entre eux ont osé prendre des risques comme Ariane Moffatt l'a fait.

Je me demande encore comment elle a su mettre en scène avec autant de panache les compositions d'un album (22h22) qui n'est nullement taillé sur mesure pour les salles de spectacle, mais qui se déguste bien calé dans le sofa de son salon. Impressionnant.

THE ROLLING STONES, PLAINES D'ABRAHAM (15 JUILLET)

Ils sont vieux, leurs derniers succès remontent à l'autre siècle et ils demandent des sommes faramineuses (de 600 $ à 800 $ le billet) pour les applaudir en salle. L'occasion était trop belle d'aller voir la bande à Mick et à Keith pour une bouchée de pain (le prix du passeport du Festival d'été de Québec), et ce, peut-être pour une dernière fois.

Sauf qu'au sortir de ce spectacle présenté devant 102 000 personnes, on réalisait une fois encore que Jagger peut chanter et danser comme un adulte de 30 ans, que Richards est passionné comme au premier jour, et que ce rock and roll qu'ils aiment tant semble les garder jeunes, comme s'ils avaient signé un pacte de longévité avec le diable.

JULIETTE GRÉCO, MAISON SYMPHONIQUE (14 JUIN)

Madame Gréco qui fait son dernier tour de piste aux FrancoFolies de Montréal. Chaque chanson qu'elle nous chantait pour une toute dernière fois avait droit à des applaudissements plus nourris que la précédente. Quand elle a interprété J'arrive (Brel), cette danse avec la mort, tout le monde a retenu son souffle durant trois minutes. Géant.

PLUME, CINQUIÈME SALLE DE LA PLACE DES ARTS (14 OCTOBRE)

Plume Latraverse possède un répertoire bien plus large que les chansons qui ont fait sa renommée dans les tavernes et les festivals. Le spectacle Récidives le démontre avec panache. Classiques dépouillés, chansons mises à nu, titres méconnus, relectures et nouvelles compositions : on tombe sous le charme durant deux heures avec ce magnifique spectacle épuré que l'on pourra revoir dans la même salle à Montréal, du 10 au 12 mars 2016.

THE MAVERICKS, SALLE WILFRID-PELLETIER, 3 JUILLET (FESTIVAL DE JAZZ)

Ils précédaient Lucinda Williams et suivaient Justin Town Earle dans cette soirée dédiée à l'Amérique. Et ils ont fait la fête. Non. La fiesta, plutôt, mitraillant la foule de salves de guitares, de cuivres, d'orgue et d'accordéon qui nappent leurs chansons. Le meilleur groupe tex-mex au monde, que l'on espère revoir au Québec dans un spectacle complet plus tôt que tard.

Le tableau d'honneur, en vrac

  • La meilleure première partie :Galaxie, en ouverture des Rolling Stones. Guitares furieuses, énergie débordante et volume au maximum. Le groupe d'Olivier Langevin a mis le feu aux plaines d'Abraham.
  • Le meilleur retour : Huey Lewis and the News (salle Wilfrid-Pelletier, 1er juillet). Après une absence de 30 ans à Montréal, Huey et ses collègues ont démontré qu'ils avaient toujours le sens du punch et de la mélodie.
  • Le meilleur disque reproduit intégralement sur scène : Songs in the Key of Life, par Stevie Wonder (Centre Bell, 30 septembre). Si Stevie n'avait pas cabotiné et inutilement étiré la sauce hors des sillons du disque, ce spectacle aurait figuré parmi les 10 meilleurs de ce palmarès.
  • Le meilleur programme triple : James Cotton, John Mayall et Harry Manx (salle Wilfrid-Pelletier, 3 juillet). Trois vieux de la vieille. Leur âge plus que vénérable n'a pas altéré leur talent. Mention spéciale à James Cotton pour ses solos d'harmonica torrides.
  • Le meilleur spectacle que vous pouvez revoir : Le spectacle festif de Stromae (Centre Bell, 28 septembre) était, dans les faits, le même que celui présenté en 2014 lors des FrancoFolies, mais il a été gravé pour un DVD (Stromae Live) paru il y a trois semaines. Un découpage vivant et des moments à couper le souffle, comme si vous y étiez.
  • Le meilleur spectacle vu à l'étranger : Olivia Newton-John (Las Vegas, 15 mars). L'Australienne âgée de 66 ans chante encore tous ses succès de la première heure (Have You Ever Been Mellow, Sam, Let Me Be There) et ceux de Grease (Hopelessly Devoted to You, Summer Nights, You're the One That I Want) dans les clés d'origine. Du bonbon.
  • La meilleure présentation : « Le roi de la poutine! » Mick Jagger, qui présente en français Ronnie Wood.
  • La révélation sur scène : FKA Twigs, à Osheaga. Avec sa voix et son talent de danseuse, cette fille est un OVNI sur les planches.
  • Le plaisir coupable : Revoir Fleetwood Mac au grand complet (avec Christine McVie) et entendre Songbird.
  • Controverse, quelle controverse? : Action Bronson, qui ne s'est pas présenté au festival Osheaga.
  • Le moratoire désiré : On met la pédale douce sur les spectacles d'artistes pop avec orchestre, OK? Allez... Bonne année remplie de musique à tout le monde.